Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

Règles de course

La nouvelle donne 2017-2020

Présidente de jurys, entre autres sur le Tour de France à la Voile, Corinne Aulnette, responsable de la Commission arbitrale de la Fédération française de Voile, a fortement contribué à la rédaction en français des nouvelles règles de course Word Sailing applicables dès le 1er janvier 2017. Tous les quatre ans après les jeux Olympiques, ces règles sont revues, révisées, modifiées, complétées, et cette année, nombre de points ont été analysés. Explications…
  • Publié le : 06/02/2017 - 07:22

Corinne AulnetteCorinne Aulnette (ici sur le Tour de France à la Voile), responsable de la Commission arbitrale de la Fédération française de Voile, a fortement contribué à la rédaction en français des nouvelles règles de course pour la période 2017-2020.Photo @ Jean-Marie Liot/ASO

Voilesetvoiliers.com : Les règles de course sont modifiées par la Fédération internationale de voile : World Sailing (ex-ISAF) et les nouvelles viennent d'être publiées...
Corinne Aulnette 
: Tous les quatre ans, World Sailing engrange les souhaits de modification et, au mois de novembre, lors de la dernière réunion internationale de l’année des jeux Olympiques, elle valide toutes les transformations qui ont pu être demandées soit par des autorités nationales, soit par des comités de World Sailing afin de définir le texte qui sera applicable à partir de l’année post-olympique et pour quatre ans, donc cette fois de 2017 à 2020 inclus.

Voilesetvoiliers.com : A l’intérieur de cette commission arbitrale de World Sailing, la France est représentée par des arbitres.
C. A. 
: Au niveau du comité des règles, le président était jusqu’à présent le Français Bernard Bonneau qui est passé vice-président pour des raisons personnelles. Toutes les modifications ont donc été mises en œuvre sous sa présidence.

Voilesetvoiliers.com : C’est le texte en anglais qui prédomine sur toutes les interprétations ?
C. A. 
: Seulement pour les épreuves internationales : championnat d’Europe, championnat du monde, jeux Olympiques… Mais pour une compétition en France si c’est une épreuve nationale, ce sont les textes en français qui font foi.

Voilesetvoiliers.com : On sait que la langue anglaise et la langue française ont parfois des difficultés à être retranscrites exactement…
C. A. 
: Il y a parfois des tournures de phrase qui, en anglais, sont limpides, mais qui sont délicates à traduire en français… Un exemple avec la règle 28 («Effectuer le parcours») : une phrase a été changée en anglais et, pour réussir à retranscrire cette modification, cela n’a pas été simple !

Flotte RS:X hommesTous les quatre ans après les jeux Olympiques, ici ceux de Rio l'été dernier, les règles de course sont revues, révisées, modifiées et complétées. Photo @ Sailing Energy/World Sailing

Voilesetvoiliers.com : Qu’est-ce qui change essentiellement dans ces nouvelles règles applicables depuis le 1er janvier 2017 ?
C. A. 
: D’abord l’explication d’une «navigation loyale» (chapitre 1-règles fondamentales : article 2-3-6-7). Le fond de la règle n’a pas été modifié : on doit toujours courir dans le respect des principes de sportivité. Mais la pénalité en cas d’infraction à ces règles est désormais plus «ouverte» avec un choix pour le jury plus large : auparavant, la manche où il y avait une disqualification ne pouvait pas être retirée alors que désormais, cette manche disqualifiée peut être soit non retirable, soit retirable de la totalité de l’épreuve disputée. Désormais, la pénalité est fonction de la gravité de l’infraction. Mais cela concerne non pas la mauvaise conduite, mais la tricherie. Par exemple le cas d’un bateau bâbord avec un équipage confirmé, qui force le passage face à un équipage débutant en lui hurlant qu’il est prioritaire…

Chapitre 1-Règle 2
2 Navigation loyale

Un bateau et son propriétaire doivent concourir dans le respect des principes de sportivité et de fair-play. Un bateau peut être pénalisé selon cette règle seulement s'il est clairement établi que ces principes ont été bafoués. Une disqualification selon cette règle ne doit pas être retirée du score du bateau dans la série.  La pénalité doit être soit une disqualification soit une disqualification qui ne peut être retirée.
*En rouge, le nouveau texte
* En vert barré le texte retiré

Voilesetvoiliers.com : Le concept d’accompagnateur n’existait pas auparavant. Ce sont les parents et les coaches qui sont ainsi concernés ?
C. A. 
: La règle 3 a été profondément refondue en ce sens, du fait d’une nouvelle définition apparue cette année : celle de l’accompagnateur. Toute personne qui gravite autour d’un coureur (parent, entraîneur, préparateur mental, kiné…) est considérée comme accompagnateur : il y a désormais un cadre qui réglemente leurs interventions, car il y avait des situations délicates à gérer pour un arbitre… Un accompagnateur peut ainsi être interdit de plan d’eau tel que défini dans les Instructions de course. Il y a eu aussi une modification dans la possibilité pour un jury de réclamer : il peut poser un «protest» contre un accompagnateur qui enfreindrait une règle grâce à la «Section B-Instructions et décisions» par la nouvelle règle 64.4.

Chapitre 1-Règles fondamentales
3-ACCEPTATION DES RÈGLES

          3.1   (a)    en participant ou en ayant l’intention de participer à une course dirigée selon ces                     règles, chaque concurrent et propriétaire de bateau accepte d’être régi par ces règles. 
               
 (b) un accompagnateur en fournissant un soutien, ou un parent ou tuteur légal en autorisant l’enfant à s’inscrire à une course, accepte d’être régi par les règles.

3.2     Chaque concurrent et propriétaire de bateau acceptent, au nom de leurs accompagnateurs, que ces accompagnateurs soient soumis aux règles.

3.3     L’acceptation des règles comprend l’accord

(a)              d’être régi par les règles,
(b)              d’accepter les pénalités imposées et toute autre action prise selon les règles, sous réserve des procédures d'appel et de révision qu'elles prévoient, en tant que décision finale de toute affaire survenant selon les règles ;
(c)    quant à une telle décision, de ne pas recourir à toute cour de justice ou tribunal non prévue par les règles ; et
(d)    de chaque concurrent et propriétaire de bateau de s’assurer que leurs accompagnateurs ont connaissance des règles.

3.4     La personne responsable de chaque bateau doit s’assurer que tous les membres de l’équipage en course et le propriétaire du bateau ont connaissance de leurs responsabilités.

3.5     Cette règle peut être modifiée par une prescription de l’autorité nationale du lieu de l’épreuve.

Voilesetvoiliers.com : Mais pour les coureurs, la plus importante modification concerne le chapitre 2 : quand les bateaux se rencontrent…
C. A. 
: La règle 18.3 ! Il faut d’abord se pencher sur la modification du préambule qui indiquait auparavant qu’un bateau qui enfreignait une règle quand il n’était pas en course ne pouvait être pénalisé. Dorénavant, si l’infraction concerne la règle 14 qui impose d’éviter le contact, et si, au cours de l’incident, il y a eu blessure ou dommage sérieux, le fautif - même s’il n’était pas en course ! - pourra être pénalisé, potentiellement disqualifié. Par exemple, un bateau finit sa course et percute un autre bateau encore en course, l’empêchant de finir sa course. Désormais, le fautif peut être pénalisé.

Règle  18.3 1Photo @ Corinne Aulnette

Pour revenir à la règle 18.3, l’objet du législateur a été de limiter au maximum les arrivées bâbord amures à la marque au vent. Il devient plus difficile de s’incruster au sein d’une flotte arrivant tribord amures : auparavant on n’avait pas le droit de faire lofer un bateau tribord au-delà du plus près après le virement de bord. Cela reste valable mais avec une restriction supplémentaire dans le sens où la règle précise que ce cas ne concerne qu’une marque à contourner en la laissant à bâbord, et que le bateau tribord doit être entré dans la zone. Si les deux bateaux sont entrés dans la zone en bâbord amures, la règle ne s’applique pas. (Voir les trois schémas 18)

Règle  18.3 2Photo @ Corinne Aulnette

Chapitre 2-Quand les bateaux se rencontrent
18   PLACE À LA MARQUE
18.2  Donner la place à la marque

(d)  Les règles 18.2 (b) et (c) cessent de s’appliquer quand le bateau ayant droit à la place à la marque l’a obtenu, ou s’il dépasse la position bout au vent ou quitte la zone.
 

                                   18.3 Virer de bord dans la zone

  Si un bateau dans la zone dépasse la position bout au vent et se retrouve ainsi sur le même bord qu’un bateau qui pare la marque, la règle 18.2 ne s’applique pas entre eux par la suite. Le bateau qui a changé de bord
(a)    ne doit pas obliger l'autre bateau à naviguer au-delà du plus près pour éviter le contact ni empêcher l’autre bateau de passer la marque du côté requis, et
(b)    doit donner la place à la marque si l'autre bateau devient engagé sur son intérieur.
Si un bateau dépasse la position bout au vent de bâbord à tribord dans la zone d’une marque à laisser à bâbord et qu’ensuite il pare la marque, il ne doit pas obliger un bateau qui a été tribord depuis son entrée dans la zone à naviguer au-delà du plus près pour éviter le contact et il doit donner la place à la marque si cet autre bateau devient engagé sur son intérieur. Quand cette règle s’applique entre des bateaux, la règle 18.2 ne s’applique pas entre eux.
 

Règle  18.3 3Photo @ Corinne Aulnette
Voilesetvoiliers.com : Il y a aussi la règle 19 !

C. A. 
: La «place pour passer un obstacle». Auparavant, le (b) n’existait pas dans cette règle et on pouvait se retrouver avec un conflit entre deux règles (18 et 19) s’il n’y avait pas deux mais trois ou plus de bateaux concernés. Le bateau prioritaire (jaune) devient un obstacle pour le bateau sous son vent (bleu) à cause du bateau le plus sous le vent (vert). Le bateau bleu se retrouvait avec un conflit entre laisser de la place à la marque (au jaune) et se maintenir à l’écart (de vert). Dorénavant, quand la règle 19 s’applique, la règle 18 ne s’applique pas. 

Règle 19Règle 19 : place pour laisser passer un bateau.Photo @ Corinne Aulnette

Chapitre 2-Quand les bateaux se rencontrent
19   PLACE POUR PASSER UN OBSTACLE
19.1 Quand la règle 19 s’applique

La règle 19 s’applique entre deux bateaux à un obstacle sauf s’il s’agit aussi d’une marque que les bateaux sont tenus de laisser du même côté.
(a)     quand l’obstacle est une marque que les bateaux sont tenus de laisser du même côté, ou
(b)     quand la règle 18 s’applique entre les bateaux et que l’obstacle est un autre bateau engagé avec chacun d’eux.

Voilesetvoiliers.com : La notion de laisser de la  «place-à-la-marque» n’a pas changé…
C. A. 
: Exactement. La notion de «place-à-la-marque» prime sur la notion de «place pour passer un obstacle» !

Voilesetvoiliers.com : Enfin, la règle 30.3.
C. A. 
: La règle du pavillon «U». C’est une nouvelle règle qui était auparavant dans les «Annexes». Elle a été pas mal utilisée pendant quatre ans avant de devenir une règle parce que cela fonctionnait plutôt bien. L’idée est de ne pas pénaliser un bateau qui se serait fait interdire de départ après avoir enfreint la règle du pavillon noir (désormais règle 30.4). Le principe est le même au niveau de la zone interdite dans la minute avant le départ, mais si le départ de la course est redonné ou si la course est annulée, la disqualification n’a plus lieu d’être. Sous «pavillon U», un bateau identifié dans le triangle interdit (ligne de départ-marque au vent) lors de la minute avant le départ, est considéré comme UFD (disqualification selon la règle 30.3) mais s’il y a un rappel général à suivre ou si la course est de nouveau courue, la pénalité disparaît et le bateau peut reprendre le départ (ce qu’il ne pouvait pas faire avec le «pavillon noir»). (Plus de détails sur le pavillon U ici)

Pavillon UIntroduit en 2013, le pavillon U est venu s'ajouter aux I, P, Z et noir comme autant de règles de départ.Photo @ DR
 

Chapitre 3-Direction d’une course
30.3 Règle du pavillon U

Si le pavillon U a été envoyé, aucune partie de la coque, de l’équipage ou de l’équipement d’un bateau ne doit se trouver dans le triangle formé par les extrémités de la ligne de départ et la première marque pendant la dernière minute précédant son signal de départ. Si un bateau enfreint cette règle et est identifié, il doit être disqualifié sans instruction, sauf si le départ de la course est redonné ou si elle est recourue.

 

 

Voilesetvoiliers.com : Dernier point important, la notion de «où et quand» lors du dépôt d’une réclamation.
C. A. 
: Auparavant, une réclamation déposée par écrit impliquait que le réclamant identifie «où et quand» l’incident s’était produit. Désormais, cette règle est scindée en deux phrases : il faut toujours identifier l’incident avant de commencer l’instruction de la réclamation, mais si le réclamant n’a pas bien décrit les termes «où et quand», il est désormais possible de le préciser soit avant l’instruction, soit pendant l’instruction. Concrètement, si un coureur pensait que cet incident concernait la course 4 et qu’en réalité, il s’était déroulé pendant la course 3, la réclamation reste recevable alors qu’auparavant, elle était rejetée.

Chapitre 5-Réclamations, instructions, mauvaise conduite et appels
61.2 Contenu d’une réclamation

        Une réclamation doit être faite par écrit et identifier :

(a)     le réclamant et le réclamé ;
(b)     l'incident y compris où et quand il s'est produit ;
(c)     où et quand s'est produit l’incident ;
(d)     toute règle que le réclamant estime avoir été enfreinte ; et
(e)     le nom du représentant du réclamant.

Cependant, si l’exigence (b) est satisfaite, l’exigence (a) peut être satisfaite à tout moment avant l’instruction, et les exigences (d) et (e) peuvent l’être avant ou pendant l'instruction. L’exigence (c) peut également être satisfaite avant ou pendant l’instruction, à condition que le réclamé dispose d’un délai raisonnable pour se préparer à l’instruction.

Plus d’infos sur le site de la FFVoile ici.

Vous pourrez retrouver prochainement les Règles de course 2017-2020, présentées par Marc Bouët en librarie dans la collection Comprendre de Voiles et Voiliers.