Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

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JO de Londres 2012

Jonathan Lobert : «Ben Ainslie n’est pas infaillible»

  • Publié le : 02/03/2012 - 00:10

Feu intérieurDe son propre aveu, Jonathan Lobert cultive une certaine insouciance comme base de sa performance... Qui l'aurait deviné, s'il l'avait seulement croisé à cette bouée au vent ? Au dernier championnat du monde, le Français terminait 6e, avec deux Anglais devant lui, ce qui virtuellement, ne le place pas très loin du podium olympique.Photo @ Richard Langdon Ocean Images / Perth 2011

À cinq mois des Jeux pour lesquels il est sélectionné en Finn, Jonathan Lobert – 26 ans, 1,95 m, 100 kg – nous éclaire sur son quotidien de grognard. Battre l’icône Ben Ainslie est dans ses cordes.

 

Jonathan Lobert, 26 ansJonathan Lobert, 26 ans, 1,95 m, 100 kg. Première sélection olympique en Finn, alors que le Nantais d"adoption a suivi la voie royale en solitaire : Opti, Europe, Laser.Photo @ Jean-Marie Liot FFV / DPPIv&v.com : Qu’est-ce qu’on fait, à cinq mois des Jeux ?
Jonathan Lobert :
Ma sélection date de janvier, mais les choses avaient été anticipées bien avant. On avait programmé un certain nombre de stages avec des étrangers, le Finlandais Tapio Nirkko et le Suédois Daniel Birgmark, qui a terminé 3e ex æquo avec Guillaume Florent aux derniers JO. Pour l’heure, on navigue à Cadix, au Sud de l’Espagne (hiver oblige, ndlr) et un peu plus tard, on bougera… Bref, on a un calendrier établi comme ça jusqu’aux Jeux.

 

v&v.com : Tu dis «on», car tu parles aussi pour Thomas Le Breton qui, s’il n’a pas été sélectionné, continue malgré tout de «jouer le jeu» en t’épaulant jusqu’au bout. C’est quelque chose de rare et à la fois de très important, non ?
J.L. :
Oui, il continue de naviguer avec moi et il continue de m’apporter beaucoup au quotidien. Donc, c’est cool qu’il soit resté et ait envie de m’aider.

 

v&v.com : Comment noue-t-on une relation, lorsqu’on est à la fois partenaires d’entraînement et concurrents lors des sélections olympiques ?
J.L. :
C’est certain qu’on pratique un sport individuel, mais chacun est conscient que s’il veut progresser rapidement, il doit trouver un partenaire d’entraînement sur lequel il peut s’appuyer au quotidien, de manière à s’évaluer de façon honnête et précise. Mais avec Thomas, on a la chance de s’être bien trouvés, de bien s’entendre et de partager les mêmes choses… Et vu le temps qu’on passe ensemble, il vaut mieux !

 

v&v.com : On peut donc parler d’amitié ?
J.L. :
Je pense qu’on est plutôt copains et que l’on s’entend bien, mais ce qui fait la force de notre relation, c’est de savoir se donner suffisamment d’espace pour faire chacun ses trucs.

 

v&v.com : À quelques mois des Jeux, un autre enjeu est d’éviter la saturation : comment équilibres-tu les choses ?
J.L. :
J’ai d’abord fait un gros bloc de trois semaines, à cheval sur janvier et février, à Cadix, suivi d’une semaine de break à La Rochelle. Maintenant, j’alterne une semaine à Cadix, une semaine à La Rochelle…

 

v&v.com : Quand tu es sur La Rochelle, tu coupes complètement ?
J.L. :
Je ne navigue pas, par contre je maintiens un programme minimum de préparation physique, en me limitant à une activité par jour, alternativement du cardio et de la muscu.

 

v&v.com : Est-ce que tu prévois une période de break juste avant les Jeux ?
J.L. :
A priori, oui. D’autant que d’ici quelques semaines, on va aussi courir quelques régates : le mondial en mai, la Sail for Gold sur le plan d’eau des Jeux en juin, où on va rester un peu pour s’entraîner après…  Mais j’ai prévu de faire un break, oui.

Même pas peurPhysique et technique, Lobert est particulièrement performant dans la brise et a par ailleurs déjà décroché un podium à Weymouth, sur le plan d'eau olympique.Photo @ D.R. on Edition

v&v.com : Quand on n’a jamais été aux Jeux, comment fait-on ce genre de choix ? Est-ce que tu fais comme d’habitude en te disant que c’est une régate normale ?
J.L. :
Dans un premier temps, c’est que je me suis dit, qu’il fallait que j’y aille comme si c’était une régate comme d’habitude… Mais ça n’a pas l’air si facile. (Rires.) Alors, plutôt que d’arriver là-bas et d’être surpris, j’essaie d’anticiper ce qui peut se passer. Sans changer ma façon de faire, j’envisage que des éléments extérieurs puissent changer la donne. Ce qu’il faut, c’est ne pas être surpris et pouvoir rester concentrer sur ce que j’aurai à faire.

 

v&v.com : L’idée, c’est d’imaginer toutes les situations et les réponses qu’elles vont nécessiter ?
J.L. :
Oui, c’est un peu ça, même si c’est impossible de tout imaginer… Il faut surtout pouvoir s’adapter à toutes les situations. Si un mât casse, il faut pouvoir se dire que ce n’est pas grave parce qu’on en a prévu un autre, etc…

 

v&v.com : Pour être capable d’absorber de telles variations de niveau de stress – sachant qu’au niveau auquel tu navigues, les pressions sont très fortes – cela ne passe-t-il pas par une bonne confiance en soi ?
J.L. :
Je suis assez d’accord avec ça : pour ne pas être surpris, ni paniquer devant une situation imprévue, il faut bien savoir où on en est. De façon honnête. Il ne faut ni se voiler la face, si on a certaines faiblesses, ni se croire hyper bon si ce n’est pas vraiment la cas. Dans ce que je fais, j’essaie toujours de rester dans ce rapport ; c’est aussi pour ça que je demande pas mal à Thomas, surtout maintenant qu’il est davantage dans un rôle d’observateur, de me recadrer.

 

v&v.com : Ton entraineur, François Le Castrec, qui a déjà accompagné un bon nombre de coureurs jusqu’aux Jeux, doit aussi avoir son rôle à jouer…
J.L. :
Lui aussi est très vigilent sur ma manière d’évoluer. Sachant que lui-même a été coureur sélectionné, avant d’en accompagner pas mal d’autres, il a une bonne expérience des choses et une connaissance de ce qu’il peut se passer à l’approche de l’événement. Bien sûr, chacun est différent, mais il me connaît bien maintenant et on fait en sorte de travailler ensemble et de s’entraider – sachant que l’entraîneur aussi peut souffrir de la pression !

 

v&v.com : Dans l’Equipe de France, d’autres coureurs sont déjà allés aux Jeux, pourtant je n’ai pas l’impression que leur retour soit systématique, même de manière informelle… Est-ce que c’est parce que les Jeux sont en réalité une expérience très personnelle, difficile à partager ?
J.L. :
Lors des stages de cohésion que l’on a eus, on en a un peu parlé… Soit entre nous, soit tous ensemble. Après, chacun vit les Jeux de manière différente : ceux qui ont décroché une médaille les ont plutôt bien vécus, tandis que ceux qui ont raté… Ça peut être utile d’avoir connaissance des erreurs qu’ils ont commises et qui sont à éviter, mais j’aime assez l’idée d’y aller en faisant mon propre schéma. En un sens, j’aimerais garder un peu de mon insouciance et faire du mieux que je peux.

FulguranceJonathan Lobert s'est mis au Finn récemment, après que Guillaume Florent a remporté sa médaille aux Jeux de Pékin, mais a progressé avec fulgurance dans la série, notamment parce qu'il a pu s'appuyer sur le jeune duo qu'ils ont formé avec Thomas Le Breton. Aux Jeux, ses principaux adversaires seront plutôt plus âgés, bénéficiant souvent d'une expérience olympique... Mais peut-être moins frais !Photo @ Jean-Marie Liot FFV / DPPI

v&v.com : Tu parles d’insouciance alors que tu cours en Finn, la série où s’aligne Ben Ainslie, le coureur le plus attendu de ces Jeux puisqu’il joue à domicile, pour une 5e médaille et 4e en or qui constituerait un record… Comment tu appréhendes cette situation, toi, en tant que concurrent qui a déjà réussi à le battre ?
J.L. :
(Rires.) Ben je trouve que tout le monde le met sur un piédestal, mais… Bon, c’est vrai qu’il est très fort et je le respecte beaucoup pour ça, mais j’essaie malgré tout de le voir toujours comme un concurrent parmi d’autres. Et personne n’est infaillible. Ben Ainslie ou pas, rien ne m’empêchera de lui virer sur la gueule au moment où il faudra le faire. Je crois qu’il a parfois la route un peu facile parce que plein de mecs le laissent un peu passer, mais pour moi, cela n’a pas lieu d’être.

 

v&v.com : Tu sembles bien le connaître, en tant qu’adversaire direct : quelles sont ses faiblesses ?
J.L. :
Des défauts, il y en a toujours… Il vieillit ! On a toujours l’impression qu’il est fatigué… (Rires.) Mais le lendemain, il est toujours là ! C’est le seul truc ! Après, on sait qu’il est présent quand c’est compliqué, il a l’habitude de la pression… Mais je sais que si je navigue à mon top, je peux jouer avec lui. J’ai plusieurs fois fait des manches devant lui, je l’ai plusieurs fois battu au général. Bon, je ne me prends pas trop la tête avec ça. Je verrai bien là-bas, si en donnant le meilleur de moi-même, cela suffit pour le battre ou non. Mais je suis assez content de me retrouver contre lui, car c’est un vrai défi ! Il joue à domicile, il a donc été décidé qu’il jouerait la première semaine pour attirer du monde et que sa victoire galvanise éventuellement toute son équipe… Mais si on arrive à le battre, peut-être qu’après, c’est toute l’Angleterre qui part en vrille derrière et nous, ça nous fera du bien !

 

v&v.com : Bref, toi, tu pars avec l’idée d’être en première ligne sur le front !
J.L. :
Ah oui ! Je suis motivé et au taquet ! Je n’ai peur ni de Ben Ainslie, ni des autres !

 

> Lancez la vidéo ci-dessous et embarquez avec Jonathan Lobert sur son Finn, pour un petit bord de près. Visez un peu comment il travaille le clapot avec son buste ! Le bruit de fond est celui de l'eau qui résonne dans le volume d'étrave... (Vidéo de Lionel Cottin, pour la FFV.)

En complément

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  2. mine déconfite Réservé à nos abonnés 17/01/2012 - 00:05 Polémique Ben Ainslie ira-t-il aux Jeux ? Mondial de Perth : Ainslie pète un plomb, molestant un journaliste. L’affaire lui fait perdre son titre en Finn… Et n’est pas finie. Encourant un retrait de licence, l’icône anglaise pourrait être privée de JO.
  3. atypie olympique 14/01/2012 - 00:02 JO de Londres 2012 Opération commando à 200 jours des Jeux Plus beaucoup de temps pour se préparer aux Jeux de Londres et remplir l’objectif des six médailles… Le DTN ne se laisse pas abattre pour autant et pousse ses athlètes à se surpasser grâce à cinq résolutions.
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  5. jamais 2 sans 3 20/08/2011 - 00:07 Test Event – Weymouth Que retenir du Test Event ? Le Test Event, organisé à Weymouth (Angleterre) à un an des Jeux, dans l’exact format des régates olympiques, s’est achevé le week-end dernier sur une prestation modeste des Français – "seulement" deux médailles, alors qu’ils nous avaient habitués à mieux… Mais ne nous trompons pas sur les raisons de cet insuccès ! Résumé en sept points (et une vidéo) des difficultés et des réussites de cette régate très particulière.