Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

JEUX OLYMPIQUES RIO 2016

Jean-Pierre Champion : «Pour une réforme de la voile olympique !»

Il vient juste de rentrer de Rio de Janeiro. Jean-Pierre Champion, qui va achever en mars 2017 son cinquième mandat consécutif de président de la Fédération française de voile, ne se représentera pas après un règne de vingt ans et un bilan flatteur. Evidemment heureux de voir cette équipe de France rapporter trois médailles… lui, ancien du 470 et aujourd’hui Finniste à ses heures, quand il n’est pas sur les grands événements ou dans son bureau à la FFVoile. Un président qui n’a pas l’intention de s’arrêter là. Interview sans détours.
  • Publié le : 24/08/2016 - 00:01

Jean-Pierre ChampionA la tête de la Fédération française de voile depuis vingt ans, Jean-Pierre Champion envisage de se tourner vers la World Sailing (ex-ISAF) mais est aussi intéressé par le CNOSF dans l’optique des JO de 2024. Photo @ Franck Socha/FFVoile
Voilesetvoiliers.com :
Question évidente… quel premier bilan à chaud tirez-vous de ces jeux Olympiques de Rio ?

Jean-Pierre Champion : Je suis très content, car il y a trois médailles et surtout de l’or ! Les médailles récompensent un très beau travail, mais l’or olympique, c’est tellement magique ! On a contribué à ce que la France retrouve sa place (6e, ndlr), et c’est un succès. Donc je dis un grand bravo et merci à Charline (Picon) qui a été fabuleuse ! Pierre (Le Coq), Camille (Lecointre) et Hélène (Defrance) ont été magnifiques aussi et n’ont rien lâché jusqu’au dernier bord. Et puis j’ajoute qu’en voile il n’y a «que» dix médailles d’or distribuées, contrairement à l’aviron où c’est quatorze, ou le canoë-kayak, quinze. Il ne faut donc pas oublier de rappeler que nous avons décroché trois médailles sur trente possibles, alors que dans nombre de sports, c’est deux, voire trois fois plus de possibilités !

Picon 1 RioCharline Picon, seconde championne olympique en planche à voile, douze ans après Faustine Merret. Photo @ Sailing Energy/World Sailing

Voilesetvoiliers.com : Il y a quand même forcément des regrets en Nacra 17 ?
J.-P. C. :
Oui évidemment ! Ce qui est arrivé à Billy Besson et Marie Riou est très cruel. Si Billy n’avait pas été sérieusement blessé au dos (une hernie discale opérée depuis, ndlr), raisonnablement je ne vois pas ce qui pouvait les empêcher d’être champions olympiques. Il suffit de voir Charline Picon en RS:X, Giles Scott en Finn ou Peter Burling et Blair Tuke en 49er qui ont dominé comme eux toute l’olympiade, et ont conquis l’or. C’est très dur pour eux deux.

Voilesetvoiliers.com : C’était sérieux que Billy Besson régate dans son état ?
J.-P. C. : Je ne vais pas mentir. Ça a été une vraie torture pour lui durant dix jours et assez "moyenâgeux" cette affaire ! Quand je vois que la seule journée où le vent était stable, avec Marie ils font trois manches de 1,1 et 3 alors qu’il était sous dérivé morphinique… tout est dit. Moi, je l’ai récupéré deux fois sur la plage… et ça m’a serré les tripes de le voir ainsi. Et pour Marie, c’est terrible aussi.

Besson Riou RioVictime d’une hernie discale, Billy Besson, quadruple champion du monde de Nacra 17 avec Marie Riou, n’a pu faire mieux que 6e, alors que l’or était que jamais à sa portée. Cruel ! Photo @ Sailing Energy/World Sailing

Voilesetvoiliers.com : Il ne fallait pas le remplacer ?
J.-P. C. :
 Ce n’était pas aussi simple que ça. La question était de savoir d’abord s’il y avait danger ou non que Billy régate dans cet état. Les médecins ont donné leur autorisation, précisant qu’il ne serait pas à 100 % mais plutôt de mémoire entre 50 et 80 %. Je pense que ça été plutôt 50… Ensuite, Billy et Marie ont décidé que ça pouvait aller… à commencer par Billy. Si lui nous avait dit dès le début qu’il ne se sentait pas d’y aller, il y avait zéro souci. Et j’insiste, il n’y a eu aucune pression de la fédération et du staff pour qu’ils y aillent ! Il n’y a eu aucune ambiguïté.

Voilesetvoiliers.com : N’empêche, l’encadrement - Guillaume Chiellino, Jacques Cathelineau, Claire Fountaine, Franck Citeau, vous… - avait son mot à dire, non ?
J.-P. C. :
La vraie question que l’on peut se poser, c’était de se demander si l'on pouvait aller contre leur gré. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait. Si le corps médical avait dit qu’il y avait le moindre risque, cela aurait changé les choses et on aurait dit stop ! Mais ça n’a pas été le cas. Et franchement, après ce qu’ils ont fait depuis quatre ans, leur dire à tous les deux "on vous remplace" alors qu'eux voulaient y aller, ça n’aurait pas été correct !

Voilesetvoiliers.com : Il y a eu d’autres déceptions ?
J.-P. C. :
Des vraies déceptions, non, mais des regrets pour des coureurs qui sont passés très près, oui. Je pense que Jean-Baptiste Bernaz (Laser, 5e) est passé à très peu de choses d’une belle médaille. Je suis déçu pour lui car franchement, c’était lui le plus proche de la réussite. S’il ne saute pas pour départ prématuré lors de cette manche où il fait deuxième, il est sans doute médaillé d’or. J’ajoute que Charline Picon a connu la même mésaventure. Elle s’en sort de justesse et c’est magnifique, mais son destin n’était plus entre ses mains ! J’ai aussi un peu de regret pour les garçons en 470 (Sofian Bouvet et Jérémie Mion), un peu jeunes et un peu «poétiques» sur la fin. Enfin, les champions olympiques croates qui s’entraînent avec l’équipe de France de 470 ont été très brillants et ont beaucoup apporté aux Français.

Bernaz RioCinquième en Laser, Jean-Baptiste Bernaz est passé tout près d’une médaille pour ses troisièmes JO consécutifs. Photo @ Sailing Energy/World Sailing

Voilesetvoiliers.com : Il y a eu de belles surprises aussi ?
J.-P. C. : Franchement, je ne m’attendais pas à de tels résultats pour Julien d’Ortoli et Noé Delpech (5es en 49er), Sarah Steyaert et Aude Compan (6es en 49er FX). Quand on voit le niveau, je dis chapeau car ils ont fait de beaux JO !

Voilesetvoiliers.com : Pour revenir aux Medal Races extraordinaires d’intensité, il était quand même bien difficile de savoir qui était médaillé. Seriez-vous favorable à ce que les compteurs soient remis à zéro comme dans nombre de finales ?
J.-P. C. : Evidemment oui ! Il pourrait y avoir plusieurs formules, comme une Medal Race sèche à dix, une course à huit comme dans d’autres disciplines olympiques (natation, athlétisme…), voire une Medal Race à dix en deux manches, avec les cinq premiers qui disputent la finale. La difficulté, c’est que notre sport soit compréhensible, mais aussi que la régularité puisse payer. Je comprends évidemment parfaitement bien la réflexion de certains compétiteurs qui disent que le titre se joue aussi sur dix manches. Si tu prends les grands champions Besson-Riou, Scott, Burling-Tuke…, sur une Medal Race, ils peuvent perdre, mais sur dix manches, non ! Je pense que pour l’avenir de la voile et si l'on veut gagner en visibilité, il faut absolument modifier nos habitudes et nos traditions. Ce n’est pas possible autrement ! Aujourd’hui, notre système, qui est compréhensible par nous, ne l’est pas pour des gens qui ne sont pas dans cet environnement de la régate. Je suis pour une réforme de la voile olympique tout en comprenant bien le petit trouble que ça engendre.

Lecointre Defrance RIOIl ne fallait pas être cardiaque au vu du final de Camille Lecointre et Helène Defrance, ici avec leur coach Gildas Philippe, arrachant le bronze pour un point !Photo @ Sailing Energy/World Sailing

Voilesetvoiliers.com : Qu’en pense le Comité international olympique ?
J.-P. C. :
La réflexion du CIO, c’est de dire que quand il y a une finale olympique, il faut que tout le monde puisse regarder. Les gens sont devant la télé, dans le stade, sur la plage… car il y a un Suisse, un Bulgare, un Français… même sans connaître ce sport et ses subtilités. Et en voile, faire 5e de la Medal Race mais devenir championne olympique, il faut comprendre ! En aviron ou sur 100 mètres plat, c’est plus facile de comprendre que le vainqueur est le premier qui passe la ligne d’arrivée !

Voilesetvoiliers.com : On parle beaucoup de parité aux JO. La voile, c’est encore 55 % d’hommes et 45 % de femmes. Quel est votre sentiment ?
J.-P. C. :
Il faut absolument arriver à cette parité ! C’est une urgence. Le Nacra 17, série mixte, en est le meilleur exemple, mais il reste du travail... Je pense qu’il faudrait trouver un deuxième bateau mixte !

Voilesetvoiliers.com : On parle de l’arrivée d’une épreuve de course au large en 2020 ou 2024. On dit que vous en êtes à l’origine et que vous militez en ce sens ?
J.-P. C. :
Oui… comme vous pouvez vous en douter ! Ça fait vingt ans qu’on milite pour ça. En fait, pendant très longtemps le CIO ne voulait pas en entendre parler, mais surprise à Rio, ils ont commencé à penser que l’idée n’était pas si mauvaise. Avec Carlo Croce, le président de la World Sailing (ex-ISAF), on essaie de voir ce qui pourrait être mis en place depuis quelque temps. Pour l’instant, rien n’est fait, mais on souhaite déjà mettre en place un championnat du monde de course au large. Le CIO aujourd’hui nous demande de penser plus au format qu’au bateau et de faire en sorte de respecter la parité. Et n’est pas opposé à faire un «marathon de la voile», soit une seule course en monotype de quelques centaines de milles, de deux à trois jours de mer avec au bout trois médaillés dans l’ordre d’arrivée. Mais il faut bien dire que ça ne plaît pas à tout le monde, car quand tu amènes de nouvelles catégories, tu dois en faire sortir d’autres ! Moi, je ne suis pas du tout dans cette optique conservatrice… mais certains, si !

Le Coq RioToute la hargne de Pierre Le Coq, médaillé de bronze en RS:X à l’issue d’une Medal Race de folie. Photo @ Sailing Energy/World Sailing

Voilesetvoiliers.com : Vous achevez votre dernier mandat comme président de la FFVoile. Il se murmure que vous pourriez bien être le prochain président de la Fédération internationale (World Sailing) ?
J.-P. C. : Non, c’est totalement faux ! J’espère bien que le prochain président de la World Sailing sera toujours Carlo Croce, qui a annoncé qu’il serait à nouveau candidat et que je soutiens, car c’est un ami et quelqu’un que j’estime beaucoup. En revanche, je vais me présenter à la vice-présidence en novembre prochain. Mais comme j’ai des positions assez claires et tranchées sur un certain nombre de sujets, je n’ai pas que des amis… notamment du côté des conservateurs ! 

Picon 2 RioElle l’avait dit et redit. Il n’y avait que l’or que voulait Charline Picon ! Et quel talent ! Photo @ Sailing Energy/World Sailing