Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

Affaire kite vs planche

Neil Pryde : «Le kite n’a pas sa place dans l’olympisme»

Le Néo-Zélandais Neil Pryde, fondateur de la marque éponyme très implantée dans les milieux de la planche comme du kite, juge inappropriée la décision de remplacer la planche par le kite aux Jeux et s’explique.
  • Publié le : 22/08/2012 - 00:01

Facile et économiqueSelon Neil Pryde, la planche est le meilleur vecteur pour amener des pays non porteurs de culture voile à notre discipline. Mais lorsqu'en mai dernier les dirigeants de l'ISAF ont voté pour qu'elle soit remplacée par le kite, ils n'ont raisonné qu'en termes de couverture médiatique globale.Photo @ Onedition ISAF

Neil PrydeNeil Pryde, le fondateur de la marque éponyme dont les intérêts commerciaux sont autant dans la planche que dans le kite, juge la décision de l'ISAF tragique.Photo @ D.R. NeilPrydeSon nom est certes celui d’un entrepreneur, mais aussi celui d’un grand du milieu dont le regard est aiguisé. À 73 ans, le Néo-Zélandais expatrié Neil Pryde, fondateur de la marque éponyme, connait suffisamment bien les milieux de la régate*, de la planche et (plus récemment) du kite pour juger de la pertinence de la décision de l’ISAF de remplacer la planche RS:X (dont il est le constructeur) par le kite, aux Jeux de Rio en 2016. (Voir notre article «L’affaire kite vs planche» ici.)
Venu le jour des Medal Races des planches à Weymouth, le 7 août dernier, il s’en est expliqué devant quelques journalistes.

 

 

> Que pensez-vous de la décision de l’ISAF de remplacer la planche à voile par le kitesurf, aux Jeux olympiques de Rio ?
Neil Pryde : Je ne tiens pas à la commenter, car elle résulte d’un processus légal dans lequel je n’ai aucune part de responsabilité. C’est une histoire entre l’ISAF et les classes avec lesquelles je n’ai rien à voir. Les classes et les constructeurs sont indépendants. Nous fournissons les équipements aux classes, mais leur fonctionnement est totalement autonome. Juste pour être clair avec ça.

 

> Vous n’avez pas d’opinion personnelle ?
N.P. :
Je dirais que la décision ne prend pas en considération la réalité de notre sport. Et… Simplement, pour être bien clair : mon entreprise, le groupe NeilPryde, occupe une place très importante sur le marché mondial, pour le kite où nous sommes leader, comme pour la planche – alors, du point de vue des affaires, c’est égal pour nous. Mais du point de vue sportif, je trouve que la décision de l’ISAF de remplacer la planche olympique par le kite est tragiquement mauvaise. Le kite est un super sport, très excitant et très agressif, mais je ne pense pas qu’il ait sa place comme sport olympique. Il y a le problème de sa dangerosité – vous avez forcément entendu parler du nombre de pratiquants qui sont décédés, alors bien sûr le kite n’est pas le seul sport dangereux, mais c’est un fait. L’autre argument, c’est que le kite est une discipline très récente qui n’a pas encore de filière de formation organisée. Et très peu de femmes le pratiquent, alors que la mixité parfaite est la base du mouvement olympique.

 

> Comment expliquez-vous que l’ISAF ait fait ce choix, dans ce cas ?
N.P. : Je pense qu’il a essentiellement été dicté par la volonté de faire de la voile un sport plus excitant, y compris par rapport aux autres sports olympiques, dans l’espoir d’attirer davantage les caméras sur lui. La couverture télévisuelle générée par un sport est la clé pour le CIO, car c’est elle qui génère des revenus et assure l’avenir de l’événement. Or tout le monde sait que la voile est très peu couverte par la télévision. Mais l’ISAF a pensé que le kite pourrait attirer les caméras. N’empêche que je ne crois pas que la discipline soit prête pour ça. Et le plus tragique dans tout ça, c’est que la planche à voile est probablement la discipline la plus à même d’initier de nouveaux pays à la voile ; regardez la Chine qui est devenue très forte par le biais de la planche où elle a récolté deux médailles successives sur les deux éditions olympiques précédentes… La planche est le moyen le plus facile et le plus économe de naviguer !

Espagne, polémique et ironieÀ moins qu'en novembre prochain, un nouveau vote invalide le remplacement de la planche par le kite aux Jeux de Rio, l'Espagnole Marina Alabau pourrait être la dernière championne olympique de sa discipline. Ironie de l'histoire, son propre pays a donné sa voix au kite, mettant le feu à la polémique.Photo @ Onedition

> Ce n’est pas la même chose pour le kite ?
N.P. : Pas encore. Le kite est une super discipline, mais devenir une discipline de haut niveau prend du temps. Aujourd’hui, le kite est plus un élan de liberté qu’un sport à proprement parler. Les gens se mettent à l’eau pour s’éclater et pratiquer un truc spectaculaire. Mais l’olympisme, c’est autre chose. C’est un mode de vie, une discipline personnelle très stricte. C’est une affaire d’athlètes maîtrisant un équipement – mais en kite, il n’y a pas de contrôle, l’équipement est totalement libre.

 

> Est-ce que cela signifie que le coût de la pratique du kite va augmenter ?
N.P. : Oui. Chaque fois que l’ISAF a créé un événement olympique à partir d’une série Open, l’investissement dans la recherche de la performance a fait grimper les prix. Quand il y a des box rules comme il est prévu qu'il y en ait pour le kite, cela revient à peu près au même, comme on l'a vu en TP52 par exemple, et elles finissent pas tuer les classes. Je ne suis même pas sûr que la décision de faire du kite une discipline olympique soit bonne pour le kite. Pour ce qui est de NeilPryde, nous suivons évidemment tout ça, mais ne sommes même pas certains d’investir dedans.

 

> Pourquoi ça ?
N.P. : Le kite de compétition, hormis les disciplines de freestyle, ne concerne qu’un tout petit groupe de personnes ! Probablement moins de deux ou trois cent personnes dans le monde.

 

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Sous les couleurs de Hong Kong où il est installé de longue date, Nigel Frederick Pryde et Peter Gamble ont terminé 14e des Jeux de Mexico en Flying Dutchman. Neil Pryde skippe aujourd’hui le TP52 Hi Fi sur les classiques du circuit asiatique et en Océanie.