Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

EN ROUTE VERS LES JEUX (1)

L’avant-Rio par Pierre Le Coq

D’ici aux jeux Olympiques de Rio de Janeiro (du 5 au 21 août 2016), Voiles et Voiliers vous présentera dans chacun de ses numéros les membres de l’équipe de France de voile. Premier de cette série, Pierre Le Coq, qui défendra les couleurs tricolores en planche à voile RS:X. Et pour encore mieux connaître nos représentants, nous vous proposerons un verbatim des athlètes sur voilesetvoiliers.com en accompagnement de leur portrait dans le magazine.
  • Publié le : 16/02/2016 - 15:30

Pierre Le CoqChirurgien-dentiste de formation, Pierre Le Coq a tout pour succéder à Franck David, médaillé d'or à Barcelone en 1992.Photo @ Franck Socha

La planche à voile RS:X 

«Le matériel est fourni et les flotteurs sont tirés au sort. C’est de la vraie monotypie. On a juste le droit de choisir le mât et l’aileron. Nos voiles sont jaunes et mesurent 9,5 mètres carrés. Pour les filles c’est rouge avec un mètre carré de moins. Il y a deux modes de fonctionnement. En dessous de 10 nœuds, on remonte à 35-40 degrés du vent sur la dérive, on ne plane pas et les virements ne coûtent pas trop cher. Donc on peut facilement jouer plusieurs coups tactiques sur un bord de près. À partir du moment où l’on plane, les angles sont totalement ouverts et l’on est à 60 degrés du vent… mais à 15 nœuds. Là en revanche, le virement coûte très très cher. C’est tout de suite 70 mètres de perte. Il faut donc stratégiquement privilégier les longs bords si possible et bien choisir son côté ! Une manche dure vingt-cinq minutes ; 70 % de la course se fait sur le départ et le premier bord de près. On a le droit à un chrono et c’est tout. Faute de compas, on doit prendre des repères visuels à terre et regarder où pointe le nez de sa planche. Tout passe par nos mains et nos pieds. Quand il y a une ado, tu sens directement que ta voile veut s’ouvrir. Dans le refus, c’est l’inverse. Il te reste aussi les adversaires et les mouvements de flotte pour te faire ton idée de ce que fait le vent.»

Rio de Janeiro

«J’y vais depuis 2013 et je commence à bien connaître après dix semaines d’entraînement et de régates. Le plan d’eau me plaît car c’est déjà magique de naviguer au pied du pain de sucre et du Corcovado dans ce décor de carte postale. Pour une fois, la voile va être au centre des JO, comme à Sydney. C’est très varié et compliqué, car le vent change toute la journée. Il faut être réactif car il n’y a jamais une manche qui se ressemble. On alterne les ronds de course qui ont chacun leur spécificité. Tu peux aussi bien avoir 15 nœuds de vent à l’intérieur et 4 à l’extérieur. Avec les phénomènes d’accélération dus au relief, le vent peut soit accélérer s’il est dans la bonne direction, soit tamponner. Dehors, tu as du clapot et de la houle. Dedans, tu as un rond où c’est plat mais avec du courant, et l’autre où il n’y a pas de courant mais un vent très ‘shifty’ (oscillant, ndlr). Ce sont des conditions dans lesquelles, techniquement, je suis plutôt à l’aise. Le week-end, là où l’on met à l’eau, la plage est noire de monde avec de jeunes enfants qui passent la journée à se baigner… Mais il y a aussi des endroits de la baie où c’est une décharge à ciel ouvert.»

Pierre Le Coq champion OmanEn octobre 2015, Pierre Le Coq est allé chercher à Oman le titre de champion du monde de planche RS:X.Photo @ Jesus Renedo/Oman Sail

Pomper toujours pomper !

«J’affectionne le vent médium entre 5 et 15 nœuds. Ce sont des conditions dans lesquelles l’investissement physique est payant, car il faut pomper ! Si tu ne le fais pas, tu avances moins vite. C’est hypertechnique, on alterne entre des phases de ‘repos’ au harnais où il faut être assez fin, et les phases d’accélération au pumping où la puissance rentre en jeu. Entre 15 et 25 nœuds, en revanche, c’est plus en force et en puissance. Là, on est au harnais et il faut mettre le maximum de poids. La planche est très volumineuse et volage, et à partir de là, elle ne demande qu’à s’envoler. Le but du jeu, c’est de la maintenir à plat tout en essayant d’accélérer le plus possible. Il y a moins d’explosivité et de cardio que dans le pumping, mais il y a un gros travail d’amortissement avec les jambes. En dessous de 10 nœuds, on navigue sur la dérive et donc un peu sur la tranche. A partir de 10 nœuds de vent, on remonte la dérive, on recule le pied de mât et on navigue comme en fun, même au près.»

Tactique-stratégie 

«J’essaie de prendre un maximum d’informations avant une manche, en hiérarchisant les priorités. Mais je ne suis pas du genre à m’enfoncer dans un plan stratégique que je me suis fixé à l’avance. Je navigue beaucoup au feeling. Il m’arrive très souvent de remettre en question ce que j’avais prévu. J’ai aussi un fond de jeu de vitesse qui me permet de me sauver de situations délicates si je ne suis pas du bon côté… et ne suis pas du genre à prendre beaucoup de risques et à partir tout seul d’un côté. J’aime bien surveiller mes adversaires, et si je vois que 70 % de la flotte avec les favoris est à droite malgré des appels gauche, je vais rester à droite… avec eux.»

 

Portrait Pierre Le CoqÂgé de 26 ans, Pierre Le Coq a suivi des études exigeantes et une préparation sportive de haut niveau. Photo @ La préparation physique

«En planche, c’est 50/50 avec la navigation. Je fais beaucoup de vélo et de la musculation… pas pour prendre de la masse mais pour travailler l’explosivité et le gainage. C’est en gros trois séances de vélo de deux heures et trois de musculation d’une heure et demie par semaine, plus une bonne vingtaine d’heures de planche quand nous sommes en stage. Le physique te limite en technique ! C’est donc essentiel. Techniquement, tu sais ce que tu devrais faire, mais physiquement, tu ne vois pas que tu peux le faire… »

Mes points à travailler

«Dans la grosse brise, j’ai encore à progresser. Le gabarit compte beaucoup. Je mesure 1,86 mètre pour 73 kilos et suis plutôt ‘tranche basse’, car léger. Et sur les départs, dans une manche de vingt-cinq minutes, je suis encore timide quand il faut prendre des risques… même si ça va de mieux en mieux. Je suis rarement OCS (rappelé ou disqualifié pour départ anticipé, ndlr), mais j’ai un peu peur d’en prendre.»

Pierre Le Coq champion Oman 2Le Briochin est une des plus grandes chances de médaille française aux jeux Olympiques de Rio de Janeiro.Photo @ Jesus Renedo/Oman Sail

Les adversaires

«La Pologne produit sans cesse des champions. Il y a aussi le Chinois Aichen Wang (vice-champion du monde 2015, ndlr) qui, depuis qu’il est coaché par le Néo-Zélandais Tom Ashley (médaillé d’or olympique en 2008, ndlr), est devenu très fort. Ce sont des nations qui, par rapport à l’importance du physique, ont un volume d’entraînement sur l’eau deux fois supérieur au nôtre. Cela ne leur fait pas peur ! Nous sommes cinq à nous détacher un peu : le Hollandais Dorian van Rijsselberghe, champion olympique en titre ; le Chinois Aichen Wang donc ; le Polonais Piotr Myszka et enfin le Grec Byron Kokkalinis. Si le vent est faiblard, il peut y avoir des surprises avec un Espagnol, un Italien et un Suisse qui sont opportunistes et rapides.»

Mes sponsors

«Je suis aidé mais je ne vis pas de la planche, loin de là ! On me fournit mes combinaisons et accessoires depuis huit ans. J’ai deux sponsors : Engie et, depuis peu, Pierre Fabre Oral Care. Je suis défrayé par la FFVoile sur les déplacements. Jusqu’au dernier championnat du monde, je payais toujours mes inscriptions aux régates. La ville, le département et la région m’aident un peu, et depuis mon titre mondial, je suis devenu ambassadeur du 'Team Voile baie de Saint-Brieuc'. Je cherche toujours de nouveaux partenaires. Beaucoup de gens pensent qu’en tant que dentiste je gagne très bien ma vie… sauf que je n’exerce pas encore…»