Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

Jeux Olympiques de Rio 2016

Guillaume Chiellino : «Les JO sous le Pain de Sucre…»

  • Publié le : 06/05/2015 - 00:01

A 37 ans, Guillaume Chiellino est l’homme qui a les mains dans la colle pour la préparation des prochains Jeux Olympiques. Directeur de l’Équipe de France, membre du trio de sélection qui va choisir les représentants français pour Rio 2016, il fait le tour de la « PO » et de la voile olympique à un peu plus d’un an de l’échéance majeure…

 

ChiellinoGuillaume Chiellino dirige l’Équipe de France Voile depuis deux saisons après avoir été sportif de haut niveau en Laser et en 49er.Photo @ Franck Socha FFV

 

Voilesetvoiliers.com : Qui est Guillaume Chiellino ?
Guillaume Chiellino
: J’ai couru à haut niveau sans être en Équipe de France en Laser et en 49er, puis j’ai été douze ans entraineur national, dont dix ans sur les 49ers de fin 2002 à avril 2013. Je suis arrivé juste avant les Jeux Olympiques d'Athènes, donc j'ai fait ces beaux JO, ceux de Pékin et ceux de Londres. Je suis directeur de l’Équipe de France depuis deux ans.

 

Voilesetvoiliers.com : Comment on devient directeur de l'Équipe de France ?
G.C. : Après les Jeux de Londress, il y a eu un changement de Directeur Technique National (DTN) : Jacques Cathelineau a remplacé Philippe Gouard et m'a proposé le poste, Claire Fountaine qui est vice-présidente en charge du haut niveau, me l’a proposé également. Elle avait été directrice de l'Équipe de France jusqu'en 2008.

 

Voilesetvoiliers.com : C'est elle que vous remplacez ?
G.C. : Pendant quatre ans son poste n'a pas été pourvu : c'était Philippe Gouard qui occupait les deux fonctions. Le nouveau DTN a jugé qu’il était trop compliqué de faire les deux - je pense qu'il a raison (rires) - donc il a recruté. C'est un chouette boulot ! C'est assez prenant, les journées sont bien remplies, je suis souvent sur la route mais je ne vais pas me plaindre.

 

CathelineauJacques Cathelineau a remplacé Philippe Gouard comme Directeur Technique National de l’Équipe de France Voile juste après les JO de Londres.Photo @ Franck Socha FFV

 

Voilesetvoiliers.com : Quel est votre rôle exact ?
G.C. : Je coordonne l'ensemble des dix séries olympiques, je travaille sur chacun des "projets de série" avec les dix entraineurs nationaux, je coordonne tout ce qui est autour de la performance, donc médecin, kiné, préparation du matériel : toutes nos cellules ressources en logistique, communication, partenariat.  Il y a pas mal de monde autour de la performance, la première personne étant l'entraîneur qui s’appuie ensuite sur d’autres intervenants : ça va du spécialiste règlement au médecin.

 

Voilesetvoiliers.com : L'Équipe de France de Voile, c’est combien de personnes au total ?
G.C. : Une cinquantaine. Vingt-cinq sportifs et quasiment autant de staff.

 

Equipe de France VoileL’Équipe de France regroupe vingt-cinq coureurs et presque autant d’encadrants, mais il n’y aura que quinze sportifs présents à Rio cet été dans les dix séries olympiques retenues.Photo @ Franck Socha FFV



 

Voilesetvoiliers.com : Vous étiez déjà dans la maison mais dans quel état trouvez-vous les choses en arrivant en 2013 ? Avez-vous avez fait un débriefing de la PO précédente ?
G.C. : Honnêtement, de manière formelle, pas vraiment. Ce qui est un petit peu dommage. On avait des objectifs affichés élevés avec un résultat un petit peu en deçà, mais néanmoins en ligne avec le dernier Championnat du Monde de Perth qui avait précédé les JO. On repart de Perth avec une médaille de bronze, et on repart de Londres avec une médaille de bronze, mais pas dans la même série.
Notre façon d'analyser les choses - quand je dis « nous », c'est avec Jacques et les entraineurs - c'est qu'il faut une épreuve de référence par an. Ce serait trop facile, presque une fuite en avant d’évaluer les athlètes tous les trois mois, de considérer que toutes les régates sont des épreuves. Donc nous fixons un rendez-vous majeur : le Championnat du Monde.
L'état des lieux : nous avons beaucoup de nos bons sportifs qui continuent, ce qui est une bonne nouvelle. Et puis il y a un renouvellement non négligeable des entraineurs, des noms bien connus comme Xavier Rohart, Xavier Leclerc, Pascal Rambeau. Ça a évolué un petit peu depuis avec l’arrivée d’entraineurs qui n'étaient pas sur la PO d'avant et ça, c'est vraiment le point fort de l'équipe : on a des entraineurs d'une très, très grande qualité, avec un bon vécu, des médaillés olympiques, des champions du monde. Je n’ai pas cité ceux qui étaient déjà là :  Bertrand Dumortier, Gildas Philippe, François Le Castrec, Benjamin Bonneau qui est passé de la série des Eliott aux 49ers FX. Je trouve que j'ai une équipe d'entraineurs super forte !

 

470 HommesSofian Bouvet et Jérémie Mion commencent à avoir de la bouteille en 470, mais le niveau international est très élevé dans cette série, l’une des plus anciennes des JO.Photo @ Gilles Martin-Raget

 

Voilesetvoiliers.com : A partir de là, comment prépare-t-on les Jeux Olympiques de Rio 2016 ?
G.C. : Nous avons décidé de les préparer série par série, ce qui est un changement d’avec la PO d'avant. Pour 2012, il y avait une vision plus collective des choses. L'analyse que l’on en a fait, c'est qu'il faut assumer qu'il s’agit d’un sport individuel. La RS:X féminine ne va pas avoir les mêmes besoins au même moment que le 470 masculin. Nous n’avons pas fait de stage collectif pour l’instant - il y a bien sûr des moments où nous sommes ensembles - mais il n’y a pas forcément de travail collectif des séries les unes avec les autres. Quand l'équipe olympique sera connue, on fera sans doute un stage de cohésion : ces quinze sportifs et ces quinze encadrants vont vivre une aventure extraordinaire aux Jeux Olympiques donc il faut qu'ils apprennent à se connaitre dans un contexte autre qu'une compétition. Je pense qu'on ira faire un stage de cohésion ou quelque chose comme ça, mais nous croyons - quand je dis « nous », c'est vraiment avec les entraineurs nationaux un projet complétement partagé – qu’il faut que chaque série, et même parfois au sein de la série chaque coureur, puisse avoir sa part de créativité et de projet individuel.

 

Nacra 17Billy Besson et Marie Riou dominent de la tête et des épaules le nouveau support olympique : ils ont déjà deux titres de Champions du Monde en Nacra 17 !Photo @ Gilles Martin-Raget

 

Voilesetvoiliers.com : Quel sera le système de sélection ?
G.C. : Nous sommes revenus à un système qui y était en place quand Claire Fountaine était directrice de l'Équipe de France. C'est un comité de sélection composé de trois personnes, la vice-présidente en charge du Haut Niveau, le DTN et le directeur de l'Équipe de France. Les décisions seront fondées sur la performance, c'est ce qui nous intéresse !

 

Voilesetvoiliers.com : Quelle sera votre date limite ? Certaines épreuves vont-elles compter plus que d'autres ?
G.C. : La deadline, c'est la Sailing World Cup de l'année prochaine, idéalement un peu avant. J'aimerais bien que la World Cup de Hyères 2016 soit notre premier moment de préparation finale.

 

PiconCharline Picon est en phase : elle a remporté toutes les épreuves en planche RS:X depuis le début de la saison, et le Championnat du Monde 2014 à Santander !Photo @ FFV

 

Voilesetvoiliers.com : Quels sont les candidats potentiels, qui est sélectionnable ou pas ?
G.C. : Tous les membres de l'Équipe de France le sont, parce qu’ils sont entrés dans l’équipe uniquement sur leurs performances. Nous avons annoncé cette Équipe de France après les Championnats du Monde de Santander 2014 : il fallait avoir terminé dans les six premiers de sa série pour y être automatiquement admis. En fait, on a pris un peu plus large mais sans jamais aller au-delà de la 14ème place.

 

Voilesetvoiliers.com : Et tous les membres de l’Équipe de France ont la volonté de faire les Jeux Olympiques?
G.C. : Ils ont tous la volonté de faire les Jeux… et de les gagner !

 

Le CoqPierre Le Coq joue les trouble-fêtes au sein des quatre membres de l’Équipe de France en planche à voile : il est retenu pour le Test Event de Rio après sa victoire à Hyères en avril.Photo @ Christophe Launay

 

Voilesetvoiliers.com : Comment se gèrent les différences de niveau de départ au sein d'une même série ? Tout le monde a la même préparation ?
G.C. : Non, et c'est typiquement le rôle de l'entraineur. Peut-être qu'un coureur va avoir besoin de travailler plus ses départs, un autre son physique, sa technique dans la brise, sa technique dans le petit temps…

 

Voilesetvoiliers.com : Ils travaillent ensemble ?
G.C. : Ils travaillent ensemble sur les points sur lesquels ils ont besoin de travailler ensemble. Si on prend l'équipe de Nacra, ils naviguent très souvent ensemble, l'équipe de RS:X homme aussi. Mais les RS:X féminines cet hiver, ont eu un parcours différencié, dans des lieux d’entraînement différents. Les séries dans lesquelles nous n’avons qu’un seul représentant ont un entraineur pour eux tout seul : je pense au Laser et au 470 féminin notamment, idem sur les 49er. Ensuite il peut y avoir un peu des deux, c'est à dire un tronc commun sur les domaines qu'il faut bosser ensemble, les départs par exemple. S'il y en a un qui a besoin de travailler plus dans le petit temps et l'autre dans la brise, il peut y avoir des choix de stage à des endroits différents.

 

Voilesetvoiliers.com : Est-ce que la porte reste ouverte pour un équipage qui ferait une super performance ?
G.C. : Absolument, la place en Équipe de France est totalement ouverte. L'année dernière, on avait dit dans les six premiers ; cette année si quelqu'un fait dans les cinq à un Championnat du Monde, il sera en Équipe de France. C'est automatique.

 

Thomas Le BretonThomas Le Breton a fort à faire pour détrôner le seul médaillé olympique français de Weymouth, Jonathan Lobert. Mais il intègre tout de même le top ten mondial !Photo @ Gilles Martin-Raget

 

Voilesetvoiliers.com : Donc ce n’est pas parce qu'il n'y a qu'un membre en Équipe de France dans une série donnée qu'il est sélectionné d'office pour les JO ?
G.C. : Absolument. Tant que les sélections ne sont pas annoncées, il n’y a pas de sélectionnés pressentis. Après à l'inverse, un Jean-Baptiste Bernaz est seul en Laser Homme parce qu'il est le seul Français parmi les quarante premiers mondiaux, mais cela veut dire qu’il y a un gros écart avec le deuxième... En tout cas la place en Équipe de France reste fondée sur la performance. Il suffit de faire dans les cinq premiers du Championnat du Monde pour être en équipe de France : on est bien d'accord que ce "il suffit" est déjà très difficile !

 

Voilesetvoiliers.com : Y a t’il a une aide monétaire ou logistique à partir du moment où l’on est en Equipe de France ?
G.C. : Oui, il y a beaucoup d'aides : un entraineur et tout le staff dont je parlais. Par exemple à Hyères qui est une épreuve importante, nous avions trois kinés sur place. Il y a du matériel nautique qui est mis à disposition. Selon les compétiteurs entre deux et trois bateaux, planches à voile, "supports" sont mis à leur disposition par la Fédération Française de Voile.

 

49erLe duo phare français en 49er est un peu déstabilisé par la blessure de Stéphane Christidis qui fera tout de même son retour pour le Test Event de Rio en août.Photo @ Gilles Martin-Raget

 

Voilesetvoiliers.com : Est-ce qu'il y a une aide monétaire ?
G.C. : Ils sont remboursés d'une grosse partie de leurs frais quand ils sont en stage ou en compétition… (à suivre)

 

RioAvec plus de dix millions d’habitants, Rio de Janeiro est enclavé dans les montagnes avec ses buildings et ses favelas : l’eau de la baie n’est pas toujours aussi pure que l’on pourrait l’espérer pour des Jeux Olympiques !Photo @ ISAF


 

Les sélectionnés de l’Équipe de France Voile pour le Test Event de Rio (15-22 août 2015) :
Billy Besson & Marie Riou (Nacra 17)
« Ce duo représente une incroyable constance dans la victoire : ils gagnent presque toutes les compétitions auxquelles ils participent. Ils auront à cœur de remporter une nouvelle fois le Test Event de Rio. »


Pierre Le Coq (planche masculin RS:X)
« Pierre Le Coq est en constante progression, il a réalisé un excellent Test Event 2014, il est redoutable dans le petit temps. Il sera candidat à la victoire cet été. »


Charline Picon (planche féminine RS:X)
« Charline Picon constitue avec Billy et Marie les sportifs qui gagnent le plus de compétitions. Toujours aux avant-postes et très souvent à la première place du classement, Charline a fait un brillant Test Event l’an dernier : elle aura cette année une nouvelle occasion de marquer les esprits sur l’eau avant les Jeux ».


Camille Lecointre & Hélène Defrance (470 féminin)
« Elles font partie des cinq meilleurs équipages du monde avec les Néo-Zélandaises, les Anglaises, les Autrichiennes et les Brésiliennes. Elles font un excellent début d’année 2015 avec deux podiums sur les deux dernières compétitions ».


Sofian Bouvet & Jérémie Mion (470 masculin)
« Après une année 2014 un peu moins bonne que 2013, le duo a très bien commencé 2015 avec une victoire lors de la Coupe de printemps à Marseille et une 5e place lors de l’étape de Coupe du Monde à  Hyères. »


Jonathan Lobert (Finn)
« Jonathan retourne à Rio après sa médaille d’argent lors du Test Event de l’an dernier. Il fera tout pour se battre et se rapprocher le plus possible du ténor de la série pour le moment, Giles Scott. »

 

de KerangatMathilde de Kerangat alterne le très bon et le moyen en Laser Radial : il lui faut passer une marche que le Test Event de Rio en août pourrait lui offrir…Photo @ Christophe Launay


 

Mathilde de Kerangat (Laser Radial)
« Mathilde va faire son premier Test Event à Rio : elle va pouvoir tester son adaptation à ce plan d’eau. Elle est la Française qui a les résultats les plus constants depuis le mondial de Santander. »


Jean-Baptiste Bernaz (Laser)
« Après un début 2015 en demi-teinte, Jean-Baptiste va avoir à cœur de rebondir sur son Championnat du Monde et sur le Test Event. A Rio, Il s’agit d’un plan d’eau qu’il connaît très bien et qui lui réussit. »


Emmanuel Dyen & Stéphane Christidis (49er)
« Stéphane est actuellement blessé, mais d’après l’équipe médicale, il pourrait reprendre la navigation en juillet. Tous les deux participeront à leur premier Test Event de Rio. C’est un équipage qui a eu un parcours en pointillés depuis le début de l’olympiade, mais qui a bien réussi à chacun de ses retours et qui bénéficie d’une très grande expérience. »


Sarah Steyeart & Aude Compan (49er FX)
« Il s’agit là de l’association gagnante de ce début 2015. Elles sont en pleine progression après deux top 10 d’affilée lors de l’étape de Coupe d’Europe à Palma et de l’étape de Coupe du monde à Hyères. Sarah retrouve son meilleur niveau, elles sont toutes les deux dans une excellente dynamique. »

 

49erFXLe 49er FX féminin est l’un des deux nouveaux supports adoptés pour les Jeux Olympiques de Rio avec le catamaran Nacra mixte : le tandem français est en pleine progression.Photo @ Christophe Launay