Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

Jeux Med 2013

Lecointre & Géron : «Des places de 4e, c’est terminé, on n'en veut plus !»

  • Publié le : 02/07/2013 - 00:06

Retour en forceAprès quelques mois de pause, Camille Lecointre et Mathilde Géron sont revenues au 470 reboostées à bloc : pour elles, plus question de passer à côté d'un podium.Photo @ Gianluca Di Fazio

Camille Lecointre, 27 ans, est plutôt réservée et s’exprime d’un ton posé et réfléchi. Mathilde Géron, 26 ans, est nettement plus enflammée et pas du genre à garder sa langue dans sa poche.
En 2008, elles se sont associées en 470 et trois saisons plus tard, signaient le casse de la décennie : un titre de vice-championnes du monde et une sélection olympique pour Londres… Les Jeux leur ont pourtant laissé un goût amer, car elles manquent le podium pour un malheureux point. N’empêche. Après quelques mois de pause, elles attaquent la nouvelle PO sur les chapeaux de roue : après le titre européen de 470, elles se sont imposées aux Jeux Mediterranéens. Interview.

> Retrouvez Camille Lecointre et Mathilde Géron sur leur site, ici.

 

Double podium à l"euro 470 2013Après la double victoire signée par les Français à l'euro de 470, Camille Lecointre (à gauche) et Mathilde Géron s'enthousiasment de leur travail commun avec Sofian Bouvet et Jérémie Mion.Photo @ D.R. FFVv&v.com : Après votre place de 4e aux Jeux, vous avez pris le temps de faire une belle pause et lorsque vous revenez, vous signez immédiatement le titre européen et la médaille d’or aux Jeux Méditerranéens : on a l’impression que vous avez passé un cap ! Dans quel état d’esprit repartez-vous ?
Camille Lecointre :
La décision de repartir, elle est venue vite, en fait. Après les Jeux, on s’est laissé un mois. Pour moi, c’était évident, mais Mathilde avait besoin de réfléchir. Après, c’est vrai qu’on avait toutes les deux envie de faire autre chose… Moi, je suis partie en Inde, sac sur le dos ! Rien à voir comme ambiance, mais c’était une bonne coupure.

Mathilde Géron : La pause nous a franchement fait du bien, c’est vrai. Elle nous a permis de couper alors que mine de rien, quatre ans, c’est long… Lorsqu’on est revenues pour la World Cup de Hyères, on avait un peu la pression de voir comment on allait se situer par rapport aux autres. On a eu besoin de quelques jours pour se recaler, mais la nouvelle manière de compter les points était à notre avantage et finalement, on termine 2e. On a enchainé sur un gros mois d’entrainement à Brest où on a bien bossé. Et arrivées à l’européen, on avait vraiment envie de perfer. On savait qu’on en avait les moyens et puis des places de 4e, c’est terminé, on ne veut plus jamais en faire. (Rires.) On y va ! La loose, c’est terminé ! J’étais tellement à bloc que d’avoir gagné l’euro me semblait normal, finalement.

v&v.com : Et contrairement aux Jeux Med, il y avait du monde sur cet européen !
M.G. : Mine de rien ! Il y avait les Néo-Zélandaises championnes olympiques que l’on bât au classement, même si elles ne couraient pas pour le titre. C’est super positif ! On a vraiment bien navigué cette semaine-là et on en est sorties super boostées. Les Jeux Med’ se sont bien passés aussi, même s’ils étaient un peu plus durs.

v&v.com : En fait, vous n’aviez pas tellement de concurrence chez les filles, par contre, vous naviguiez avec les garçons…
M.G. : Oui, on était mélangées avec eux.
C.L. : La régate était vraiment intéressante du coup… Et beaucoup aussi plus dure que prévu. (Rires.)

v&v.com : Ce qui a dû vous permettre de progresser sur d’autres choses…
M.G. :
Oui, mais on n’a pas gagné de manche et on est ressorties de la semaine pas forcément très contentes. On gagne en filles en faisant des manches de quatre, cinq, six sept… Cela énerve ! T’as l’impression d’être à la rue ! Mais non, il ne faut pas s’enflammer…

C.L. : C’est juste que les garçons sont souvent meilleurs techniquement, plus dynamiques, plus rapides.
M.G. : Au final, on a donc vu qu’on n’était pas si mal. D’ailleurs, il y aurait eu un classement commun, on n’aurait été assez bien.

v&v.com : Qu’en avez-vous retiré ?
M.G. : Le sentiment que la flotte des mecs ne navigue pas exactement comme celle des filles. Ils restent plus groupés… Mais au portant, ils vont vraiment vite et ça nous tire vers le haut.

v&v.com : À ce propos, depuis qu’Ingrid Petitjean et Nadège Douroux ont arrêté le 470, de même qu’Emmanuelle Rol et Hélène Defrance, vous ne manquez pas de partenaires d’entrainement français ?
M.G. : Ah ! Les petites jeunes progressent, mine de rien !! (Rires.) Mais ça va, on a encore de la marge.
C.L. : C’est clair qu’elles ne sont pas encore à notre niveau… Mais si je pense à Cassandre Blandin et Charlotte Mery de Bellegarde – qui ont fait 7e à l’européen –, je sais qu’elles ont des qualités dans le petit temps et d’autres atouts. Et puis, il y a les mecs.
M.G. : En fin de compte, on s’entraîne tous ensemble à Brest et dès qu’on peut naviguer avec les mecs, on le fait. À l’européen par exemple, on se regroupait souvent. C’était une demande de notre part, cela fonctionne et cela ne peut que nous tirer vers le haut. Avec Sofian Bouvet et Jérémie Mion, cela se passe super bien. La dynamique de groupe a vraiment changé et est vraiment top ; avant, les choses n’étaient pas aussi simples humainement.

v&v.com : Et avec les étrangères ?
M.G. : Il y avait des entraînements communs avant les Jeux. Là, c’est vrai que tout le monde est un peu resté dans son coin… C’est peut-être parce que c’est le début de l’olympiade. Mais à La Rochelle, cela risque d’être un peu différent car les entraineurs organisent une petite régate sur trois jours, avant le mondial.

Nouveau défiAprès avoir décroché le titre européen et s'être imposées aux Jeux Med', les filles accèdent durablement à un nouveau statut de favorites, chez les 470. Reste à trouver les clés pour rester au top sur les trois prochaines saisons. Photo @ Gianluca Di Fazio

v&v.com : Quoi qu’il en soit, vous semblez avoir passé une marche et vous vous retrouvez au top aujourd’hui : comment tenir trois saisons comme ça ?
C.L. : C’est vrai qu’aujourd’hui, on est favorites sur plein de choses… On n’a plus le même statut et on commence à peine à s’y habituer. Mais pour ce qui est de rester au top niveau pendant trois saisons, on n’a aucune expérience là-dessus…
M.G. : On a plein d’axes de travail, ça, ce n’est vraiment pas un problème ! (Rires.)
C.L. : Le vent arrière, c’est spécifiquement quelque chose que l’on aimerait travailler.
M.G. : On aimerait aussi  bosser sur de nouvelles voiles : jusqu’à présent, on naviguait avec une GV North et un foc Olympic parce que c’est ce qui était le plus simple et que jusqu’ici, on avait déjà suffisamment à faire et à réfléchir sur notre manière de fonctionner chacune à notre poste. Maintenant qu’on est plus affûtées techniquement, on a envie de trouver les voiles qui vont nous permettre de gagner un peu en vitesse. Les Néo-Zélandaises sont passées de Quantum avant les Jeux, à North. Nous, on essaie un foc North en ce moment. Et puis il y a les voiles italiennes Zaoli qui sont en train d’exploser en 470. On va en essayer un jeu de voiles avant le mondial, sachant que Sofian et Jérémie naviguent déjà avec ça et vont nous aider un peu à trouver leur mode d’emploi. On espère une bonne surprise !

C.L. : Pour Londres, en effet, on n’avait pas du tout eu de temps à consacrer à cette recherche matériel – mais ce n’était peut-être pas un mal, étant donné qu’il fallait s’attendre à un peu tous les temps. Mais si Rio est vraiment typé petit temps, comme les rumeurs le disent, on aimerait bien développer notre matériel, oui.

v&v.com : La recherche matériel, ce n’est jamais simple : vous ne craignez pas de perdre de l’énergie là-dedans ?
C.L. : (Une hésitation.) C’est vrai, mais je crois que c’est un risque que l’on prendra. D’autant que l’on a encore du temps pour ça.

v&v.com : Vu de l’extérieur, votre jeu semble très homogène… Mais de votre point de vue, qu’est-ce qui fait votre force ?
C.L. : La relation que l’on a à bord, avec Mathilde. Le temps ne l’a pas encore détruit ! (Rires.) On ne se sent pas encore comme un vieux couple ! L’ambiance de travail est bonne. Chacune est ouverte à la discussion… Cela permet de bien faire avancer les choses.

v&v.com : Jusqu’à présent, vous avez eu une courbe de progression très ascendante… Qui vous fait craindre une première contre-performance ?
C.L. :
On y pense forcément. Notre progression ne peut pas être toujours linéaire, c’est inévitable. Aux Jeux Med’, justement, je pense qu’on en aurait connu une s’il y avait eu plus de concurrence… Car, même si cela ne s’est pas vu sur le papier, comme le disait tout à l’heure Mathilde, on n’est pas très contentes de notre performance. Le jour où ça arrivera, il y aura forcément une grosse remise en question…

Jeux Med", format particulierLes Jeux Med' et leur format particulier - les filles couraient dans la même flotte que les garçons - ont malgré tout donné du fil à retordre à Lecointre et Géron...Photo @ FFVv&v.com : Vous travaillez avec un préparateur mental ?
M.G. :
Rien. Moi, quand j’entends parler "imagerie mentale", je pars en courant. (Rires.)
C.L. : Personnellement, c’est un truc qui m’intéresse. Mais pour l’heure, on ne ressent pas le besoin d’en faire. Si les choses marchent comme elles sont, ce n’est peut-être pas la peine de se poser trop de questions… Ceci dit, c’est peut-être un point que l’on devra aborder d’ici quelques temps, qui sait.
M.G. : Trouver la bonne personne pour ça n’est pas facile non plus. On pensait peut-être se rapprocher de l’INSEP…

v&v.com : Savez-vous déjà à quoi vont ressembler les sélections ?
M.G. :
Non. De notre côté, on s’est simplement dit que jusqu’au mondial ISAF de Santander, en septembre 2014, on restait un peu lourdes. Après, si Rio est confirmé comme un plan d’eau de petit temps, on attaque la perte de poids.

v&v.com : L’ennui, c’est que la diminution des budgets de la Fédérations ne va peut-être pas vous permettre d’aller régulièrement à Rio…
M.G. :
D’autant que l’on n’a plus rien, côté partenaires perso, à part le Team NeilPryde Sailing qui nous équipe en combinaisons et Karver en poulies. On cherche donc des sponsors, mais on peine un peu à trouver…

C.L. : C’est certain que c’est quand on aura navigué à Rio, on y verra plus clair. Pour l’instant, on n’a peu d’idées de comment sont réellement les conditions, donc comment on peut s’y préparer spécifiquement. En août prochain, il y a un Test Event là-bas – ce serait bien d’y aller. Et même avant, cet hiver, ce serait bien.

v&v.com : Et pour le Mondial de cette année, début août à La Rochelle, quel est l’objectif ?
M.G. :
Là, il y aura vraiment tout le monde : championnes et vice-championnes olympiques, nous, les 5es aux Jeux… Sachant qu’au niveau de la FFV, la performance sur le Mondial est ce qui compte le plus.

C.L. : On vise le podium… Et puis, si ça joue la gagne, faut voir !

 

 +  Tous les résultats français des Jeux Med’
Laser Radial.
Mathilde de Kérangat, 4e. Marie Bolou, 6e.

Laser. Jean-Baptiste Bernaz, 2e. Maxime Mazard, 9e.
470 féminin. Camille Lecointre & Mathilde Géron, 1ères.

470 masculin. Sofian Bouvet & Jérémie Mion, 4e. Pierre Leboucher et Nicolas Le Berre, 6e.