Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

FÉDÉRATION FRANÇAISE DE VOILE

Jean-Luc Denéchau : «Je suis candidat à la présidence !»

Quasiment inconnu sauf des élus et cadres techniques de la FFVoile, Jean-Luc Denéchau vient officiellement de se présenter à la présidence qui aura lieu en mars prochain, comme après chaque olympiade. Il est le candidat désigné par Jean-Pierre Champion, le président sortant après cinq mandats, soit vingt ans de présidence et affrontera Nicolas Hénard. Discret, Jean-Luc Denéchau, chef d’entreprise de 55 ans à la voix posée et qui incarne une certaine force tranquille, se revendique comme un «voileux du dimanche». Entrepreneur et chef d’entreprise depuis trente ans dans l’audiovisuel et le cinéma, il s’est longuement occupé de tournages de films, avant de se diversifier. Aujourd’hui, il travaille avec les musées, les institutions culturelles et fournit aussi du matériel pour l’événementiel, mais passe la majorité de son temps libre au service de la fédération. Rencontre avec un candidat qui présente son programme et revient sur les changements récents à la tête de World Sailing.
  • Publié le : 19/11/2016 - 15:19

Jean-Luc DenéchauContrairement à Nicolas Hénard son «adversaire» double champion olympique, Jean-Luc Denéchau n’a pas le moindre palmarès en voile et navigue en «père peinard».Photo @ © collection JLD
Voilesetvoiliers.com : On vous connaît peu. Comment êtes-vous arrivé à la FFVoile ?

Jean-Luc Denéchau : Je pratique la voile depuis ma plus tendre enfance, en loisir et pour le plaisir. Le virus m’a été transmis par mon père. J’ai commencé en Optimist sur le lac d’Enghien-les-Bains, au Nord de Paris, avant de passer sur Yole Ok puis Laser. J’aimais bien la régate mais de façon très distractive, et ne revendique pas le moindre palmarès. J’ai vraiment débuté mon engagement bénévole dans les années 1990 à partir du moment où mes fils ont commencé l’Optimist sur la base nautique de l’Ouest, car je ne me voyais pas du tout rester au bord du plan d’eau à ronger mon frein. C’est là que j’ai aussi débuté dans l’arbitrage. Puis au fil des années j’ai pris des responsabilités au comité directeur de la ligue Île-de-France. Je siège depuis huit ans au conseil d’administration et au bureau exécutif de la fédération. Enfin, je suis par ailleurs président de la commission centrale d’arbitrage.

Voilesetvoiliers.com : Justement, cela consiste en quoi ?

J.-L. D. : La commission centrale d’arbitrage a plusieurs missions comme de s’assurer que l’ensemble des épreuves (il y en a plus de 6 000 en France, ndlr) soient arbitrées dans les meilleures conditions, et que l’équité des courses soit respectée. Elle s’occupe aussi de la formation initiale et continue des arbitres, puisque la qualification d’arbitre est renouvelable tous les quatre ans. Elle désigne les arbitres pour toutes les épreuves à partir du grade 4 (les grandes compétitions sur le territoire, ndlr), et supervise aussi bien les comités de course que les jaugeurs d’épreuves, juges et les «umpires» en match-racing. Enfin, dès 2008, Jean-Pierre Champion m’a demandé de créer une qualification spécifique pour la course au large : celle de contrôleur d’équipement en course au large chargé de vérifier la conformité des équipements aux règles et aux obligations relatives à la sécurité.

Voilesetvoiliers.com : Combien y a-t-il d’arbitres bénévoles ?

J.-L. D. : Environ 1 600 répartis entre les arbitres régionaux, les arbitres nationaux et internationaux, et 800 arbitres de clubs.

Voilesetvoiliers.com : Pourquoi avoir décidé de vous présenter à la présidence de la FFVoile ?

J.-L. D. : Ça fait deux mandats (soit huit ans, ndlr) que je suis présent au bureau exécutif de la fédération, que je vois comment évoluent les choses. L’idée a mûri lentement, et je me suis dit qu’un jour il serait envisageable que je me présente à la présidence. Mais pour être honnête je ne pensais pas le faire si rapidement.

Jean-Luc DenéchauPeu connu, ce chef d’entreprise de 55 ans, originaire de la région parisienne, brigue la succession de Jean-Pierre Champion et est soutenu par le président sortant.Photo @ © collection JLD
Voilesetvoiliers.com : C’est Jean-Pierre Champion qui vous a proposé de lui succéder ?

J.-L. D. : Je ne le connaissais pas avant d’intégrer le bureau exécutif. Vu son excellent bilan, je souhaitais qu’il effectue un nouveau mandat, mais lui m’a avancé un certain nombre d’arguments… et m’a proposé d’y aller. J’avoue que je ne m’attendais pas à ça si tôt. Mais il y a une chose qui m’a conforté, c’est quand il m’a dit que si l’on pouvait éviter de changer de président et de DTN (directeur technique national) en même temps ce serait une bonne chose pour la fédération. Ce que je partage totalement. Bref, je me suis donné un délai de six mois avant d’accepter.

Voilesetvoiliers.com : Donc si vous êtes élu en mars 2017, Jacques Cathelineau restera DTN ?

J.-L. D. : C’est clairement mon souhait et je sais que l’action de Jacques Cathelineau est particulièrement appréciée par notre autorité de tutelle, mais c’est une décision du ministre prise en concertation avec le président de la FFVoile et le ministère de tutelle. C’est dans son intérêt d’avoir un couple technicien-élu qui fonctionne bien.

Voilesetvoiliers.com : Quel regard portez-vous sur la dernière olympiade ?

J.-L. D. : Mon sentiment est que cette olympiade a été un vrai succès vu le nombre de titres et de podiums mondiaux plus les trois médailles à Rio. Outre les très bons résultats, ce que je note c’est que Jacques Cathelineau et Guillaume Chiellino directeur de l’équipe de France sont parvenus à instaurer une ambiance remarquable dans un sport qui reste quand même individuel. Ils ont laissé de l’autonomie aux coureurs, se sont entourés de gens compétents connaissant parfaitement le haut niveau (dont Claire Fountaine et Nicolas Hénard, ndlr). J’étais à Rio cet été, et si il n’y avait pas eu cette vraie notion d’équipe avec la tuile qui est arrivé aux favoris Billy Besson et Marie Riou (Billy gravement blessé au dos a régaté très diminué en Nacra 17, ndlr), je pense que ça aurait été beaucoup plus difficile à gérer pour les autres. Je note aussi que le staff a réussi à mettre en place des couples athlètes-entraîneurs qui ont parfaitement fonctionné. On oublie souvent les entraîneurs à tort…

Camille Lecointre et Hélène de France médaillées de bronze en 470Photo @ Gilles Martin-Raget
Voilesetvoiliers.com : Quelle est votre vision de la voile dans son ensemble et la politique que vous souhaitez mener ?

J.-L. D. : Ce qui me semble très important, c’est que la FFVoile reste sur son leitmotiv, à savoir "la voile toute la voile". Ce qui fait notre force et notre richesse, c’est notre diversité, et nous devons être présents sur tous les publics. Il y a eu des efforts faits sur la voile féminine et handivoile, mais il y a encore beaucoup à faire, et on doit être bien plus présents avec le pratiquant non licencié. C’est à nous d’attirer des gens à la voile, et qui ne viennent pas à l’heure actuelle, car on a l’image d’un sport élitiste cher, voire «bobo». L’on peut tout à fait corriger le tir avec les flottes collectives même je si préfère parler de flottes partagées. L’équipement ne doit plus être un frein. Il faut que les gens sachent qu’ils peuvent venir naviguer sans avoir besoin d’acheter un bateau.

Voilesetvoiliers.com : Le kite qui draine beaucoup de monde, jeunes et moins jeunes, semble un enjeu pour vous et Nicolas Hénard, votre futur adversaire ?

J.-L. D. : Clairement. Je souhaite aussi que nous obtenions la délégation du kite, car la voile ne peut pas se permettre de se scinder et de se diviser. On a un gros travail à faire sur la pratique de loisir non compétitive, car on est dans une société où il y a de moins en moins de gens qui veulent faire de la performance dans la rivalité, mais prendre du bon temps. Pour moi, nous devons prendre en compte ces nouvelles aspirations.

Voilesetvoiliers.com : Il y a une baisse des licenciés. Que comptez-vous faire pour l’endiguer ?

J.-L. D. : Il y a en effet depuis ces dernières années, d’une part une hausse des licences «passeport voile» de l’ordre de 1 à 3 % annuellement, et de l’autre  une érosion des licences «Club» (moins 1,15 % en 2014, moins 0,33 % en 2015) qui, de mon avis, s’explique par le coût du sport (le matériel, les déplacements…), par une perte d’attractivité de la voile «classique» si l’on compare aux jeunes qui préfèrent la vitesse, le kite, le cata de sport… et plus de liberté de pratique. Je pense aussi qu’on a trop voulu complexifier avec du matériel qui ne pouvait convenir à «monsieur ou madame tout-le-monde». Je crois que nous n’avons pas bien estimé la notion de temps qui a évolué dans la société. L’époque où l’on partait régater à 5 heures du matin pour rentrer à 22 heures le dimanche ne fonctionne plus. Il faut nous adapter, faire des régates plus courtes sur une demi-journée le samedi par exemple. Notre offre est à renouveler et nous devons prendre en compte l’évolution de la société, les familles recomposées, les mutations professionnelles qui font qu’on a moins de temps à accorder à ses passions. La notion de sensations a supplanté la notion d’efforts !

Voilesetvoiliers.com : Dans votre programme, il est beaucoup question de parité ?

J.-L. D. : Oui. Il m’importe de faire entrer plus de femmes car c’est la diversité qui apporte quelque chose et fait que l’on s’améliore. Les femmes savent mais ne le disent pas forcément, contrairement aux hommes qui ne savant pas toujours mais le disent… De plus, on a une obligation légale qui s’applique pour l’instant aux fédérations lors du renouvellement de leurs instances dirigeantes (en mars 201, ndlr) et qui implique d’avoir 40 % du sexe minoritaire. Dans certains sports, il faut aller chercher des hommes, dans d’autres ce sont des femmes ! L’idée c’est d’avoir très bientôt beaucoup plus de femmes dirigeantes, de l’échelon local jusqu’à l’échelon national. Et c’est une de mes priorités qu’elles puissent si elles le souhaitent se former. Je souhaite d’ailleurs créer une «Académie des bénévoles» accessible à tous les licenciés.

Jean-Luc DenéchauQuand il peut, Jean-Luc Denéchau retrouve le terrain et l’arbitrage.Photo @ © collection JLD

Voilesetvoiliers.com : A vous entendre, votre programme est finalement très proche de celui de votre futur «adversaire» Nicolas Hénard, qui lui veut ouvrir largement à la parité, aller vers un public «défavorisé». Il a d’ailleurs tenté de se rapprocher ?

J.-L. D. : Avant que Nicolas Hénard ne se déclare comme candidat, je lui avais proposé qu’il prenne la vice-présidence et le haut niveau. Les choses ont un peu traîné et je n’ai pas eu de réponse là-dessus. Nous nous sommes vus à Rio puisqu’il avait informé en off le président de son souhait d’être candidat. Je lui ai renouvelé ma proposition qu’il a refusée. Son optique comme la mienne, c’est d’être président, et c’est son droit le plus strict. Quant à moi, je suis parti de mon côté avec mon équipe.

Voilesetvoiliers.com : En somme, il y aura deux candidats et pas de coprésidents ?

J.-L. D. : Oui absolument, deux candidats à ce jour et un seul président. Nous sommes tous les deux très clairs là-dessus.

Voilesetvoiliers.com : Ce ne sera pas un «adversaire» facile ?

J.-L. D. : Non ! Il a une aura, est brillant, a des convictions.

Voilesetvoiliers.com : Mais il n’a pas la «fidèle garde rapprochée» de Jean-Pierre Champion qui est derrière vous puisque vous êtes le candidat désigné du président dont le «règne» dure depuis longtemps ?

J.-L. D. : On peut dire ça… Je crois surtout que je connais bien les clubs, les ligues et la fédération. Il connaît bien le haut niveau pour l’avoir vécu à la fin des années 1980 et début des années 1990 (il a été double médaillé d’or aux JO en Tornado, ndlr). Le haut niveau, c’est notre vitrine. C’est ce qui nous fait tous vibrer, l’aide de l’Etat y est déterminante ainsi que l’énorme travail des cadres techniques sous l’impulsion du DTN et du directeur de l’Equipe de France mais dans la vie de la fédé, il y a beaucoup d’autres domaines d’actions pour le président.

Voilesetvoiliers.com : Vous dites pourtant vouloir renouveler un bon nombre d’élus sachant que, de l’extérieur, on a le sentiment que le système fédéral actuel est verrouillé depuis pas mal d’années bien qu’il ait fait ses preuves, le bilan de Jean-Pierre Champion ne souffrant que peu de contestations ?

J.-L. D. : Si l’on prend la composition du futur bureau exécutif composé de dix personnes (6 hommes et 4 femmes), on a un saut générationnel, avec des gens comme Jean Kerhoas qui ont fait un travail exceptionnel mais qui souhaitent passer la main. La moitié des membres du bureau exécutif et du Conseil d’administration va être renouvelée.

Voilesetvoiliers.com : Vous venez de rentrer de Barcelone pour le congrès annuel de World Sailing (ex-ISAF) où l’Italien Carlo Crocce, le président sortant soutenu par Jean-Pierre Champion et vous-même, a été battu à la grande surprise par Kim Andersen. C’est quand même un peu un désaveu, non ?

J.-L. D. : Oui ce n’est pas une bonne nouvelle, et c’est la première fois qu’un président qui se représente n’est pas réélu. Il y avait trois candidats (le Canadien Paul Henderson, ancien président éliminé au 1er tour, l’Italien Carlo Croce, président sortant et le Danois Kim Andersen, ndlr). Kim Andersen  a été élu au second tour par 52 voix contre 46 avec un exécutif guère uni, peu connu (sauf le Brésilien Torben Grael, quintuple médaillé olympique, ndlr) et qui de mon avis va être difficile à gérer.

Voilesetvoiliers.com : Il se dit que les pays d’Asie (les JO 2020 auront lieu au Japon) ont beaucoup pesé dans l’élection ?

J.-L. D. : C’est en effet ce qui se dit…

Voilesetvoiliers.com : De fait, Jean-Pierre Champion qui visait la vice-présidence et souhaitait faire bouger le format de la voile olympique se retrouve sans mandat et la FFVoile est dans «l’opposition» au niveau mondial…

J.-L. D. : Ce n’est pas faux. Ce qui est certain, c’est que nous n’avions jamais été au bureau exécutif et que nous souhaitions l’intégrer, même si je viens d’être élu au council (conseil).

Voilesetvoiliers.com : Il semblerait que le nouveau président ait été élu sur des positions très conservatrices ?

J.-L. D. : Absolument ! Il ne souhaite pas changer grand-chose sur le format et les séries olympiques toutes reconduites pour les Jeux de Tokyo, et a eu l’appui, de notre point de vue, de l’Asian Sailing Federation mais aussi d’une partie de l’Afrique, des Emirats et d’une Europe malheureusement divisée. A cela s’ajoute un lobbying intensif des classes qui veulent rester sur les mêmes supports. Carlo Croce et Jean-Pierre Champion voulaient faire bouger les choses, comme bon nombre de coureurs ! Je rappelle que l’enjeu n’est ni plus ni moins le maintien de la voile aux jeux Olympiques. Seul à ce jour le format des courses en 49er et 49er FX devrait revenir à des finales multiples avec une zone de course délimitée par des «Boundaries».

Jean-Luc DenéchauJean-Luc Denéchau préside la commission centrale d’arbitrage et ses 1 600 arbitres.Photo @ © collection JLD

Voilesetvoiliers.com : Le 470 ou le Finn qui semblaient menacés restent donc et le Nacra 17 ne disposerait finalement pas de foils malgré le fait que la classe se soit prononcée pour ?

J.-L. D. : C’est ce qui semble le cas à ce jour, mais nous n’avons aucune certitude. La seule nouveauté, à ma connaissance, est que les Nacra partiront et arriveront au reaching avec une épingle, même si rien n’est définitif. Le nouveau président Kim Andersen a refermé le sujet des formats en disant qu’il fallait mettre en place des groupes de travail. Il devrait y avoir un vote avant le 31 décembre 2017 quant aux supports pour les JO de 2024.

Voilesetvoiliers.com : Et le mât carbone en deux parties pour le 470 dont il était question ?

J.-L. D. : C’est pareil. Rien n’a été entériné par World Sailing, et le 470 sera encore à Tokyo. Les Japonais qui ont une flotte importante ont sans doute pesé de tout leur poids.

Voilesetvoiliers.com : Et la parité ?

J.-L. D. : Il a été décidé de garder le même nombre d’athlètes mais afin de respecter la parité - 50 % d’hommes et 50 % de femmes -, les quotas vont évoluer. En gros, il y aura donc plus de places pour les femmes en planche à voile, 470, Laser Radial ou 49er FX et moins de places chez les hommes en 470, Finn, Laser, 49er ou planche à voile. De toute façon, c’est une condition qui a été posée par le CIO.