Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

VOILES ET VOILIERS N° 548

Charline Picon : «J’ai bien envie d’aller à Tokyo !»

Championne olympique de planche à voile à Rio, Charline Picon n’a pas changé d’un iota. Toujours aussi décontractée et spontanée, elle n’a pas encore vraiment pris de vacances, très sollicitée… et commence à bien connaître la ligne TGV entre La Rochelle et Paris.
  • Publié le : 19/09/2016 - 12:26

Charline Picon : « j’ai bien envie d’aller à Tokyo ! »Le podium olympique en RS:X à Rio. Photo @ Sailing Energy/World Sailing
Il y a un mois pile à Rio, elle courait d’un plateau télé à l’autre, louvoyait entre le Club France et la plage pour encourager l’équipe de France lors des Medal Races… et ne s’est «offert» qu’une excursion en famille au Corcovado et la finale olympique de hand ! Toujours aussi nature, elle est là, à Paris, Porte de Versailles au salon Reeduca (elle est kinésithérapeute de formation, ndlr) pour la journée, après un «shooting» pour les 30 ans de la chaîne Paris Première qui l’a sélectionnée comme seule représentante du sport parmi trente personnalités. On ne peut s’empêcher de lui demander de nous montrer sa médaille, qu’elle sort aussitôt de son sac à dos, le cordon entortillé sommairement ! En vrai, elle est encore plus imposante qu’à la télé avec ses 494 grammes, dont 6 d’or ! Charline a plusieurs grands projets en tête, mais se donne un peu de temps avant de prendre sa décision. Une chose semble sûre : elle n’a pas l’air d’avoir envie de s’arrêter de régater. Pas forcément une bonne nouvelle pour ses adversaires…

voilesetvoiliers.com : Qu’est ce qui a changé dans ta vie depuis que tu es championne olympique ?
Charline Picon :
(Rire) Pas grand-chose en fait ! Pour l’instant, je ne sens pas vraiment de changement radical. Si… c’est vrai que les gens me reconnaissent un peu. C’est sympa. J’ai beaucoup de demandes de selfies. Les gens veulent photographier ma médaille, certains ont vraiment les yeux qui brillent, d’autres sont un peu intrusifs et veulent la tripoter, la mettre autour de leur cou et se faire photographier avec. C’est parfois un peu dérangeant, mais je sais que cela ne va pas durer.

voilesetvoiliers.com : Tu ne t’attendais pas à ça ?
C. P. :
Un peu, si. John (Lobert), seul médaillé de l’équipe de France à Londres, m’avait prévenu sur cet aspect-là, et donc je n’ai pas été trop surprise. Mais quand j’étais dans l’action et au Brésil, je ne me rendais pas trop compte de ce qui se passait en France. J’étais à Rio avec ma famille. J’étais là-bas pour décrocher l’or et c’était pour moi dans la continuité des choses. Je ne me rendais pas forcément compte que ma vie était en train de changer entre guillemets. C’est quand je suis rentrée en France que j’ai découvert que j’avais touché beaucoup de monde, et pas que dans le milieu de la voile. La Medal Race a été, j’ai su, retransmise en direct sur France 2 et Canal + le dimanche soir juste avant le journal de 20 heures (elle a été suivie par plus de 2 millions de téléspectateurs, ndlr), et ça a peut-être contribué à ce succès.

Charline Picon : « j’ai bien envie d’aller à Tokyo ! »A 31 ans, Charline Picon a désormais tout gagné : jeux Olympiques, championnats du monde et d’Europe (trois fois).Photo @ Sailing Energy/World Sailing

voilesetvoiliers.com : Ça t’inquiète cette soudaine notoriété ?
C. P. : Non, car ça va vite se calmer ! A La Rochelle, où je vis et m’entraîne, ça va rester un peu, mais avant les JO, personne ne me connaissait et ça va redescendre assez vite. La voile reste un sport confidentiel. Des gens comme Kevin Mayer (vice-champion olympique du décathlon), par exemple, sont sur un autre niveau.

voilesetvoiliers.com : Si tu devais ressortir le moment le plus fort des Jeux, ce serait…
C. P : Sans conteste quand je franchis la ligne d’arrivée de la Medal Race… plus encore que sur le podium où j’ai pleuré. C’est le moment où je réalise que je viens de faire un truc incroyable après lequel je cours depuis quatre ans et plus. Toute la pression qu’il y a eu pendant des mois retombe. J’avais annoncé vouloir gagner l’or, ce qui était assez logique après avoir été championne d’Europe et du monde. Après, le faire, c’est autre chose ! Sur la ligne, je n’arrive pas y croire et j’y crois ! C’est hyperambigu comme sensation. Je me prends la tête. Je m’agenouille sur ma planche car j’ai besoin de pouvoir laisser sortir les choses, et je ne peux pas le faire debout en tenant ma voile. C’est vraiment le moment le plus fort.

voilesetvoiliers.com : On a beaucoup plus d’amis quand on est championne olympique ?
C. P. 
: On en a plus qu’avant, c’est clair… (Rire.)

Charline Picon : « j’ai bien envie d’aller à Tokyo ! »Ce dimanche 14 août 2016 où Charline Picon a succèdé à Faustine Merret et Franck David au palmarès olympique. Photo @ Sailing Energy/World Sailing

voilesetvoiliers.com : Ça rapporte quoi une médaille d’or ?
C. P. : Une prime de l’état (50 000 euros, ndlr) mais qui est imposable… et donc ça va être un peu plus dur l’année prochaine. (Rire.) Financièrement, à ce jour, je n’ai aucune sollicitation. Ce qui est sûr, c’est que ça ne se bouscule pas au portillon ! Heureusement, je fais toujours partie de l’Armée de champions.

voilesetvoiliers.com : Tes parents, ton conjoint étaient à tes côtés à Rio. Il paraît que c’est ton frère, chef dans un restaurant à Saint-Martin-de-Ré, qui préparait tes repas. C’est vrai ?
C. P. :
C’est vrai ! En fait, c’est un truc que nous avions essayé lors du mondial à Santander en 2014 (Charline avait été sacrée championne du monde, ndlr) et qui avait bien marché. Sur l’olympiade, j’ai travaillé avec une nutritionniste à La Rochelle. J’ai dit que la nutrition ne faisait pas forcément gagner… mais pouvait faire perdre. Si tu as un passage à vide, bien se nourrir peut te permettre d’aller mieux, et dans la récupération, c’est hyperimportant. L’idée, c’était d’avoir les meilleurs produits, les meilleurs menus pour mettre toutes les chances de mon côté. De plus, c’était un moment que l’on pouvait partager tous les deux sur place. Bref, c’était joindre l’utile et l’agréable !

voilesetvoiliers.com : Tu as eu l’occasion de refaire de la planche depuis ta victoire ?
C. P. : J’ai fait des ronds dans l’eau à La Rochelle pour des sollicitations, et mercredi dans mon club de La Tremblade, avec les jeunes… et sur la planche de mes débuts. En revanche, j’ai fait du surf !

Voilesetvoiliers.com : Tu as récupéré ton flotteur et ta voile ?
C. P. :
La voile, oui. C’est Cédric (Leroy), mon entraîneur, qui l’a fait pour moi. Le flotteur, en revanche, pas encore. En fait, le matériel est fourni aux Jeux et est revendu ensuite. J’espère le récupérer et ne pas me faire «fourguer» une autre planche. De toute façon, j’ai le numéro de série !

voilesetvoiliers.com : Et la suite alors ? Tu repars pour une préparation olympique ?
C. P. : La suite, c’est mon questionnement actuel. Après, je veux prendre le temps de réfléchir. Je vais déjà attendre ce que le CIO propose pour Tokyo : le format, le support… mais la probabilité que je reparte est élevée. J’ai envie, j’aime ça, et c’est un sacré challenge d’aller en chercher une deuxième ! Après, j’ai un autre projet familial avec mon conjoint, et ça sera moins facile pour lui, car il faudra qu’il me suive de temps en temps… Cédric, mon entraîneur avec qui je vais repartir, va faire aussi un bon break. Il faut que je puisse voir ce qui sera proposé par la Fédé et mis en place, que je discute avec mes partenaires pour savoir s'ils sont chauds pour repartir pour Tokyo.

Charline Picon : « j’ai bien envie d’aller à Tokyo ! »C’est au congrès de la World Sailing que l’on devrait en savoir un peu plus quant à l’avenir de la RS:X aux Jeux de Tokyo en 2020.Photo @ Sailing Energy/World Sailing

voilesetvoiliers.com : Changer de support ?
C. P. :
Non ! J’aurais aimé faire du 49er FX, du Nacra 17 ou un engin qui va vite, mais j’ai un trop petit gabarit. Ça aurait été un superchallenge, mais je ne suis pas barreuse… et je ne suis pas du tout prête à prendre 10 kilos pour aller équiper.

voilesetvoiliers.com : On parle de plus en plus d’une Medal Race où les compteurs seraient remis à zéro, le vainqueur de cette régate remportant l’or olympique même s’il a fini 8e à l’issue des manches qualificatives. Tu es plutôt favorable ou non ?

C. P : Je suis plutôt favorable ! Il faut juste que les qualifications qui précèdent cette ultime course se passent dans l’esprit de la voile, et qu’on ne puisse pas éliminer quelqu’un juste sur une manche pour un bris de matériel, un départ prématuré… Mais si l'on veut être lisible, il faut passer par ça. Dans la majorité des sports, c’est en finale que l’on gagne. Les enfants que j’ai vu mercredi m’ont tous fait la même réflexion : «Comment ça se fait que celle qui a gagné la Medal Race elle n’a même pas de médaille !» Hormis les initiés, personne ne comprend rien ! Même nous, parfois, à l’arrivée, on ne sait pas qui a gagné, qui a perdu, et on doit attendre les calculs. Après, quel est le format à adopter et à combien ? A 4, 6, 8… Quatre, c’est dur, il n'y en qu’un qui perd ! Ce n’est pas moi qui vais décider mais je pense qu’on va y venir.

Charline Picon : « j’ai bien envie d’aller à Tokyo ! »Assise sur sa planche et rejointe par la Hollandaise (4e à un point du bronze et qui pense avoir une médaille), le moment où Charline réalise qu’elle est championne olympique. Photo @ Sailing Energy/World Sailing

voilesetvoiliers.com : Enfin, tu as désormais une rue à ton nom à la Tremblade ?
C. P. :
Non… Mais depuis le 15 septembre, le club où j’ai débuté la planche s’appelle Club nautique La Tremblade Charline Picon. (Elle rougit.)