D'Alicante à Galway – via Lorient !–, neuf mois d'une course folle, brutale et fascinante autour du monde. En images, en textes et en vidéos, les récits et les analyses. Sans oublier le grand jeu de la régate virtuelle autour du monde (désormais disponible en français) : cliquez ici pour participer !
A 47 ans, Hervé Le Quilliec prépare sa quatrième campagne pour la Volvo Ocean Race. Embarqué par Grant Dalton dans le team Amer Sports en 2001, il a ensuite oeuvré pour Torben Grael sur Brazil 1 puis Ericsson, vainqueur de la dernière édition. Toujours sur le podium ! Responsable de la logistique de Groupama, Hervé Le Quilliec est un membre précieux de l'organisation d'une équipe Volvo. C'est sur lui que tout repose lorsqu'il faut improviser une escale, transporter le bateau en urgence, ou simplement que chaque ville étape se déroule sans accroc... Interview.
Note :
Trois participations et trois podiums dont une victoire avec Ericsson pour Hervé Le Quilliec.
Photo © Loïc Le Bras
Voilesetvoiliers.com : Quelle différence y a-t-il entre Groupama et tes trois précédentes expériences sur la Volvo Ocean Race ?
Hervé Le Quilliec : Entre 2001 et 2011, il y a une évolution importante valable pour toutes les équipes qui se donnent les moyens de gagner. Amer Sports, qui avait les moyens de gagner en 2001, ne serait plus dans les top teams aujourd'hui avec cette même structure. Il y a une évolution du sport. Sur la professionnalisation. Sur l'organisation. Sur l'implication des sponsors qui sont presque des armateurs maintenant. Le soin du détail. La taille des shore teams. Les bateaux sont plus pointus et le rythme de la course est plus élevé. Les navigants n'ont plus le temps d'intervenir techniquement sur les bateaux. C'est la charge du shore team. Par rapport à Ericsson, la différence avec Groupama est très faible. La structure est assez similaire. Le fait de s'engager tôt, avec un sponsor qui n'hésite pas dans son investissement. Le fait d'avoir une équipe structurée et complète dès le départ. Je retrouve la même chose. Même si on a un côté français, avec ses bons et mauvais côtés, c'est ce qui donne la culture à l'équipe. Il y a toujours une culture dans une équipe. Cela a son charme et ses contraintes. Mais en termes d'organisation et de fonctionnement. C'est similaire.
v&v.com : Quel est ton rôle précis dans l'équipe ?
H.L.Q. : Entre 2001 et 2011, il a beaucoup évolué. Au début, je travaillais vraiment avec l'équipe pour assurer l'intendance, la logistique. Maintenant, je suis chargé des opérations à terre, qui ne concernent pas directement le bateau. Je suis en relation avec le team, le shore team, le sponsor et les organisateurs de la course et des étapes. Mon rôle est d'assurer l'installation de l'équipe, la préparation de tout ce qui va se passer à terre, imaginer des escales imprévues. Bref, préparer toutes les opérations. A Lanzarote, je suis venu trois à quatre fois depuis le mois de juin pour préparer la venue de Groupama aux Canaries. Je le fais sur toutes les futures étapes, en relation avec les sponsors, qui ont des besoins de plus en plus importants.
v&v.com : Combien y a-t-il de personnes dans l'équipe ?
H.L.Q. : Il y a onze marins à bord plus deux navigants à terre. De vingt à vingt-cinq pour le shore team. Cela fait déjà une petite quarantaine. Il faut ajouter à Lorient l'administration, soit trois personnes. Et une particularité du team Groupama est d'avoir un bureau d'études intégré. En fonction des périodes, ils sont entre huit et dix. Cela fait donc environ soixante personnes. Sans compter le personnel de Groupama qui est pleinement dédié au projet chez eux.
v&v.com : Cela ressemble à un syndicat de Coupe de l'america !
H.L.Q. : C'est similaire, effectivement. Une structure comme ces grosses équipes Volvo qui ont des prétentions se rapproche de celle de la Coupe de l'America. D'ailleurs, les gens sont de plus en plus interchangeables. On peut basculer d'une Volvo à une Coupe, c'est la même façon de travailler. En plus, la Coupe devient aussi itinérante avec l'America's Cup World Series...
Le boulot de Le Quilliec ? S'assurer que tout le monde travaille dans de bonnes conditions et ne manque de rien.
Photo © Yvan Zedda (Sea&Co)
v&v.com : Quel est l'intérêt d'être venu à Lanzarote pendant deux mois ?
H.L.Q. : (Grand sourire)... Il fait 25°C alors qu'on est en plein hiver. On reste dans la zone euro. On est à deux ou trois heures de toutes les capitales européennes. Les conditions de navigation sont parfaites. On ne retrouverait pas ça en plein hiver en Europe. Mais ce ne sont pas les vacances. On commence à 7h du matin et on finit au mieux à 19h le soir. Mais cela nous permet d'exploiter au maximum le temps qui est compté. Avec la nouvelle règle de la Volvo Ocean Race, on ne peut pas naviguer plus de 110 jours avec le bateau d'entraînement entre le 1er janvier 2010 et le 15 mars 2011. En plein hiver en France, on naviguerait au mieux entre 10h et 15h, si la météo le permet. Et c'est comptabilisé comme une journée dès le moment où on quitte le quai. Ici, les marins naviguent six à huit heures par jour ! Et dans de bonnes conditions. Ils ne sont pas fatigués par le froid, des conditions difficiles. Le shore team peut intervenir à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Et ça nous a aussi permis de nous délocaliser et de donner aux nouveaux une expérience de l'itinérance et de répéter le format d'une escale.
v&v.com : A quoi ressemblera la base sur chaque escale ?
H.L.Q. : On a quatre conteneurs de 40 pieds pour la voilerie, le stockage, un crew mess qui sert de bureau un peu à tout le monde et un atelier composite / mécanique. On a aussi trois ou quatre Algécos qui nous servent de bureau, de salle pour le physio. Et aussi deux tentes d'une surface de 340 à 360 m2. On est contraint par l'espace disponible sur la Volvo. C'est aussi une nouveauté.
v&v.com : Il paraît difficile de tout démonter et remonter d'une étape à l'autre ?
H.L.Q. : On double systématiquement tout. On a deux "sets" qui sont quasiment identiques. Certaines choses ne sont pas doublées et voyagent en fret aérien. Autrement, on a deux bases identiques pour les escales impaires et les escales paires. Le rythme est soutenu. Il y a neuf étapes, donc dix villes. Pour certaines escales, on reste moins de quinze jours sur place. Les étapes ne sont pas si longues que ça et avec ces bateaux-là, cela peut être avalé rapidement.
v&v.com : De toutes tes expériences, qu'est-ce qui a été le plus dur à gérer ?
H.L.Q. : Avec le recul, les choses s'adoucissent. Mais il y a eu des crises difficiles. C'est qui est dur, c'est de gérer les crises avec succès. La casse d'Ericsson 3 à Taïwan était compliquée. Le démâtage de Brazil 1 en Australie n'était pas simple non plus. On avait convoyé le bateau en camion à travers toute l'Australie. Ce sont des moments où il ne faut pas se rater. Il faut un peu de chance et être bien préparé. Ce qui est difficile, finalement, c'est d'essayer d'envisager tout ce qui peut se passer pendant la course. De limiter l'improvisation, tout en étant capable d'improviser. Plus t'es organisé, plus t'as de solutions, et moins t'as de problèmes pendant la course. La course doit juste être un déroulé de ce qu'on a prévu... Avec les bonnes et les mauvaises surprises.
v&v.com : Qu'est-ce qui te motive encore maintenant que tu l'as gagnée ?
H.L.Q. : J'ai adopté la Volvo comme un style de vie. J'ai fait ce choix. J'ai eu envie de réussir dans ce domaine. D'être quelqu'un sur qui on peut compter. Une des bonnes choses est que la course change. Il y a eu l'introduction de l'Inde et de la Chine la dernière fois. Cette fois-ci on va aux Emirats. Il y a une dizaine d'années, nous étions au Brésil. Il y a quand même des nouveautés. C'est une belle aventure...
v&v.com : Mais ce n'est pas épuisant ?
H.L.Q. : Ah si ! On sort rincé ! Mais on fait ce qu'on aime. On choisit nos problèmes. Donc ça va.
v&v.com : Qu'est-ce qui est le plus compliqué à gérer au quotidien ?
H.L.Q. : C'est l'humain ! Ce sont des projets où il y a au minimum quarante personnes. On tire sur les organismes. Les gens sont fatigués. Il peut y avoir du stress, des tensions. Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, cela peut créer des problèmes. Et puis chacun voyage autour du monde avec sa vie personnelle, ses propres soucis. C'est sûr qu'il faut faire attention à l'humain.
v&v.com : Avec l'expérience que tu as, penses-tu que Groupama a les moyens de gagner ?
H.L.Q. : (Il réfléchit)... En tous les cas, les moyens d'être compétitif. Pour la première fois depuis bien longtemps dans la Volvo Ocean Race, il y a quand même cinq équipes qui partent quasiment à armes égales avec des bateaux neufs, bien financés. Aujourd'hui, c'est très difficile de donner le podium. Mais Groupama a certainement les moyens de se battre pour atteindre le podium.
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14/02/2011 - 00:42
Jean-Luc Nélias, navigateur : «La Volvo Race ? Une usine à gaz !»
Routeur de Franck Cammas lors de sa victoire sur la Route du Rhum, Jean-Luc Nélias (48 ans) sera le navigateur de Groupama 4 lors de la prochaine Volvo Ocean Race - départ le 5 novembre d'Alicante. Skipper du trimaran ORMA Belgacom en 2002, régulièrement équipier de Roland Jourdain en IMOCA 60, le Quimpérois rêvait de disputer la course autour du monde en équipage. En attendant la mise à l'eau de Groupama 4 fin avril, nous vous proposons une série d'interviews pour découvrir les hommes-clés qui se cachent derrière Franck Cammas...
24/01/2011 - 00:38
Franck Cammas et Groupama ne laissent rien au hasard
Après deux mois d'entraînement aux Canaries, Franck Cammas et son équipage de Groupama 70 (ex-Ericsson 4) reviennent à Lorient dans les prochaines 48 heures les valises pleines d'une riche expérience de vie en commun. Avant de quitter Lanzarote, ils ont simulé une semaine type d'escale sur la Volvo Ocean Race : Pro-Am Race le vendredi, régate inshore le samedi et départ le dimanche d'une nouvelle étape en conditions réelles. Voilesetvoiliers.com a assisté à cet ultime entraînement canarien avant le retour en France...
22/01/2011 - 00:25
Matez-moi cette toile
Franck Cammas est habitué aux voilures hors normes, d’accord. Mais tout de même : matez-moi cette toile ! Estimez-moi cette surface (tenue secrète) : 400, 500 mètres carrés ? Au près dans les petits airs, ce code 0 tire en tout cas impeccablement les 14 tonnes et les 21,50 mètres de Groupama 70.
26/10/2009 - 07:57
Fric, com’, marketing et… sport
Bah, il faut s'y faire ! Dès que les rumeurs de candidatures françaises se seront confirmées, la Volvo Ocean Race va directement nous concerner. Plus le choix. Pour la prochaine édition 2011-12, on sera dans le bain. Alors, comme vendredi 9 octobre ont été publiées nouvelle jauge et instructions de course, autant potasser tout de suite. Hervé Le Quilliec, "shore manager" de l'équipe d'Ericsson victorieuse sur la dernière édition, débroussaille pour nous le terrain d'une course résolument... spéciale.