Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

JO de Londres 2012

Comme un avant-goût de tragédie

Ce soir, les planchistes ont tiré leurs derniers bords olympiques : Julien Bontemps termine 5e et Charline Picon, 8e… Et toutes leurs larmes versées ne parviennent à éteindre le feu qui ravage le clan français.
  • Publié le : 07/08/2012 - 23:32

Mauvaise piocheLa première journée des JO de Julien Bontemps lui aura été fatale : il termine à la 5e place, après s'être battu tout du long.Photo @ Jean-Marie Liot FFV / DPPI

De notre envoyée spéciale dans la "Zone mixte". Même si le vent n’est pas favorable, ça s’entend depuis le large. Au moment où Julien Bontemps enroule en tête devant le Hollandais Dorian Van Rijsselberge, crâne rasé et champion olympique avant même de courir cette Medal Race, le clan des Français – coureurs, entraîneurs, famille, amis, kinés… même Antoine Albeau est là – bariolés de bleu, blanc, rouge et massés sur la pelouse de Nothe hurle. C’est tellement puissant que ça donne la chair de poule.

Ce matin, le Français ne pouvait rien espérer de mieux que de finir 4e… Gagner la Medal Race était donc la plus belle chose que notre planchiste pouvait offrir au terme de cette régate dramatique. Et puis le Hollandais est revenu comme un avion et s’est offert cet ultime fait de gloire.

Sous les yeux du publicLes Medal Race se jouent sur le rond Nothe, mouillé très près de terre et du public.Photo @ Jean-Marie Liot FFV / DPPIJulien Bontemps en termine donc 5e de ces Jeux – probablement ses derniers, dans la mesure où la planche n’est pour l’instant pas retenue pour les Jeux de Rio. (Voir notre article, ici.) Mais notre médaillé d’argent aux Jeux de Pékin est décidément un grand mec, préférant le sourire aux épanchements. «Je ne gagne pas la Medal Race, mais bon voilà (Rires) le Hollandais a montré qu’il allait quand même vraiment vite. Par rapport aux autres, j’étais devant ! (Rires)» Ce sont donc l’Anglais Nick Dempsey et le Polonais Przemyslaw Miarczynski qui prennent respectivement l’argent et le bronze.

Dès la première journée, catastrophique, les chances du planchiste français avaient sérieusement été compromises. Problème de réglages, problèmes de vitesse… Et problème d’aileron. L’affaire ne fera probablement pas polémique, le destin de la planche olympique de NeilPryde étant aujourd’hui ailleurs (voir infra)… Bontemps n’en a pas moins perdu tout espoir de concourir pour l’argent ou le bronze qu’il jugeait accessibles. «Je ne sais pas d’où vient le delta de vitesse entre le Hollandais et moi ; si je le savais, je serais avec lui. Après, entre la planche que j’avais le premier jour et celle que j’ai aujourd’hui, il y a des différences énormes ! Peut-être que lui en avait une très bonne, je n’en sais rien… […] Les propriétés de l’aileron sont essentielles : s’il est raide, ta planche va accélérer, s’il est souple, elle va vouloir lifter sans arrêt et ralentir. C’est évident qu’il y avait des différences énormes, c’était même hallucinant ! […] Avant, c’est vrai que quand tu perdais un bout de gelcoat, cela ne changeait rien ; là, la planche n’était carrément plus navigable ! […] Le Grec a changé trois fois d’aileron cette semaine et moi, deux fois. C’est un peu fou, quoi. Les mecs qui sont devant, ils n’ont pas eu trop de problèmes pendant les Jeux, mais les ont eus avant… Je crois que la solution, c’est de venir avec son matériel, comme en 2004. Après, je ne vais pas refaire le monde ni entrer dans la polémique !»

DéceptionCharline Picon termine forcément déçue, à la 8e place de ses premiers et peut-être derniers Jeux : la planche risque de ne plus être olympique en 2016 et elle doit penser à son éventuelle reconversion.Photo @ Jean-Marie Liot FFV / DPPI

Une heure après, le clan français de Nothe ovationne Charline Picon. Huitième, elle était partie ce matin, huitième elle termine de ses premiers Jeux olympiques. La Française semble avoir vaincu ses démons et retrouvé sa clairvoyance quand elle s’arrête dans la "Zone mixte". «J’étais venue pour aller chercher un podium, donc j’ai beaucoup de déception, c’est sûr. Après, je n’ai pas réussi à être rapide avec mon matériel… Mais je ne vais pas mettre ça sur le compte du matériel, loin de là. Je n’ai pas pris de très bons départs, j’ai eu peu de réussite, même les jours où les conditions me souriaient… Je n’ai pas encore toutes les explications à cette contre-performance. Après, terminer 4e ou 8e, c’est la même déception.» L’Espagnole Marina Alabau, la Finlandaise Tuuli Petäjä et la Polonaise Zofia Noceti-Klepacka sont sur le podium olympique.

Après le passage des Quatre-Septistes et des filles du match-race, l’amertume gagne. On est mardi. En fin de semaine dernière, il y a eu un moment d’intense frénésie : toutes les séries couraient encore, tous les espoirs étaient permis et la fantastique médaille de Jonathan Lobert en Finn a été un point d’orgue… Derrière, tout semble avoir dégringolé. Chaque soir, des cérémonies de remise des médailles tournent, mais les Français n’y sont plus invités. Chaque matin, des séries plient bagages et sur la route, c’est un cortège continu de remorques chargées de bateaux quittant la marina olympique. Les Jeux sont terminés pour beaucoup, déjà… Et ce soir, les Français ne courent plus que dans quatre séries et leurs chances de médailles réduisent tragiquement.

 

Autres brèves de la "Zone mixte".
Zone mixteLa zone mixte est le seul endroit où les journalistes sont officiellement autorisés à converser avec les coureurs.Photo @ Jean-Marie Liot FFV / DPPI470 Hommes. La dernière journée de Pierre Leboucher et Vincent Garos n’aura pas été plus éclatante que les autres : les Français sont 6e et leur seul espoir de médaille est qu’ils gagnent la Medal Race (programmée jeudi) et que les Argentins, actuellement 3e, en terminent 10e. «Mathématiquement, c’est possible, donc tant que la régate n’est pas finie… Il faudra faire comme aujourd’hui : un gros investissement pour gagner la Medal Race. Et que les autres se plantent. Donc notre sort n’est plus dans nos mains», analysent les Français qui ont retrouvé le sourire, contre toute attente. Les médailles d’or et d’argent ne se jouent plus qu’entre les Australiens et les Anglais.

470 Femmes. «Vu qu’il reste deux manches, on ne va pas calculer les points. Il peut encore se passer plein de choses, surtout dans notre flotte», positivent Camille Lecointre et Mathilde Géron, revenues en 4e position et à bloc, se frottant les mains à l’idée que les conditions plus légères prévues pour demain ne sont généralement pas celles de leurs concurrentes. Restent deux manches et la Medal Race à courir.

Match-race. Les Françaises débutaient leur quart de finale (qui se joue en trois victoires), aujourd’hui, contre les Espagnoles. Deux défaites, dur. «Plus que trois points», rit nerveusement Leroy. L’ont-elles déjà fait ? «Oui, plusieurs fois ! Y compris contre les Espagnoles.» Dénouement, demain, à partir de 15h30, heure française.

Planche vs kite. Le Néo-Zélandais Neil Pryde, fondateur de la marque éponyme, est arrivé à Weymouth pour suivre les Medal Races et rencontrer l’ISAF afin de l’assurer que son entreprise continuera de fournir les RS:X jusqu’en 2015, même si la planche ne devrait plus être olympique en 2016. Il en a profité pour s’exprimer devant un petit groupe de journalistes : «NeilPryde fait partie des entreprises les plus importantes, que ce soit en planche ou en kite, et ces intérêts financiers nous obligent à rester neutres. Mais d’un point de vue sportif, pour moi la décision de l’ISAF de remplacer la planche olympique par le kite est tragiquement mauvaise.» (Nous reviendrons bientôt sur l’intégralité de ses déclarations.)

Planche RS:X Hommes. Emmanuel Messiaen, directeur de production de NeilPryde, à propos des problèmes d’aileron rencontrés par certains planchistes : «Nous devons faire bien attention aux mots que nous utilisons : les ailerons des planches n’ont pas cassé. Si un aileron casse, vous ne finissez pas la manche. Certains ont en revanche présenté des micro-fissures au niveau du gelcoat – le gelcoat est une finition cosmétique que nous a réclamée la classe RS:X. Ces fissures influencent probablement la performance, mais aujourd’hui, c’est impossible à prouver. Je suis désolé que c’ait pu gêner Julien Bontemps, mais la vérité, c’est que certains planchistes préfèrent que le gelcoat soit fissuré, car ils aiment ce surcroit de flexibilité. C’est compliqué de savoir ce que veulent vraiment ces gars… Tout ce que je peux dire, c’est que nos ailerons subissent 25 points de contrôle à l’usine et que l’ISAF a contrôlé chacun d’entre eux en mars.»

 

Demain
Medal Race des 49er à 14h00, heure française.
Fin des quarts de finale de finale de match-race, à partir de 15h30, heure française : France (0) vs Espagne (2).

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La "Zone mixte" aux JO, c’est un étroit couloir délimité par des barrières dans lequel les coureurs ont l’obligation de passer à leur retour de sur l’eau et c’est le seul moment où les journalistes peuvent les approcher.