D'Alicante à Galway – via Lorient !–, neuf mois d'une course folle, brutale et fascinante autour du monde. En images, en textes et en vidéos, les récits et les analyses. Sans oublier le grand jeu de la régate virtuelle autour du monde (désormais disponible en français) : cliquez ici pour participer !
Vainqueur de la Solitaire du Figaro 2004 et de la Transat Jacques Vabre 2009 en IMOCA sur Safran, avec Marc Guillemot, Charles Caudrelier (37 ans) embarquera début novembre sur le futur Groupama 4 pour la prochaine Volvo Ocean Race. Entre un 60 pieds IMOCA et un Volvo 70, il y a un monde selon Charles, surpris par la puissance de ces monocoques taillés pour l'équipage. Interview...
Note :
A 37 ans, Charles Caudrelier va réaliser son premier tour du monde, en équipage, avec l'espoir d'en faire un autre un jour en solitaire...
Photo © Loïc Le Bras
voilesetvoiliers.com : Quel est ton rôle exact à bord ?
Charles Caudrelier : J'ai un rôle annexe de navigateur remplaçant, au cas où Jean-Luc (Nélias, ndlr) était blessé. Sinon, je bouge beaucoup entre la tactique, les réglages en in-shore, et barreur en off-shore. On est beaucoup à barrer. Près de la moitié de l'équipage.
vetv.com : Toi qui viens de la Solitaire du Figaro, à gérer tes projets dans ton coin, c'est un grand changement de se retrouver embarqué dans une telle aventure au milieu de 60 personnes ?
C.C. : C'est plus compliqué, c'est sûr. Il y a les rapports humains à gérer. Moi, je n'ai pas l'habitude de travailler en équipe, ni sur des gros bateaux. Même si j'ai quelques expériences dans des grosses équipes, c'était plus en mercenaire qu'à plein temps. Donc, c'était plutôt ça la difficulté, travailler en équipe, trouver son rôle, sa place, communiquer ce qu'on fait. Parce qu'on peut avoir tendance à travailler dans son coin et d'oublier de dire aux autres ce qu'on fait.
vetv.com : Et tu as trouvé ta place ?
C.C. : Oui, maintenant cela se passe bien. Au début, j'étais un peu perdu. C'est normal. Tout le monde l'était, sauf ceux qui ont une grosse expérience de la Volvo Ocean Race. Mais nous, on ne savait pas trop où on allait. Mais comme on a commencé tôt, on est désormais bien ordonné. Tout est calé. Et puis, côté logistique et organisation, avec Ben Wright pour le shore team et Damian (Foxall, ndlr) pour l'équipe, tout est parfaitement organisé. Et il faut ajouter l'esprit Groupama qui est plutôt rigoureux...
vetv.com : Les deux mois à Lanzarote, c'était vraiment bénéfique ?
C.C. : Oui, pour la météo déjà. L'hiver dernier, on a navigué en Bretagne. Il faisait parfois 3°C ! C'était vraiment limite... On n'aurait pas pu faire tout ce qu'on voulait en Bretagne. Et puis, il y a un second intérêt qui s'est révélé en venant ici, c'était de voir comment on allait fonctionner en escale. A Lorient, on a une base en or, on est chez nous tous les soirs. On ne vit pas vraiment ensemble. A Lanzarote, on dîne ensemble tous les soirs. Ça crée une équipe. On découvre le caractère des gens ou bien certains dysfonctionnements. C'est super enrichissant. Damian et Ben savaient qu'il fallait faire cette expérience. Ericsson l'a fait, et cela a porté ses fruits...
vetv.com : Et avant, vous êtes passés à Alicante, en Espagne, d'où partira la course en novembre prochain ?
C.C. : Oui, cela nous a permis de découvrir l'endroit, de prendre nos repères pour ne pas débarquer dans l'inconnu avant le départ. Tout est déjà calé. A chaque fois, cela nous permet de faire des grandes navigations entre Lorient et Alicante, puis Alicante-Lanzarote et enfin le retour à Lorient.
Habitué à la préparation en solitaire, Charles Caudrelier a dû apprendre à travailler en équipe.
Photo © Yvan Zedda (Sea&Co)
vetv.com : Comment s'est déroulé une journée type à Lanzarote ?
C.C. : Ça commençait assez tôt. 7h30 à la salle de sport pour environ une heure de gym. 9h00, briefing avec le programme de la journée. En général, on naviguait tous les jours. Et on simulait tout. L'in-shore race, le media day, le départ d'une étape de Volvo, etc. Pour les in-shore, on travaillait surtout les parcours banane. Pour les off-shore, on partait trois ou quatre jours, c'était suffisant. Quand on fait des tests, on change dix fois de voile par jour. On s'est rendu compte qu'on ne pouvait pas tenir ce rythme plus de quatre jours.
vetv.com : Comment se passe le rapport avec les étrangers à bord ?
C.C. : Ce sont deux cultures qui se rencontrent. Eux ont beaucoup d'expérience, sont très organisés. Nous, on est plus dans la culture voile à la française, plus innovant. C'est un bon mélange. Ils peuvent nous tempérer, nous dire s'ils ont déjà essayé quelque chose, si ça marche ou pas. Sinon, ce sont des mecs très sérieux, très durs au mal. Quand il faut manoeuvrer, ils y vont. Ils sont rodés. Nous, on hésite un peu, on se dit "pourquoi on abat pas un peu ?" Mais bon, ça se passe bien. On a mis un peu plus de temps à se connaître au début à cause de la barrière et des petites subtilités de la langue. Parfois, on ne les comprend pas toujours. On ne sait pas s'ils sont énervés ou pas. C'est là où il faut faire attention. Mais maintenant, tout roule. Il y a une sélection naturelle qui s'est faite.
vetv.com : La Volvo Ocean Race, c'est une expérience que tu souhaitais ?
C.C. : Pas forcément. Je cherchais à faire le Vendée Globe, comme tout bon Français figariste ! La Volvo me faisait quand même rêver, mais je ne me voyais pas la faire avec un équipage anglo-saxon. Déjà, c'est pas facile d'avoir les ouvertures, de trouver une opportunité d'y aller. Quand Franck me l'a proposé, ça m'a intéressé tout de suite. On se connaît bien. Je savais comment ça allait se passer. Je connais bien le team Groupama et je savais que je serais bien dedans.
Le VO70, conçu pour l'équipage, est beaucoup plus physique qu'un 60 pieds Imoca taillé pour un solitaire. Dans les deux cas, il faut être dur au mal...
Photo © Yvan Zedda (Sea&Co)
vetv.com : Qu'est-ce qui t'a le plus surpris en découvrant ce milieu ?
C.C. : (réfléchissant). Je ne sais pas... Sur les bateaux, c'est la puissance, le poids des voiles, la difficulté des manoeuvres. C'est une autre échelle par rapport à des IMOCA. C'est très physique comme bateau.
vetv.com : Tu redoutes un peu les longues étapes et la promiscuité à bord ?
C.C. : Non, c'est plus la longueur de la course que je redoute. Neuf mois, c'est très long. On peut en avoir un peu ras-le-bol à un moment. Le rythme est quand même très soutenu parce qu'on court toujours après le temps. En fait, c'est ça qui m'a le plus surpris. Qu'on soit une énorme équipe avec une capacité de réactivité énorme. Sur un projet IMOCA, tu dis un truc, on te répond : <Oui, on verra ça l'année prochaine !> Ici, c'est instantané. Il y a des mecs capables de te construire une voile dans la nuit ! On fait tout nous-même. C'est génial. Ça permet d'aller très, très loin. Tout est possible. Et si faut le faire, on le fait...
vetv.com : Vous avez le droit à combien de voiles à bord pendant les étapes ?
C.C. : Plus beaucoup. C'est limité à huit maintenant, hors staysail (trinquette) et storm jib (tourmentin). Il y a des choix à faire avant le départ. Il n'y a pas assez de place pour un spi et un gennaker, par exemple. La stratégie voile sera à mon avis déterminante pour faire la différence. Il y a quatre voiles incontournables (grand-voile, grand génois, génois intermédiaire, petit génois, Code 0). Pour les quatre autres, il y a deux choix à faire entre spi et gennak' de tête et entre spi et gennak' au capelage. En gros, sur la forme du Code 5 et la forme du spi. Ces deux choix sont capitaux. On pourra perdre une étape parce qu'on a fait le mauvais choix, et inversement, collé une valise à tout le monde en faisant le bon.
vetv.com : Vous avez hâte de naviguer sur Groupama 4 ?
C.C. : Oui. Mais on a surtout hâte de naviguer avec un autre bateau à côté ! D'ailleurs, on va aller faire de la régate sur d'autres supports, parce que ça nous manque un peu. Cela fait un an et demi que l'on s'entraîne tout seul (c'est le règlement qui l'impose, ndlr). C'est très particulier ! Du jour au lendemain, on va se retrouver avec cinq bateaux autour de nous !
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