Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

VOILES ET VOILIERS N° 546

Charline Picon : «J’ai un unique objectif : la médaille d’or !»

Au taquet, elle est nature, d’une décontraction et détermination aussi impressionnante que désarmante. Championne du monde en 2014, vainqueur en 2014 et 2015 du Test Event de Rio, véritable match de lever de rideau des JO, récente vainqueur d'un troisième titre européen (le 9 juillet dernier à Helsinki) Charline Picon – CN La Tremblade Armée de champions – se voit bien médaillée d’or dans quelques semaines au Brésil. A l’écouter, difficile de dire le contraire ! Douze ans après Faustine Merret, championne olympique à Athènes, elle prépare ses seconds jeux Olympiques sans se poser trop de questions, sûre de sa force. Un entretien cash qui vient compléter l'article de présentation de l'équipe de France à découvrir dans Voiles et Voiliers n°546 actuellement en kiosque.
  • Publié le : 28/07/2016 - 15:30

Charline Picon : «J’ai un unique objectif : la médaille d’or !»La «niaque» et la joie de vivre de Charline symbolisées dans cette image. Photo @ Christophe Launay

Voilesetvoiliers.com : A quel âge as-tu commencé la planche à voile ?
Charline Picon : j’ai commencé à onze ans en rentrant au collège à La Tremblade. J’avais fait cinq jours de voile scolaire en CM2 sur Optimist – nous étions deux à bord –, et comme ça m’avait bien plu, quand je me suis inscrite au club à la rentrée, on m’a proposé de faire plutôt de la planche… car tout le monde voulait faire de l’Optimist… Je crois qu’ils cherchaient en fait à recruter des planchistes (rire).

Voilesetvoiliers.com : Et la régate ?
C. P. : J’avais l’impression d’avoir pris mon temps, mais en fait mon premier championnat de France, c’était en minimes… et finalement deux ans après avoir commencé ! J’avais treize ans.

Voilesetvoiliers.com : Il semble qu’en quatre ans, la façon de naviguer en RS:X a beaucoup évolué. Vrai ou faux ?
C. P. : Totalement vrai ! Vu que Rio est un plan d’eau assez polyvalent, tout le monde a progressé dans le petit temps et la brise. A Pékin en 2008, le niveau était fort quand il n’y avait pas de vent. A Londres en 2012, le niveau était fort quand il y avait du vent. Aujourd’hui, on navigue beaucoup plus en puissance. On n’a plus du tout les mêmes réglages de voile, notamment lors des choqués pour remettre de la puissance dans le wishbone. On est beaucoup plus lâché et plus longtemps afin d’avoir des volumes importants dans le bas de la voile.

Charline Picon : «J’ai un unique objectif : la médaille d’or !»A 31 ans, elle dispute ses deuxièmes JO consécutifs. Photo @ Christophe LaunayVoilesetvoiliers.com : La condition physique a l’air de plus en plus importante ?

C. P. : Nous sommes passés de deux à trois manches par jour. Les régates sont un peu moins longues (20 minutes, ndlr) quelles que soient les conditions. Donc il faut être en forme et tenir la distance. Il y a des filles qui ont des petits coups de mou sur la dernière manche du jour. Donc le travail physique est essentiel. La grosse mode en ce moment, c’est de faire du vélo ! Ce qui est certain, c’est qu’il faut être prête à encaisser la semaine de compétition.

Voilesetvoiliers.com : Tes adversaires disent de toi que tu as un sens inné de la glisse…
C. P. : Ah bon ! (rire)… Plus sérieusement, j’ai la chance d’avoir des qualités de glisse qui font qu’à plus de 31 ans, je navigue un peu moins que certaines. J’alterne actuellement la préparation physique et la récupération, mais je fais aussi des petites navigations spécifiques. Les jours où je navigue, on ne va pas mettre grand-chose à côté. Si je fais une grosse séance de muscu le matin où je tape vraiment dedans, il est possible que l’après-midi la nav ne soit pas efficace, et donc on essaie justement que les sorties soient optimales et utiles. J’essaie de ne plus aller sur l’eau pour aller sur l’eau ! Quand tu es jeune, tu as besoin de beaucoup naviguer. La planche, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas ; et j’ai envie d’ajouter que si tu as la glisse et que tu ne fais pas de planche pendant deux-trois mois, quand tu remontes dessus, tu as encore des sensations décuplées. Tu ressens tout mieux que si tu navigues tous les jours. Après Santander (elle y a été championne du monde en 2014, ndlr), j’étais capable de «breaker» trois mois, à condition de poursuivre la préparation physique, ce qui est rare en sport de haut niveau. Tu n’imagines pas des nageuses s’arrêter de nager… En planche, celles qui n’ont pas la glisse et ces sensations, et qui arrêtent un mois, sont ensuite dépassées. Moi j’ai la chance de faire partie de celles qui ont toujours la vitesse de base. Mais couper un mois, tu peux le faire en milieu d’olympiade, pas à quelques semaines avant Rio !

Voilesetvoiliers.com : Tes points forts ?
C. P. : Techniquement, quelle que soit la météo, je peux gagner toutes les manches. J’ai un gros point fort en ce moment, c’est le portant. Je vais très vite au vent arrière et je descends mieux que mes adversaires grâce à la glisse.

Charline Picon : «J’ai un unique objectif : la médaille d’or !»La Britannique Bryony Shaw, ici lors de la Sailing World Cup 2016 à Hyères : l’autre favorite des JO. Photo @ Didier Ravon

Voilesetvoiliers.com : Et tes points faibles ?
C. P. : Jusque-là, j’avais tendance à prendre tout le temps les départs au même endroit, genre au milieu… sauf qu’à Rio, il faut souvent partir en bout de ligne ou au comité. Sur l’aspect tactique, j’essaie de gommer un point faible sur mon premier près. Il faut que je réagisse en fonction de la flotte, alors que moi j’ai plutôt envie de suivre mon vent et d’être dans le feeling… mais vu ma vitesse au portant, il faut que je reste avec mes adversaires au début. Si je suis mal placée, je suis capable d’aller chercher des trucs à l’opposé de la flotte. Je ne suis pas du genre à suivre le paquet… mais il y a des fois où je ferais bien (rire)…

Voilesetvoiliers.com : Tu as gagné les deux derniers Tests Event à Rio. Qu’est-ce qu’il te plaît sur ce plan d’eau ?
C. P. : J’aime bien le plan d’eau, notamment à l’extérieur, car il y a de la houle. A l’intérieur, tout le monde va vite et cherche les effets de site, alors que dehors, techniquement c’est assez compliqué, car tu as cette houle, pas forcément beaucoup de vent et du ressac. Même si je trouve ça dur, je me débrouille bien. Ces conditions à Rio, on ne les retrouve sur quasiment aucun plan d’eau. La houle a une telle puissance et période que quand tu as 4 nœuds de vent, tu te fais déstabiliser et tu peux passer à l’eau. Bref, c’est très technique.

Charline Picon : «J’ai un unique objectif : la médaille d’or !»Sur la plus haute marche du podium lors du dernier Test Event de Rio : une image que l’on rêve de revoir mi-août lors des jeux Olympiques.Photo @ Jesus Renedo/Sailing Energy/ISAF

Voilesetvoiliers.com : Quelles sont les adversaires que tu crains spécialement ?
C. P. : L’Anglaise Bryony Shaw, au vu de ses résultats dernièrement, se place en favorite. Elle est très régulière, très bonne tacticienne mais peut avoir quelques soucis de speed (vitesse, ndlr). Il y a l’Espagnole Marina Alabau, championne olympique en titre qui est à surveiller. Il y a aussi la Hollandaise Lilian de Geus qui est un peu comme moi, à l’aise techniquement, mais qui craque parfois. Ce sont ses premiers JO. Enfin, la Chinoise Peina Chen, on ne l’a pas vu depuis son titre mondial à Oman en 2015… mais si on a des Jeux dans les petits airs, elle sera là.

Voilesetvoiliers.com : Qu’est ce qui a changé côté matériel par rapport aux derniers JO ?
C. P. : Contrairement à Weymouth en 2012 où tout était fourni, on vient cette année avec notre aileron et notre mât. Les flotteurs et les voiles sont tirés au sort. On sait que depuis plusieurs années il y a des différences entre un flotteur et un autre. Pour les Jeux, les planches ont été fabriquées ensemble sur le même moule, avec le même temps de séchage. A priori, on espère vraiment que la monotypie soit respectée. On a le droit à un seul mât et un seul aileron. On ne sait pas encore si l’on pourra tester plusieurs types de gréement quand on va recevoir les flotteurs et les voiles le 26 juillet. Il y a de tout dans les mâts et les ailerons (avec de grosses différences de raideur), et comme c’est le mât qui donne la puissance et l’aileron qui conditionne la performance en termes de cap et de vitesse… c’est essentiel de ne pas se planter. Ce choix permet à des gabarits très différents de trouver un matériel adapté… Ce qui est certain, c’est que ce sera beaucoup plus équitable qu’à Weymouth où non seulement c’était une course de vitesse, mais en plus on tirait au sort mât et aileron.

Voilesetvoiliers.com : Tu as le temps de faire autre chose que de la planche ?
C. P. : Quand on rentre de déplacement et qu’on est devenu un peu un sport pro, il y a pas mal de choses à faire, que ce soit de l’administratif, de la com’, les relations avec les partenaires. Moi j’ai besoin impérativement de me ressourcer en pleine nature, faire du surf, du VTT… prendre de la bonne énergie.

Charline Picon : «J’ai un unique objectif : la médaille d’or !»Le jaune lui sied bien… car Charline Picon n’aime rien tant que gagner ! Photo @ Jesus Renedo/Sailing Energy/ISAF

Voilesetvoiliers.com : On ne parle pas souvent de Cédric Leroy, ton entraîneur ?
C. P. : C’est vrai, mais pourtant c’est quelqu’un de très important dans ma vie. Il me suit depuis que j’ai 14-15 ans, et m’a accueilli chez lui dans sa famille avec sa femme et ses enfants pendant près de dix ans. Il est un peu comme un second père… Nous sommes très complices, mais parfois c’est un peu tendu, car on se connaît trop bien. Nous sommes un peu comme un vieux couple…

Voilesetvoiliers.com : Tu as déjà pensé à l’après-JO ?
C. P. : Déjà, on ne sait pas ce qui va se passer en novembre avec la commission de la World SailinG concernant l’avenir de la planche olympique pour 2020. Ça facilitera peut-être mes choix, mais j’ai plusieurs options, et aujourd’hui je n’ai pas du tout envie de me «prendre le chou». Je sais qu’il y a des choses dont j’ai envie dans ma vie à venir, comme de pratiquer mon métier de kiné (diplômée depuis 2010, ndlr), d’avoir un enfant… Mais rien n’est actuellement acté pour repartir sur une PO. L’orientation de ma vie va forcément dépendre des résultats à Rio. Mais moi, en ce moment, j’ai un unique objectif : la médaille d’or !

Voilesetvoiliers.com : Quel personnage célèbre aurais-tu aimé être ?
C. P. : Aucun !

Voilesetvoiliers.com : Le dernier film qui t’a marqué ?
C. P. : Sans aucun doute Eddy The Eagle, l’histoire vraie d’un jeune skieur britannique qui, depuis qu’il est gamin, rêve d’aller aux Jeux, qui n’a pas de talent spécifique, ne rencontre que des gens lui disant que ce n’est pas pour lui… mais ne lâche rien et parvient à ses fins. J’ai adoré.

Championnat d"Europe 2016Le 9 juillet dernier, à moins d"un mois des Jeux olympiques de Rio, Charline Picon est allé gagner un troisième titre européen à Helsinki après ceux décrochés en 2013 et 2014.Photo @ Robert Hajduk - ShutterSail.com

Charline Picon en 10 dates

-         1984 : naissance à Royan, un 23 décembre

-         1995 : débute la planche à voile

-         1997 : premier championnat de France

-         2008 : vice-championne d’Europe

-         2009 : 3e au championnat du monde

-         2012 : 8e aux JO de Londres

-         2013 : championne d’Europe

-         2014 : championne d’Europe et du monde, 1re du Test Event à Rio

-         2015 : 1re du Test Event à Rio, 1re à l’Eurosaf

-         2016 : championne d'Europe, 6e au championnat du monde

 

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