D'Alicante à Galway – via Lorient !–, neuf mois d'une course folle, brutale et fascinante autour du monde. En images, en textes et en vidéos, les récits et les analyses. Sans oublier le grand jeu de la régate virtuelle autour du monde (désormais disponible en français) : cliquez ici pour participer !
Note :
Onze marins aux manettes pour une équipe de 56 personnes au total : Groupama 4 est une grosse machine, à la hauteur de l'enjeu et du professionnalisme de la course. La gestion du groupe fait partie des clés du succès, mais Franck Cammas rappelle qu'il faut d'abord un bon bateau ! Photo © Yvan Zedda (Team Groupama) En complément du dossier réalisé dans le numéro de novembre de Voiles et Voiliers (n°489), voici, à un mois du départ, les impressions de Franck Cammas sur la Volvo Ocean Race. Conception de Groupama 4, méthode de l'équipe, ambiance à bord : le double vainqueur du Trophée Jules Verne et de la Route du Rhum vous dit tout sur la plus extrême des courses en équipage.
Passionné de technique autant que de compétition, Franck Cammas a comblé son manque d'expérience de la Volvo grâce à des équipiers anglo-saxons et aux entraînements sur l'ex-Ericsson 4. Il a pu aussi compter sur un design team intégré pour enrichir le travail de Kouyoumdjian sur Groupama 4. Photo © Yvan Zedda (Team Groupama) voilesetvoiliers.com : Franck, à un mois du départ, reste-t-il encore des choses à découvrir sur Groupama 4 ?
Franck Cammas : Plein ! Je pense qu'on est allé aux limites de Groupama 70 (l'ex-Ericsson 4, racheté au démarrage du projet, ndlr), sur lequel on a cumulé 105 jours d'entraînement au large. Mais sur Groupama 4, on découvre encore, on teste. Heureusement qu'on a pu réaliser un gros travail sur les voiles avec le 70, car depuis la mise à l'eau de Groupama 4, on s'est surtout concentré sur la plate-forme. On savait que le temps serait court depuis la mise à l'eau, le 11 mai...
v&v.com : Des soucis de chantier ont entraîné un mois de retard ...
F.C. : Oui, mais ça ne veut pas dire qu'on a perdu un mois. Nous avons fait autre chose, du travail sur les appendices, du développement. On est encore en train d'en faire. C'était pas du temps perdu. On a pu réfléchir plus longtemps - mais on a moins navigué. La mise au point s'est faite de manière plus dense, ce qui a été plus difficile à gérer pour la shore-team et l'équipage.
v&v.com : Comment qualifierais-tu Groupama 4 par rapport à Groupama 70 ?
F.C. : Je trouve le 4 plus agréable. En attitude, en légèreté de barre, en réactivité, c'est un bateau nerveux et plaisant. Ce sera encore plus plaisant si on va plus vite que les autres !
v&v.com : En termes de performances, justement, il y a une nette différence entre les deux générations ?
F.C. : Sur les VPP, on a progressé un peu partout. Mais quand tu regardes le speedo, tu ne vois pas des noeuds supplémentaires ! 2 ou 3 % de plus peuvent suffire pour gagner une régate. Mais il faut être prudent, parce qu'on n'a jamais pu se comparer à deux bateaux (c'est interdit par le règlement de la VOR, ndlr). On compare des chiffres qui sont réalisés dans des qualités de vent différentes. C'est très difficile de comparer un speed-test réalisé à Lanzarotte avec un vent chaud avec ce qu'on fait ici à Lorient. Même sur un même plan d'eau, ça change d'un jour à l'autre. Avec Oracle, on s'apercevait très bien de ça. Sur deux jours, tu n'as jamais le même vent, le gradient peut changer. C'est pour ça qu'il y a un capteur en tête de mât et un en bas. Plus les bateaux sont grands, plus c'est un problème...
v&v.com : Il y a quand même eu la confrontation du Fastnet. Elle t'a rassuré ?
F.C. : Avant la course, on ne connaissait que Team Sanya, qui est réputé performant au près. Là, je pense qu'on a progressé dans certaines conditions, notamment au reaching où on est plus à l'aise. Et puis, par rapport à Abu Dhabi, ça ne s'est pas joué sur la vitesse pure.
F.C : On cherche toujours à trouver le bon compromis entre la vitesse au reaching et l'attitude du bateau au portant. Plus tu fais d'études, plus tu affines. Mais la limite de la performance au portant, ça restera toujours l'enfournement. Ce qu'il faut, c'est simplement être plus rapide que les autres au moment où ça plante ! Regarde Ericsson 4 dans la dernière Volvo. Il naviguait 4-5 noeuds plus vite que Telefonica sous grand spi. C'est comme ça qu'il a gagné la course.
v&v.com : Il y aura des écarts de performance aussi importants dans cette édition ?
F.C : Non. La jauge a globalement peu évolué et tout le monde sait ce qu'il faut faire. Regarde Farr, l'architecte d'Abu Dhabi, il a radicalement changé ses formes avant, c'est presque l'inverse de ce qu'il faisait avant.
A défaut de partenaires d'entraînement, l'analyse chiffrée des performances est primordiale. Entouré ici d' Erwan Israël et de Charles Caudrelier, Franck Cammas a poussé les développements jusqu'au dernier moment. A un mois du départ, deux formes de dérive étaient encore testées... Photo © Yvan Zedda (Team Groupama) v&v.com : C'est la première fois que tu gères un équipage aussi nombreux. Comment ça se passe, notamment par rapport au Jules Verne ?
F.C : C'est certain que ce n'est pas du tout la même ambiance. Les gars qui peuvent être bons dans le Jules Verne n'ont pas le même profil. Là, c'est très anglo-saxon, ça se rapproche des logiques de la Coupe de l'America. Le niveau et la finesse à certains postes sont quand même prépondérants. Le Jules Verne, il faut être plus polyvalent ; ici, il faut des spécialistes. De ce point de vue-là, avoir démarré le projet très tôt a été un gros plus, car c'est difficile d'intégrer ce genre de culture chez nous. Avant qu'on se comprenne, qu'on ait la même réflexion, qu'on parle le même langage... La langue, c'est une barrière, il y a plein de finesses qu'on arrive pas à exprimer, la confiance met plus de temps à installer.
v&v.com : Globalement, à bord de Groupama 4, les Anglo-Saxons sont ceux qui ont déjà fait la Volvo, et les Français, ceux qui découvrent la course. Comment s'est passé l'échange ?
F.C : On est forcément ouverts, mais il faut aussi avoir confiance dans ce qu'on a fait, aborder la course sans complexes. Je ne prends pas tout ce qu'ils peuvent nous apporter les yeux fermés, j'essaie de réfléchir à chaque fois. La fiabilité est très importante sur une Volvo, et ceux qui l'ont courue ont du mal à changer leurs habitudes techniques. C'est vrai déjà dans le choix des fournisseurs. Aller faire un mât chez Lorima, par exemple. Pourquoi ne pas aller chez Southern Spars ou Hall Spars ? Sauf que ce n'est pas simplement en faisant comme font ou ont fait les autres que tu peux gagner. Je préfère réaliser les choses auxquelles je crois. J'avais aussi un certain nombre d'idées arrêtées, et il a fallu que je me batte contre les Anglo-Saxons pour les imposer !
v&v.com : Par exemple ?
F.C : Tout ce qu'il y a de différent sur Groupama 4, ça a plutôt été amené par des Français. Le mât à trois étages de barres de flèche (au lieu de quatre plus un guignol sur Groupama 70, ndlr), le tunnel central qui vient de l'IMOCA, les appendices où on a rajouté beaucoup d'études à ce que proposait Juan K. Sur le plan de pont aussi, on a essayé d'innover avec des croisements d'écoute comme on le faisait en multicoque. Je trouve que ça simplifie beaucoup, mais ce n'est pas l'avis de tout le monde. Ce qui est certain, c'est que pour bien utiliser une option, il faut la travailler jusqu'au bout, la mettre au point.
La difficulté, c'est de motiver tout le monde pour aller dans ce sens-là quand, au départ, une partie de l'équipe n'y croit pas. Ce que tu peux gagner en performance est toujours assez clair, quantifiable. Ce qui est plus dur à juger, c'est le confort que ça va te faire perdre. Les 30 secondes perdues dans une manoeuvre, est-ce que tu les reprends par la performance que t'as fait gagner ta modif ? Sauf que pour moi, les 30 secondes, elles ne sont pas objectives. Il faut simplement que tu deviennes plus performant avec ton nouvel outil. C'est ça, les bons pros, ceux qui peuvent s'adapter au changement, au nouveau bateau. Donc, il faut d'abord faire le meilleur bateau possible et, ensuite, prendre des gens capables de s'adapter. Au début, il faut accepter de te faire un peu de mal, et après tu oublies.
Arrivé à Alicante avec Groupama 4, Franck Cammas va enfin voir de près ses cinq concurrents. Photo © Yvan Zedda (Team Groupama) v&v.com : Pour paraphraser le slogan de la course, la Volvo est-elle la course la plus extrême que tu aies connu jusqu'à maintenant ?
F.C : Du point de vue confort et engagement vis-à-vis de la mer, c'est plus extrême qu'un Jules Verne ! Psychologiquement, j'ai pas le même stress qu'en multi non plus - peut-être parce que j'ai chaviré trois fois ! Les VO 70 sont des bateaux super safe. Qu'est-ce que tu veux qu'il t'arrive ? On n'a pas encore fait un départ à l'abattée depuis qu'on a le bateau. Un départ au lof, il n'y a rien de grave. Ce qui fait peur, c'est de perdre un mec.
v&v.com : Pourquoi est-ce plus risqué qu'en multi ?
F.C : La plage avant d'un Volvo 70, pour les équipiers, ça correspond au flotteur sous le vent d'un trimaran : y a pas trop de différence entre le pont du bateau et la surface de la mer. Tu vas quand même souvent à plus de 25 noeuds. Une rivière avec 40 km/h de courant, tu ne la traverses pas. Et puis, les VO 70 sont lourds, costauds et atteignent leurs meilleures performances dans de la grosse brise.. En multicoque, ça ne sert à rien d'avoir plus de 25 noeuds de vent. Là, à 30 noeuds, les bateaux continuent à accélérer, même au près. Dans la Volvo, on va chercher les zones où il y a du baston...
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30/09/2011 - 00:01
Alicante : ils seront six, finalement
A l’image de Puma, les six concurrents rallient peu à peu Alicante pour le départ de la Volvo Ocean Race, le 5 novembre. Oui, six, depuis le retrait du deuxième VO70 espagnol. Cinq bateaux sont déjà là : Groupama, Camper-ETNZ, Sanya, Telefonica, Abu Dhabi. Et un est encore en chemin : Puma .
24/09/2011 - 00:01
Un Swan 55 de légende à Alicante
Belle idée : à l’occasion du départ de la Volvo Ocean Race, en novembre, les organisateurs ont demandé aux légendes de la Course autour du monde, skippers et bateaux, de venir à Alicante. Parmi eux, Tauranga, Swan 55 qui a terminé 10e de la première édition de la Whitbread, en 1973-74.
13/09/2011 - 00:02
Tout le monde sous le pont !
Les Volvo 70 convergent vers l’Europe. Après un mois de cargo, Camper-ETNZ a repris la mer en Angleterre et fait une virée sur la Tamise jusqu’à Londres. Puis l’équipage de Chris Nicholson a rallié Lorient, afin de visiter l’escale de la course (juillet 2012) et de rencontrer l’équipe de Groupama 4.
01/09/2011 - 16:16
Erwan Israël et Sébastien Marsset : la valeur n'attend pas...
Le règlement de la Volvo Ocean Race impose à chaque participant d'avoir à son bord au moins 3 équipiers de moins de 30 ans (sur 11). Ils sont 5 à former la jeune garde du Groupama Sailing Team dont la moyenne d'âge est de 37 ans. Parmi eux, Erwan Israël, 30 ans, régleur,
barreur et responsable sécurité, et Sébastien Marsset, 26 ans, régleur, piano et responsable
accastillage nous expliquent en vidéo leur parcours et leurs motivations.
29/08/2011 - 05:11
Fresh attitude
Depuis qu’il a disputé la Rolex Fastnet Race aux côtés de Abu Dhabi et Groupama (qui a terminé 4 minutes derrière Ian Walker), l’équipage de Team Sanya, légèrement à la bourre dans sa préparation, enchaînent sorties commandos et allers-retours entre Angleterre et côtes françaises.
12/08/2011 - 05:21
Test (presque) grandeur nature
Ça envoie, y’a pas à dire ! Le plan Farr en habits noirs ne semble pas manquer d’énergie, alors que les 2 000 milles de qualification viennent d’être validés pour Ian Walker et ses hommes d’Abu Dhabi, remontés de Cascais jusqu’à Southampton.