Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

JEUX OLYMPIQUES RIO 2016

Charline d’or, Pierre de Bronze !

« Il va falloir viser juste ! » s’amusait Philippe Gomez l’expert règlement de l’équipe de France dans la matinée !. Oui, viser juste et bien car les cibles étaient compliquées à atteindre pour nos deux représentants en RSX Pierre Le Coq et Charline Picon. Résultat final : en plein dans le mille ! Le Bronze pour Pierre, et l’Or pour Charline. Quelle journée !
  • Publié le : 15/08/2016 - 07:30

Or PiconElle peut être heureuse, Charline Picon : la médaille est à elle !Photo @ Gilles Martin-Raget 
Ces deux medal races en RS:X, les premières des JO de Rio 2016 s’annonçaient difficiles pour Pierre le Coq qui, en course pour le bronze, et Charline Picon, prête à tout dans une finale R:SX dame où cinq filles pouvaient s’attribuer n’importe laquelle des médailles. La météo était compliquée : mer plate, du beau temps, du petit temps, des trous de vent, un site piégeux en diable situé en partie sous le vent du fameux Pain de Sucre, autant dire que la tension était à son comble au départ des deux manches dans le camp français notamment.

Pierre le Coq a été héroïque, se battant en queue de flotte contre son adversaire grec qui l’a talonné jusqu’à la fin. Il faut dire que Byron Kokkalanis, a égalité de point avec Pierre Le Coq à l’issu des qualifications, s’est tiré lui-même une balle dans le pied le matin même en ne présentant pas son matériel à temps comme il en avait l’obligation et prend deux points de pénalité qui lui coutent cher. Il n’y a qu’aux J.O. qu’on voit ça !

Bronze le coqPierre Le Coq est arrivé au bout de son rêve olympique avec cette médaille de bronze.Photo @ Gilles Martin-Raget

Mais, bon, on ne va pas faire la fine bouche ; notre Pierrot national a bien mérité son bronze dans l’ombre des deux géants qui le devancent sur le podium, le néerlandais Dorian Van Rysselberghe suivi comme son ombre par l’anglais Nick Dempsey, tous deux sacrés avant même la medal race. Ils se sont partagés onze victoires sur les 13 manches courues et terminent dans le même ordre qu’il y a quatre ans à Weymouth. Rien à dire, ils étaient et restent au-dessus du lot.

Mais Pierre Le Coq, concentré sur sa tâche, avait promis de tout donner. Il a rempli son contrat en devançant le reste du monde du haut de ses 26 ans et notamment le champion du monde en titre, le polonais Piotr Myszka qui courait lui aussi pour le bronze. Après le couac de Weymouth, Pierre renoue avec la longue tradition des planchistes français fournisseurs attitrés de médaille à l’équipe de France de Voile.

medal raceLe Coq, au centre, a su dominer les conditions piégeuses de Rio d"hier.Photo @ Gilles Martin-Raget

Pour Charline Picon, la bagarre était encore plus ouverte mais la rançon du succès pouvait mener à la victoire suprême. L’italienne Flavia Tartaglini qui a réalisé une semaine superbe abordait cette medal race en tête du classement provisoire, et c’est peu dire qu’elle l’a complètement ratée (8e). Juste derrière elle, la russe Stefania Eifutina qui ne cesse de grimper dans les classements aurait pu saisir sa chance si elle ne s’était pas vu sifflée par les arbitres sur la ligne de départ. Un 360 de pénalité et un bord suicide pour tenter de rattraper le tout n’aident en rien à ce niveau de compétition. Restait pour Charline, bien partie en bout de ligne, à maîtriser l’israélienne qui bagarrait devant elle sur la gauche du plan d’eau, puis la chinoise revenue comme un boulet de canon dans le premier vent arrière. Mais mademoiselle Picon était dans un grand jour, elle a contrôlé en finesse. On ne passe pas !

Tartaglini L’italienne Flavia Tartaglini qui a réalisé une semaine superbe abordait cette medal race en tête du classement provisoire, terminant 8e ! Photo @ Gilles Martin-Raget

C’était du reste assez étonnant d’observer la représentante française rentrer en douceur dans cette régate à très haut risque. Rien qu’à la voir naviguer à l’échauffement, on la sentait tout entière entrée dans ce monde un peu étrange de la communion avec le vent et le petit clapot de ce plan d’eau piégeux. Pas un geste ni un mot de trop lors de ses retours réguliers vers son entraîneur Cédric Leroy, rien que de la douceur, de la maîtrise et de la fluidité. Pas de grandes discussions, juste de l’efficacité complice entre eux deux, une routine bien huilée. On sent qu’il la laisse faire, qu’il n’est là que pour apporter une force tranquille d’une préparation bien construite depuis des lustres. Elle fait ce qu’elle a à faire, le reste suit. C’est assez beau à voir.

Du reste, Cédric est resté loin de la ligne d’arrivée quand Charline l’a franchie, remplie d’une émotion incrédule envers ce qui lui tombait sur la tête. C’était son moment à elle, avec les medias qui lui tournent autour, ses concurrentes qui lui sautent dans le bras. Elle n’en revenait pas ! Incroyable ! Enfin l’or olympique, après toutes ces années ! Sur le coup elle ne savait plus trop quoi faire, quoi dire, qui suivre. Et puis comme d’habitude elle a repris sa voile et mis le cap vers son entraîneur. Cédric avait un drapeau bleu blanc rouge en guise de toge, et ils sont tombés dans les bras l’un de l’autre, Charline craquant un peu sur le moment.

PiconElle n"a rien laissé aux autres : Charline Picon en route vers le titre.Photo @ Gilles Martin-Raget

Tout comme elle n’a pu retenir quelques larmes lorsque la Marseillaise a retenti dans cette cérémonie de remise des médailles baignée d’une douce lumière de fin d’après-midi, seulement éclairée par l’éclat du Pain de Sucre encore doré de soleil. C’est que, voyez-vous, c’est juste pour ce moment-là que Charline Picon et ses pairs maronnent comme des damnés pendant des années et des années, se battent pour grappiller des dixièmes autour des bouées, pour acquérir l’intelligence de la course, l’expérience des grandes compétitions, celles qui vous apprennent à encaisser les mauvais coups et imposent d’être présent dans les grands occasions. Aujourd’hui, à Rio, c’était une grande occasion, et Charline a prouvé qu’elle était désormais devenue, médaille d’or autour du cou, une très grande championne !

Podium RSXElle au centre, les autres autour : Charline Picon savoure !Photo @ Gilles Martin-Raget

Ailleurs sur le plan d’eau, les affaires vont et viennent. Les 470 sont toujours dans le coup, chez les filles (5e) comme chez les garçons (4e), Billy Besson et Marie Riou ont eu une journée un peu moins gratifiante que la veille avec ces deux victoires et une seconde place leur ont permis de revenir dans le jeu des médailles en dépit des terribles problèmes de dos de Billy (quel exploit !), Jonathan Lobert n’aura pas le même succès en Finn qu’il y a quatre ans à Weymouth, c’est désormais certain, tout comme est désormais scellée la victoire de l’anglais Giles Scott qui prend avec brio et avant même la medal race la succession de son compatriote Sir Ben Ainslie. Les 49ers étaient au repos, et ce sera au tour des Laser de jouer aujourd’hui leur vatout. Mathilde de Kerangat ne sera pas de la partie, ce n’est pas une surprise et la jeune laseriste engrange de l’expérience pour l’avenir. En revanche Monsieur Jean-Baptiste Bernaz a bien l’intention de ne pas laisser à Pierre Le Coq l’exclusivité d’une médaille bronze remportée aux Jeux Olympiques de Rio !...