D'Alicante à Galway – via Lorient !–, neuf mois d'une course folle, brutale et fascinante autour du monde. En images, en textes et en vidéos, les récits et les analyses. Sans oublier le grand jeu de la régate virtuelle autour du monde (désormais disponible en français) : cliquez ici pour participer !

Actualité à la Hune

Volvo Ocean Race – Groupama – Interview (4)

Erwan Israël, équipier : «La Volvo, c’est grisant !»

Du Laser au VO70, en passant par le Mumm 30, le Figaro ou le Class America, Erwan Israël, vice-champion du Monde de match-racing 2008 avec Sébastien Col, a déjà une longue expérience de régate sur tous supports. A tout juste 30 ans, il entre dans le quota obligatoire de deux équipiers de moins de 30 ans à bord imposé par la course. Et s'apprête à vivre l'une des plus incroyables expériences de sa jeune carrière. Participer à la Volvo Ocean Race ! Interview...

  • Note :

    1 votes
  • 0 commentaire(s)
  • 3314 consultation(s)
  • Publié le : 14/03/2011 - 00:02

Un bateau puissant Groupama 70, l'ex-Ericsson 4, à l'entraînement en janvier à Lanzarote. Photo © Yvan Zedda (Sea&Co)

Erwan Israël, régleur de Groupama A 30 ans, Erwan Israël possède déjà un joli palmarès en match-racing et en course au large. Photo © Loïc Le Bras voilesetvoiliers.com : Quel est ton rôle exact à bord ?
Erwan Israël : Sur les offshore (les étapes de la Volvo Ocean Race, ndlr), je suis régleur, barreur et piano. On a des rôles très polyvalents puisqu'on n'est que quatre sur le pont. Donc, il faut savoir un peu tout faire. Certains son spécialisés numéro 1, deux sont hors quart, le skipper et le navigateur, et pour tous les autres, il faut être régleur et barreur, et plus ou moins spécialisé dans un domaine.


vetv.com : Pendant les entraînements, ça tourne à tous les postes ?

E.I. : Oui, puisque nous ne sommes que quatre sur le pont pendant quatre heures, ce n'est pas le même qui va barrer tout le quart. Idem pour le régleur. On tourne, en fonction des conditions de vent. On se relaie tout le temps. Pour les régates inshore, on teste plusieurs configurations. Il y a quelques positions plus ou moins figées, comme les postes de numéro 1 et barreur. Pour le reste, tout est ouvert.


vetv.com : Quel parcours as-tu suivi avant d'embarquer chez Groupama pour la Volvo Ocean Race ?

E.I. : Je viens du dériveur, notamment avec des préparations en Laser. Je fais partie de la génération Tour de France à la Voile (deux victoires en 2005 et 2007, ndlr). C'est ce bateau qui m'a amené à faire du large, avec très vite du Figaro à suivre. En parallèle, je faisais beaucoup de match-racing. Au début, en tant qu'espoir jeune. Puis très vite, j'ai eu des opportunités avec de très grands barreurs comme Philippe Presti, Sébastien Col ou Bertrand Pacé, avec qui j'ai pu naviguer au plus haut niveau en match-racing. J'essayais de faire en parallèle du Figaro et du match-racing. J'ai un profil un peu différent par rapport aux autres équipiers. C'est peut-être ça qui m'a aidé à intégrer Groupama.


vetv.com : Participer à la Volvo Ocean Race faisait partie de tes rêves ?

E.I. : Oui, ça fait longtemps que j'y pensais. Comme j'aimerais faire un Vendée Globe, comme beaucoup de Français ! Quand tu vois les vidéos des mecs de la Volvo sous l'eau par 25-30 noeuds, c'est grisant ! Ça donne envie d'aller voir ce que ça donne... C'est un bateau extrêmement puissant, extrêmement rapide. J'avais envie d'essayer, de voir si j'étais capable de le faire.


vetv.com : Tu pensais être retenu ?

E.I. : Quand j'ai envoyé un CV, j'y croyais, mais je n'avais aucune certitude d'être pris. En fait, ça s'est rapidement bien goupillé. J'ai eu un bon feeling avec Damian Foxall et Laurent Pagès qui s'occupaient de ça pendant que Franck était accaparé par la Route du Rhum.


vetv.com : Ceux qui viennent du Figaro ont été un peu surpris par ces grandes structures. Mais pour toi qui as participé à des Louis Vuitton Trophy par exemple, ton adaptation était-elle plus facile ?

E.I. : Oui, c'est vrai que ça ressemble beaucoup plus à une équipe de Coupe de l'America qu'à une équipe pour le Vendée Globe. Mais, c'est quand même très impressionnant. Groupama est une équipe qui a gagné dans toutes les disciplines auxquelles ils ont participé. Il y a un savoir-faire impressionnant. Rien n'est laissé au hasard. On passe énormément de temps en réunion. On est plus de cinquante personnes à travailler. C'est quand même une grosse structure.


vetv.com : T'as le sentiment de vivre un rêve ?

E.I. : Je dirais que je vivrais un rêve pendant la Volvo, en train de régater. Pour l'instant, c'est de l'entraînement. C'est du plaisir, certes, mais c'est avant tout du travail. On n'a pas beaucoup de temps pour le plaisir. On travaille énormément, sur l'eau comme à terre. Chacun a des missions dans des domaines particuliers. Mais je suis loin de me plaindre. On fait ce qui nous plait. Et on arrive à en vivre. Mais ce ne sont pas des vacances...

Marin polyvalent A bord d'un VO70, les équipiers, à l'image d'Erwan Israël ici au moulin à café, alternent à la barre, aux réglages et aux manoeuvres. Photo © Yvan Zedda (Sea&Co) vetv.com : On dit que le VO70 est physique, dur. Quel est le niveau de plaisir de naviguer dessus ?
E.I. : Je pense qu'on a beaucoup plus de plaisir en Volvo 70 que sur beaucoup d'autres bateaux. Si je compare au Tour de France à la Voile, où on fait de longs bords de reaching au rappel, le plaisir est décuplé ! C'est sûr que dans le Grand Sud, avec de l'eau très froide et des températures extrêmes, il ne doit pas y avoir le même plaisir. Quand on lit les récits de certains équipiers, on a le sentiment que sur les longues étapes dans les mers du Sud, il faut savoir prendre sur soi. Mais pour l'instant, je n'ai pas connu cet aspect-là des choses. J'ai toujours pris beaucoup de plaisir sur l'eau jusqu'à maintenant.


vetv.com : Quels sont les principales qualités et principaux défauts du VO70 ?

E.I. : C'est extrêmement impressionnant au portant avec des vagues et du vent. On peut continuer à porter de la toile, le bateau enfourne, mais ne part pas au tas. On a l'impression d'être accroché, collé à la piste avec les deux safrans bien positionnés, et la carène qui a beaucoup de volume. Groupama 70 (ex-Ericsson 4, ndlr) est un des bateaux les plus puissants dès qu'il y a 15 noeuds. Les défauts ? C'est un bateau qui n'est pas conçu pour naviguer un inshore. On se sent un peu ridicule lorsqu'on regarde nos vidéos de manoeuvres sur une régate inshore. C'est incomparable par rapport à un bateau comme le Class America où tout est optimisé et où on affale le spi en 5 secondes. Là, il nous faut beaucoup de temps car on n'est très peu à bord. C'est sûr qu'on pourrait progresser à ce niveau-là. Mais la priorité, ce sont les offshore. Il faut faire au mieux. Sinon, le manque de protection ne me gène pas à bord. On s'y fait. Quand on part sur la Volvo, on sait à quoi s'attendre.


vetv.com : Quel est l'objectif de l'équipe ?

E.I. : Connaissant Franck (Cammas, ndlr), l'objectif n'est certainement pas de juste participer ! Maintenant, dire qu'on va gagner la Volvo, ça serait extrêmement ambitieux. Il y a des équipes très fortes qui ont déjà participé à la dernière édition. On va essayer de faire au mieux. On ne sait pas si on arrivera à les accrocher ou à les battre. En tout cas, tout est mis en oeuvre dans cette équipe pour avoir le meilleur bateau possible, les meilleures voiles possibles. On travaille depuis très longtemps en amont par rapport à certains adversaires. Donc, il n'est pas impossible qu'on gagne. Mais on sait que ça va être très difficile. La concurrence est rude.


vetv.com : Quelle équipe t'impressionne le plus parmi vos adversaires ?

E.I. : L'une des particularités de la Volvo est de ne pas avoir le droit de s'entraîner contre les autres équipes. Pour l'instant, on a vu une seule fois Telefonica sur le Tour des Iles Britanniques où ils ne nous pas impressionnés puisqu'on les a battus ! Mais on sait qu'ils seront très forts. Camper peut faire peur avec Team New Zealand à bord. Ils disposeront de leur bateau très tôt en plus. Ils seront sûrement très vite dans le coup. Abu Dhabi et Puma auront d'excellents bateaux et d'excellents équipiers. Je pense que le niveau sera très homogène par rapport aux deux dernières où ABN et Ericsson s'étaient promenés. Je ne pense pas que cette fois-ci une équipe sorte complètement du lot, que son bateau soit 10% plus rapide que les autres. Cela ne peut plus exister...


vetv.com : Qu'est-ce qui fera la différence alors ?

E.I. : Il faudra être bon partout et mauvais nulle part ! Régulier, en inshore pour grappiller des points, et en offshore surtout, car il y aura des étapes très compliquées en Asie où le vent est parfois imprévisible. Le même coefficient de points est attribué à chaque étape, que ce soit celle du cap Horn ou la dernière entre Lorient et Galway. Il faudra toujours être bien placé. Et puis, ne pas casser...

Ajoutez votre commentaire

Connectez-vous pour publier un commentaire.

Vous êtes abonné(e) ou vous avez déjà posté un commentaire identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?

Pas encore inscrit ? Créez votre pass voilesetvoiliers.com
(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)

En complément

  1. charles caudrelier,  eacute;quipier de groupama 07/03/2011 - 00:02 Volvo Ocean Race – Groupama – Interview (3) Charles Caudrelier, équipier : «Les VO 70 sont des bateaux très physiques !» Vainqueur de la Solitaire du Figaro 2004 et de la Transat Jacques Vabre 2009 en IMOCA sur Safran, avec Marc Guillemot, Charles Caudrelier (37 ans) embarquera début novembre sur le futur Groupama 4 pour la prochaine Volvo Ocean Race. Entre un 60 pieds IMOCA et un Volvo 70, il y a un monde selon Charles, surpris par la puissance de ces monocoques taillés pour l'équipage. Interview...
  2. carbone, nid-d rsquo;abeilles et stylo-bille 02/03/2011 - 05:22 Volvo Ocean Race – Groupama 4 Carbone, nid-d’abeilles et stylo-bille Bien sûr, du carbone et du nid abeilles, bien sûr des plans millimétriques de Juan Kouyoumdjian et une réalisation hors pair de Multiplast. Mais à l’heure de tracer des repères sur le pont noir de Groupama 4, rien de tel qu’un Bic 4-couleurs. Le Volvo 70 de Cammas devrait être mis à l’eau début mai.
  3. herv eacute; le quilliec, responsable logistique de groupama 25/02/2011 - 00:31 Volvo Ocean Race – Groupama – interview (2) Hervé Le Quilliec, responsable logistique : «J’ai adopté la Volvo comme un style de vie !» A 47 ans, Hervé Le Quilliec prépare sa quatrième campagne pour la Volvo Ocean Race. Embarqué par Grant Dalton dans le team Amer Sports en 2001, il a ensuite oeuvré pour Torben Grael sur Brazil 1 puis Ericsson, vainqueur de la dernière édition. Toujours sur le podium ! Responsable de la logistique de Groupama, Hervé Le Quilliec est un membre précieux de l'organisation d'une équipe Volvo. C'est sur lui que tout repose lorsqu'il faut improviser une escale, transporter le bateau en urgence, ou simplement que chaque ville étape se déroule sans accroc... Interview.
  4. jean-luc n eacute;lias, navigateur 14/02/2011 - 00:42 Volvo Ocean Race – Groupama – Interview (1) Jean-Luc Nélias, navigateur : «La Volvo Race ? Une usine à gaz !» Routeur de Franck Cammas lors de sa victoire sur la Route du Rhum, Jean-Luc Nélias (48 ans) sera le navigateur de Groupama 4 lors de la prochaine Volvo Ocean Race - départ le 5 novembre d'Alicante. Skipper du trimaran ORMA Belgacom en 2002, régulièrement équipier de Roland Jourdain en IMOCA 60, le Quimpérois rêvait de disputer la course autour du monde en équipage. En attendant la mise à l'eau de Groupama 4 fin avril, nous vous proposons une série d'interviews pour découvrir les hommes-clés qui se cachent derrière Franck Cammas...
  5. cammaslz 28/01/2011 - 21:02 Volvo Ocean Race 2011-2012 Franck Cammas prépare la Volvo: «Encore plus de rigueur, un peu moins de feeling» Alors qu'il termine deux mois d'entraînement à la Volvo Ocean Race avec sa nouvelle équipe à Lanzarote (Canaries), Franck Cammas explique à Loïc Le Bras la nouvelle organisation du team Groupama et son évolution depuis l'époque du maxi-trimaran Groupama 3. Le skipper de Groupama 70 analyse avec sa rigueur et sa clarté habituelle la situation actuelle et les objectifs de l'unique bateau français engagé dans la fameuse course autour du monde en équipage qui débute à Alicante le 29 octobre 2011.
  6. pas l agrave; pour faire du tourisme  24/01/2011 - 00:38 Volvo Ocean Race Franck Cammas et Groupama ne laissent rien au hasard Après deux mois d'entraînement aux Canaries, Franck Cammas et son équipage de Groupama 70 (ex-Ericsson 4) reviennent à Lorient dans les prochaines 48 heures les valises pleines d'une riche expérience de vie en commun. Avant de quitter Lanzarote, ils ont simulé une semaine type d'escale sur la Volvo Ocean Race : Pro-Am Race le vendredi, régate inshore le samedi et départ le dimanche d'une nouvelle étape en conditions réelles. Voilesetvoiliers.com a assisté à cet ultime entraînement canarien avant le retour en France...