Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

Coupe du monde de voile

Hyères, aujourd’hui, demain !

La Sailing World Cup de Hyères s’est achevée dimanche 1er mai sous un beau grain pour les 470… puis dans des vents erratiques pour les neufs autres séries. A moins de 100 jours du début des Jeux olympiques, l’épreuve Française de la Coupe du Monde 2015-2016, a une fois de plus confirmé que pour gagner à Rio, il faudrait être vraiment très polyvalent. Avec trois médailles de bronze, les résultats des Français sont plus qu’honorables… mais auraient pu sceller plus nettement la domination des bleus sur la voile olympique mondiale. Bilan.
  • Publié le : 02/05/2016 - 08:27

49er Hyères 2016Lors d’une fin de journée dantesque samedi, les 49er ont régalé les photographes et démontré que leurs équipages étaient issus d’un autre monde ! Photo @ Didier Ravon
Il y a toujours une sorte d’injustice avec ce format de régate s’achevant par les Medal Races. Les dix meilleurs dans chacune des dix séries préparent leur bateau pour cette course finale d’une durée de 20 minutes, disputée à proximité de terre - et dont les points comptent double – quand les trente autres achèvent de rincer et plier leur matériel, puis chargent les bateaux sur les remorques ou dans des conteneurs (notamment pour Rio, ndlr). Quand on sait qu’ils vont passer la journée et une partie de la nuit à traverser l’Europe au volant d’une camionnette ou le monde en avion, on mesure aussi l’abnégation et l’ingratitude d’une préparation olympique débutée depuis bientôt trois ans. Mais on ne va pas plaindre pour autant ces quelques 650 merveilleux régatiers privilégiés !

Et de 26 pour Burling et Tuke !

Samedi, le mistral s’est invité presque sans crier gare, offrant un spectacle extraordinaire en rade d’Hyères sous une divine lumière. Voir évoluer ces funambules que sont notamment les équipages de 49er est comme un conte de fées ! Leur dextérité est juste hallucinante. C’est dans ces moments-là que l’on regrette un peu ses jeunes années mais sans se faire d’illusions, qu’on mesure la complexité de la voile de très haut niveau, l’engagement physique et les milliers d’heures d’entraînement pour en arriver là. Pourtant, les meilleurs spécialistes de la planète, ont pu aussi mesurer ce qu’ils leur restent à faire pour détrôner les Kiwis Peter Burling et Blair Tuke, remportant à Hyères leur 26e victoire consécutive, que ce soit dans les championnats du monde (quatre de suite), d’Europe, ou les épreuves de coupe du monde depuis les derniers JO.

Burling TukeLes Néo-Zélandais Peter Burling et Blair Tuke : de véritables génies, unanimement salués par tous les observateurs du circuit ! Photo @ Didier Ravon
Ces deux types, invaincus, timide, et qui n’ont pas l’air très drôles (du moins en régate !), naviguent sur une autre planète, manœuvrent comme dans un rêve, se déplacent avec une fluidité inégalée, atomisent tout le monde au près et au portant, naviguant quasiment à la contre-gîte. Enfin, ils sont toujours du bon côté du plan d’eau. Je ne vais pas être très original en disant que depuis Russell Coutts en 1984, je crois pouvoir dire n’avoir jamais vu une telle perfection. Sublime ! A peine leur médaille autour du cou, les deux jeunes gens (25 et 26 ans) devaient filer à l’aéroport, sauter dans un avion pour Paris puis New York, et rejoindre l’AC 45 de Team New Zealand !

Camille Lecointre et Hélène Defrance en chefs de file

En ce jour de fête du travail, David Lasnier, le «Monsieur météo» de l’équipe de France, assisté pour tout ce qui est étude des courants par Paul Iachkine, a envoyé à l’heure du petit déjeuner son texto quotidien à l’équipe avec une première prévision. Ça s’annonce compliqué et ça va l’être ! Fort mistral tôt, rotation vers le Nord-Est en mollissant, grains, pluie puis pétole… Les dires de «Dave» se vérifient : mistral à décorner les bœufs à 8 heures du matin, fort vent de Nord très oscillant à 11 heures, plus un plus un poil d’air à 13 heures, et de la pluie l’après-midi… La Méditerranée confirme qu’elle est décidément imprévisible ! A l’hôtel samedi soir, à 22 heures avant d’aller se coucher, Camille Lecointre et Hélène Defrance travaillaient (sans doute) sur des situations tactiques et stratégiques devant un ordinateur portable, avec Gildas Philippe leur coach. Mais nous n’avons pas osé les déranger…

Lecointe Defrance Hyères 2016Camille Lecointre et Hélène Defrance manquent la victoire pour deux points seulement… mais le logo du 470 en chiffres dorés et qui est réservé aux championnes du monde leur va si bien ! Photo @ Didier Ravon

Dimanche matin, en tête des 470 avant cette ultime manche, malgré un superbe départ dans un vent de 13 à 20 nœuds et des rafales lourdes et oscillantes, elles préfèrent logiquement assurer dans le premier près afin de contrôler leurs adversaires directes, et du coup ne peuvent aller au bout de leur (splendide) option droite. Quatrièmes de cette manche, elles terminent troisièmes au final… à un petit point des Anglaises Mills et Clark et à égalité avec les Brésiliennes, leurs dauphines. Bien que forcément un peu amères, les championnes du monde 2016 ont pourtant de quoi être fières, car elles ont été une fois encore appliquées et impressionnantes. Mieux vaut ne pas se retourner sur cette curieuse décision d’un arbitre les pénalisant d’un 720° vendredi pour du soi-disant «rooking», alors qu’elles bataillaient en tête et ont traversé une série de vagues. Comme le dit un expert en règlement dont nous tairons le nom : «Le problème de certains membres du jury est qu’ils n’ont plus mis les pieds sur un bateau depuis vingt ans… et qu’ils sont de fait dépassés et arbitrent au pied de la lettre.» N’empêche, tout le monde est bien content d’avoir ces bénévoles il est vrai plus très jeunes !

Le joli coup de Lobert en Finn !

Il est en train de devenir «The specialist» de la Medal Race ! Lors des Jeux de Londres, il avait arraché la médaille de bronze dans l’ultime régate grâce à sa victoire. A Hyères, huitième avant cette Medal Race qui a mis du temps à démarrer le vent s’étant totalement évanoui après un violent grain, Jonathan Lobert ne s’est jamais affolé dans des risées ne cessant de redistribuer les cartes, pour finir second pendant que ses adversaires le précédant craquaient un à un. Très solide et opportuniste, «John» accroche ainsi une 3e place un peu «tombée du ciel», derrière deux colosses australiens (Giles Scott, le triple champion du monde, était absent à Hyères, ndlr) et qui confirme son titre de vice-champion du monde.

Bernaz HyèresSeptième, Jean-Baptiste Bernaz était content de sa semaine. Il peut… Photo @ Didier Ravon

«JB» Bernaz dans le match !

Sur son Laser au pont bleu pâle, Jean-Baptiste Bernaz, termine encore une grande épreuve dans le top 7 et peut être content de lui ! Entre un super départ dans la très grosse brise (4e et 6e) et un final du même acabit samedi (4e et 5e), «JB» n’a pas été aussi inspiré et a souffert dans le thermique ayant comme toujours à Hyères du mal à s’établir au centre de la rade quand le vent est plus Est à gauche et plus Ouest à droite. Et lors de la Medal Race démarrée sous un grain digne des quarantièmes, le triple sélectionné olympique a eu la main sur la course un moment, mais a terminé 4e d’une épreuve remportée par l’Allemand Philipp Buhl, très impressionnant face au champion olympique australien Tom Burton, mais qui à Rio dit lui-même qu’il ne comprend pas le plan d’eau. Après cinq jours de break, «JB» va s’attaquer au mondial, l’un de ses objectifs de l’année… avant deux stages à Rio aux côtés de Robert Scheidt, la légende de la série qui avait fait l’impasse sur Hyères cette année.

Le sacré final de Sarah Steyaert et Aude Compan

Après une longue blessure de Sarah Steyaert, la barreuse, la 5e place des sélectionnées olympiques en 49er FX, sonne un peu comme une victoire… et ce d’autant que le duo a terminé en s’imposant lors des deux dernières manches dont la Medal Race. Durant son absence, Sarah a beaucoup observé Manu Dyen (6e aux JO 2012 en 49er) venu naviguer avec Aude Compan pour leur donner quelques clés de réglages et d’assiette. Ça a semblé payant, car les deux filles n’avaient pas l’air franchement malheureuses en vitesse ! Ce sont les Suédoises qui se sont imposées devant les Brésiliennes.

Nacra HyèresLes Nacra 17 au départ dans le petit temps. Photo @ Didier Ravon

Nacra 17 : quand le chat est «moins là», les souris dansent !

Ils étaient l’équipage à faire chuter. Billy Besson et Marie Riou, quadruples champions du monde de Nacra 17, n’ont terminé «que» 6es d’une épreuve qu’ils avaient dominée l’an dernier. On les a sentis moins faciles en vitesse, moins inspirés en tactique, il est vrai sur une zone de course (sous la presqu’île de Giens) où la brise faisait tout et n’importe quoi. De fait, il n’y a pas un favori qui ne se soit pas pris une «bâche» durant les treize manches de l’épreuve.

Besson Riou HyèresIls ont été tellement époustouflants depuis trois saisons que l’on oublie que Billy Besson et Marie Riou ne peuvent pas gagner à tous les coups ! Photo @ Didier Ravon

Et comme quand le chat est moins là, les souris dansent, ce sont les Espagnols Etchàvarri Pacheco qui l’ont emporté non sans brio ! Longtemps troisièmes, mais 7es au final, Moana Vaireaux et Manon Audinet peuvent se targuer de figurer dans le top mondial… et Billy et Marie les remercier d’être des lièvres de ce niveau.

Pierre Le Coq et Charline Picon au rendez-vous

La concurrence est féroce également en planche à voile, et l’équipe de France, bien que toujours au sommet de la hiérarchie mondiale, a pu voir à Hyères que le niveau des concurrents pour Rio était monté d’un cran. En dépit d’un mât brisé le premier jour, Charline Picon termine 3e et confirme qu’elle reste favorite pour l’or à Rio. Pierre Le Coq, 4e et à un point du podium, peut aussi nourrir un regret ; celui de n’avoir pu disputer de Medal Race (c’est la seule qui a été annulée faute de vent, ndlr), là où quand il y a enjeu et pression, il excelle. A noter que Louis Giard et Thomas Goyard finissent juste derrière, respectivement 5e et 6e. Les Polonais Piotr Myaska et Zofia Nocetti-Klepacka l’emportent brillamment tant chez les garçons que chez les filles, prouvant que la Pologne est devenue lors de cette olympiade une grande nation de la planche !

Le Coq Hyères 2016Pour un point, Pierre Le Coq échoue au pied du podium… Rageant ! Photo @ Didier Ravon

Des ratés à oublier !

Ça peut arriver… mais ce n’est jamais agréable de se «ramasser» lors de l’épreuve française, à quelques mois des JO… et devant tous les observateurs. Julien d’Ortoli et Noé Delpech, qui avaient été si bons lors du mondial 49er, n’ont jamais été dans le coup (22es). Sofian Bouvet et Jérémie Mion, récents champions d’Europe de 470, et qui découvraient leur nouveau bateau, ont alterné le pire et le meilleur (23es) et Mathilde de Kerangat (15e), malgré quelques coups d’éclat, n’a jamais pu se hisser dans le top 10 en Laser Radial.

La relève !

En revanche, mention spéciale à Pernelle Michon (dont l’objectif sont les JO de Tokyo 2020 en Laser Radial) remarquable 8e après sa 3e place dans la Medal Race, ou encore Hélène Noesmen, en tête le premier jour après deux victoires en RS:X. La relève est clairement bien présente en 470. Cassandre Blandin et Aloise Retornaz ont terminé 8es de l’épreuve dans le tableau arrière de filles toutes championnes d’Europe et du monde, voire médaillées olympiques, et Hippolyte Machetti et Sidoine Dante, champions du monde de 420, ont accroché une prometteuse 20e place en 470 dans une série hyperrelevée, et après un final remarquable (3, 8, 7).

RS:X filles HyèresEn planche à voile féminine, le niveau est monté d’un cran. Ça va être chaud au Brésil cet été. Photo @ Didier Ravon