Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

EN ROUTE VERS LES JEUX (3)

L’avant-Rio par Jean-Baptiste Bernaz

D’ici aux jeux Olympiques de Rio de Janeiro (du 5 au 21 août 2016), Voiles et Voiliers vous présente dans chacun de ses numéros les membres de l’équipe de France de voile. Après Pierre Le Coq puis la paire Julien d’Ortoli et Noé Delpech, voici Jean-Baptiste Bernaz qui défendra les couleurs tricolores en Laser. Pour encore mieux connaître nos représentants, nous vous proposons un verbatim des athlètes sur voilesetvoiliers.com en accompagnement de leur portrait dans le magazine.
  • Publié le : 20/04/2016 - 15:30

L’avant-Rio par Jean-Baptiste BernazPhoto @ Gilles Martin Raget

Deux JO et puis trois

Jean-Baptiste Bernaz : «A la sortie des JO de Londres, j’étais un peu déçu. Même si j’ai commencé les jeux de bonne heure – j’étais encore jeune, j’avais 26 ans –, j’étais dans la force de l’âge mais j’avais toute l’expérience accumulée, donc j’avais vraiment envie de reprendre ma revanche. Rio était un endroit qui me plaisait, j’y ai habité un an pour voir le lieu avec mon ex-compagne. On y va toujours régulièrement, ça me plaît toujours autant, je n’ai jamais été aussi prêt techniquement, je n’ai jamais eu autant d’expérience, et le physique tient le coup bien que j’ai bientôt 29 ans ! Tous les feux sont au vert. Pour l’instant, ce n’est que du bonheur, je ne prends que du plaisir.

Lors de ma première olympiade, j’étais un peu jeune. Pour me détacher de la pression, je m’étais dit que j’y allais un peu pour voir, même si en réalité on ne va jamais pour voir sur une épreuve comme celle-là. J’étais assez satisfait de mon résultat même si j’ai frôlé le podium. La deuxième fois, j’y allais avec beaucoup d’envie. Je pense que j’étais un peu limité par la dimension technique car je n’étais pas dans les meilleurs mondiaux dans la brise et nous en avons eu. Cette année, on peut tout avoir mais je suis prêt pour tous les temps. J’excelle autant dans le petit temps que dans la brise, je ne me sens pas bloqué à ce niveau-là.»

L’avant-Rio par Jean-Baptiste BernazPhoto @ Gilles Martin Raget

Le Laser

«Ce qui est intéressant, c’est que malgré la simplicité du bateau – il ne se passe rien sur un Laser, il n’y a pas de technologie –, j’ai toujours l’impression d’apprendre à chaque fois que je vais sur l’eau, ou alors j’ai la mémoire courte. Aujourd’hui, l’approche est un peu différente : je fais un peu moins de développements techniques car je commence à connaître le bateau sur le bout des doigts. Pascal Rambeau m’apporte toute la dimension tactique, stratégie, et on pousse un peu sur le domaine mental. Ma vision de la performance, c’est que techniquement on est tous préparés, chacun a ses points forts, ses points faibles, il faut gommer les points faibles, augmenter les points forts, mais tout va se jouer dans la tête, ce sera à celui qui sera prêt le jour J. C’est lui qui sera capable de s’imposer.»

Le matériel

«Le laser, c’est, on va dire, du ‘‘jetable’’». J’en passe quasiment un à deux par an, surtout en année d’approche des jeux Olympiques car aux Jeux on ne choisit pas nos bateaux, on nous les donne, on le les a jamais vu, on n’a jamais navigué avec. On a deux jours pour se roder puis on attaque. On ne peut amener que nos bouts et notre barre. J’essaie de m’adapter le plus possible au bateau, donc je change régulièrement pour avoir un nouveau bateau, de nouvelles sensations et j’essaie de ne pas trop les préparer. J’ai un bateau de référence que j’utilise jusqu’à un ou deux ans avant les Jeux, puis on essaie de passer le plus de choses qui pourraient se rapprocher de ce qu’on pourrait avoir aux Jeux. Bien qu’on n’ait pas la main sur les fabricants qui sont anglais ou australien. On n’a pas trop la main sur le matériel et on ne veut pas trop la prendre.

Question voiles, il y a deux fabricants, North et Pryde, qui sont là encore très proches ; c’est juste la qualité des tissus qui change un peu. Il y a deux fabricants de coques différents, il n’y en aura qu’un seul aux Jeux ; là encore, il y a des différences sensibles sur la couleur du gelcoat mais c’est assez proche. Je ne pense pas que le matériel en Laser soit une cause de prise de tête. Déjà la voile c’est un sport où le but du jeu est de s’adapter à chaque condition chaque jour parce qu’elles changent à chaque seconde. Mais là, en plus, en Laser il faut s’adapter au matériel.»

L’avant-Rio par Jean-Baptiste BernazPhoto @ Gilles Martin Raget

Le laser dans la brise

«Le Laser dans la brise est un bateau sur lequel on ne se sent pas en danger, on peut naviguer dans toutes les conditions. J’ai déjà navigué dans 40-45 nœuds. Maintenant, c’est un bateau très instable, il y a des sensations, ça bascule assez vite, c’est assez réactif, ce n’est pas très rapide ni très physique. Il y a une grosse dépense d’énergie et il faut beaucoup travailler le physique. Je vais cinq à six fois par semaine en musculation. L’ensemble du bateau gréé étant plus léger que moi, dès que je bouge dessus, le bateau réagit. C’est un bateau évolutif.»

Au près

«Au près, aujourd’hui, j’essaie d’être sur une conduite un peu type ‘‘largue’’, de trouver le planning – ça fera rire beaucoup de monde car un Laser c’est difficile à faire planer ! L’idée, c’est d’alléger l’avant du bateau, avec beaucoup de cunningham, vraiment beaucoup. La bordure sert de stabilisateur et chacun la règle un peu comme il veut. Beaucoup de hale-bas pour stabiliser l’assiette. Maintenant, il ne faut pas hésiter à réguler beaucoup à l’écoute, donc ça navigue très ouvert, et dès qu’on a pris la vitesse, on peut reloffer, on réabat dans la survente, l’assiette doit être calée, à plat le plus possible. Il faut essayer de ne pas avoir de rupture d’assiette, même si ce n’est pas toujours très facile.»

L’avant-Rio par Jean-Baptiste BernazPhoto @ Gilles Martin Raget

Au portant

«Au portant, il faut déjà tenir sur le bateau ! Si le vent est vraiment très, très fort, je ne choque pas tout ce qui est cunningham et bordure, je ne choque que le hale-bas. Je le mets en ‘‘cornet de frite’’ : là, le bateau est très neutre, on va dire ‘‘assez stable’’. J’essaie de m’asseoir à côté de la barre et j’ai très peu de changement de trajectoire. Plus le vent descend, plus on va choquer le hale-bas, le cunningham, la bordure : on va avoir un bateau beaucoup plus instable, on va se réavancer dans le bateau, la dérive un peu relevée. Et là, on va pouvoir surfer avec des changements de trajectoire.

Il y a différentes techniques dans la position. Il y en a qui ont le genou au fond, d’autres qui restent assis avec les deux genoux à la même hauteur, ça dépend beaucoup du gabarit. On est trente au top mondial, les trente ont un gabarit différent, les trente naviguent de façon différente mais cherchent tous la même chose : avoir de la glisse, prendre les surfs et faire en sorte que le bateau ne s’arrête jamais. Après, il n’y a pas 36 000 façons de régler, nous n’avons que trois bouts et il faut apprendre à les harmoniser pour atteindre ce que l‘on cherche à ce moment-là.»

Sprint final

«Je ne vais pas révolutionner ma manière de naviguer, je ne vais pas révolutionner mon approche. L’idée, c’est d’essayer d’arriver frais, au meilleur de ma forme ; le reste suivra je pense. Maintenant, c’est sûr que ça commence à se resserrer. Il y a de plus en plus de doute, mais c’est là qu’il faut arriver à gommer tout ça et à rester sur le plan initial car ce plan n’est pas sorti par hasard. Je suis bien encadré, je suis très bien entouré. J’ai un soutien dans mon club, avec aussi Olivier Bausset (médaillé de bronze en 470 à Pékin), Denis Dupin. Il y a également Pascal Rambeau, mon entraîneur, et je me suis entouré de deux préparateurs mentaux, un à Paris et un à Aix-en-Provence.
On travaille beaucoup la confiance. Le but, c’est de s’imaginer gagner. Il y a des gens pour lesquels c’est plus inné que d’autres, mais on a toujours des doutes. Le but, c’est de se voir sur le podium. Après, on peut passer au travers, c’est une régate, ça dure une semaine, mais il faut croire en ses chances.»

L’avant-Rio par Jean-Baptiste BernazPhoto @ Gilles Martin Raget

Partenaire

«Une préparation olympique en Laser est devenue un parcours en solitaire, même si ce n’est pas le but. L’objectif du jeu, c’est de parvenir à s’entourer car on ne peut pas y arriver tout seul. Aujourd’hui, on a un partenaire d’entraînement français qui est Anthony Muñoz. Mais on a eu du mal à avoir de la concurrence en France depuis deux olympiades. Après Pékin, cela a été compliqué de créer une relève. Aujourd’hui, Anthony arrive à faire de belles choses ; moins à concrétiser en régate, mais à l’entraînement ça suffit. Il y a des pays où ils sont un peu plus aidés au niveau de la concurrence. C’est sûr que c’est plus simple au niveau des sélections, mais quelqu’un qui pousse un peu derrière, c’est toujours bénéfique. Il va s’employer à ça dans les mois à venir. On va naviguer tout le programme final ensemble.»

L’entraîneur

L’avant-Rio par Jean-Baptiste BernazPhoto @ Gilles Martin Raget«Pascal Rambeau est arrivé en 2013 et a pris la succession de Lionel Pellegrino. Il a fallu d’abord se faire confiance. Ça a été le travail de quasiment une année. Après, on a vraiment commencé à travailler ensemble l’hiver, sur les périodes de foncier. Il m’a amené toute son expertise et sa vision du haut niveau, de l’athlète ; il a beaucoup d’expérience, il en est à sa sixième PO. Il a fait du Laser et du Finn. On a corrigé le tir sur le physique, sur des navigations un peu plus longues mais pas révolutionné ce que je fais. Le but, c’était d’apprendre à gagner.»

La concurrence

«Robert Scheidt est certes une référence mondiale – on l’appelle Dieu chez nous ! Maintenant, il a 42 ans, il commence à avoir du mal à finir ses championnats, mais même un lion blessé reste un lion. Je le vois vraiment sur le podium. Mais je pense être devant lui. Il y a l’Anglais qui sera présent, le Croate… Une dizaine de personnes sont ‘‘médaillables’’, plus cinq qui pourraient potentiellement créer une surprise. Il faut arriver prêt et ne pas se figer sur une personne en particulier.»

Le plan d’eau

«Pour le moment, notre programme prévoit deux jours à l’extérieur, trois jours puis la Medal Race à l’intérieur. Donc on va passer pas mal de temps à l’intérieur de la baie. Mer plate, courant, vent shifty. Je n’ai pas de préférence. Ce qui me plaît le plus, c’est au rappel, vent de 15 nœuds, qu’il y ait des vagues ou pas. A priori, c’est ce qu’on devrait avoir : 12 à 16 nœuds tout le temps.»

L’avant-Rio par Jean-Baptiste BernazPhoto @ Gilles Martin Raget

Points forts, points faibles

«Là où ça peut pêcher, c’est qu’en général je suis quelqu’un d’assez entier, donc c’est tout ou rien. Je pense que je possède en moi le ‘‘french flair’’ (rire). L’année dernière, j’ai raté mon Mondial et dans la foulée j’ai fait deuxième au Test Event des JO ! Je pense qu’ils se disent : ‘‘S’il arrive en forme, ça va être compliqué, maintenant il peut ne pas arriver en forme.’’ Les points forts, c’est que je suis bon partout, je n’ai pas de trou. Ils peuvent m’attendre dans n’importe quelle condition, je serai là !»

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