Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

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JO de Londres 2012

Lecointre-Géron : «Aux Jeux, les têtes tombent toutes seules»

  • Publié le : 08/06/2012 - 00:01

FulguranceEn l'espace de quatre saisons, l'équipage Lecointre-Géron a réussi la prouesse de gravir toute l'échelle mondiale et de détrôner le duo français Petitjean-Douroux installé au plus haut niveau depuis une décennie.Photo @ Jean-Marie Liot FFV

Choisies pour défendre les couleurs françaises en 470 aux JO, au terme de sélections démoniaques, Camille Lecointre (27 ans) et Mathilde Géron (26 ans) ont enchainé avec le titre de vice-championnes du monde avant d’être pris de vertiges. À deux mois à peine du début des hostilités, elles se retrouvent avec la désagréable impression d’avoir encore beaucoup à faire et d’être sur des charbons ardents.

 

Camille Lecointre et Mathilde GéronFin avril et début mai, Camille Lecointre (à gauche) et Mathilde Géron ont successivement décroché leur sélection olympique en 470 et le titre de vice-championnes du monde.Photo @ Jean-Marie Liot FFVv&v.com : La sélection olympique fin avril, suivie dans la foulée d’un titre de vice-championnes du monde… Vous arrivez à atterrir ?
Camille Lecointre : On a mis un peu de temps à réaliser notre sélection, car l’annonce a été faite de manière à ce qu’on ne s’endorme pas sur nos lauriers. Le fait qu’on nous dise qu’il fallait qu’on se remette au boulot tout de suite a bien calmé notre joie… La semaine suivante, on a pris un peu le temps de savourer et puis il a fallu rattaquer sur le mondial à Barcelone. Après une telle période de stress, on y est allé en se disant que ce serait une régate d’entrainement pour les Jeux. Et puis ça l’a fait.

v&v.com : Le DTN qui vous dit le jour de la sélection qu’il attend encore beaucoup de vous, ça vous met mal à l’aise ?
Mathilde Géron : (Remontée comme une pendule.) Ah non ! Absolument pas ! Comme il dit, Gildas (Philippe, leur entraineur, ndr), les Jeux, tu les fais pour toi, tu ne les fais pas pour lui ! Et il avait carrément raison ! Non, non, non, pas de pression !

v&v.com : Ce que vous avez prouvé en arrivant à Barcelone, le niveau de confiance à bloc…
C.L. : Oui ! Là, on a pris conscience que les sélections nous préoccupaient plus que ce que l’on pensait et qu’on naviguait un peu bloquées… Car subitement, au mondial, on s’est rappelé ce que c’est que de naviguer libérées.
M.G. : Après moi, je ne vais pas me prendre la tête et arriver au Jeux en me disant, ça y est, je suis leader. C’est hors de question ! Moi, j’aime bien la position d’outsider. Personne te fait chier, personne te regarde, et toi, tu fais ton truc et on voit à la fin.

v&v.com : Ce ne sera peut-être pas facile de garder cet état d’esprit aux Jeux, dont la réputation est bien de générer énormément de stress…
C.L. : Ne pas connaître les Jeux, cela peut peut-être aussi être un avantage. Peut-être qu’on pourra garder cette fraicheur jusqu’au bout, au moins jusqu’à la première manche.
M.G. : La pression des Jeux, je ne vais pas dire que cela va être facile à gérer, mais je ne sais pas si on aura autant la pression que certaines, comme celles qui y sont déjà allées sans ramener de médaille, celles qui ont eu l’argent et qui veulent l’or… Nous, il faut qu’on arrive à se dire que les Jeux, ce n’est que du bonus. On donnera le meilleur de nous-mêmes. Il faudra qu’on arrive dans le même état d’esprit que pour le mondial et on est capable de le faire… En ayant moins de pression que les autres, je pense qu’il y a moyen de faire de bons Jeux. Sous pression, certaines filles font vraiment de la merde !

PolyvalencePhysiques et techniques dans la brise, inspirées et précises dans le petit temps, les sélectionnées olympiques françaises comptent parmi les équipages de 470 féminin les plus polyvalents au monde... Une sacrée carte pour Weymouth.Photo @ Jean-Marie Liot FFV

v&v.com : C’est ce qui s’est passé au mondial, où vous avez mieux résisté à la pression qu’elles ?
C.L. :
Oui, c’était assez marrant d’observer les autres, d’étudier leurs attitudes et de se rendre compte que nos adversaires étaient hyper tendues. Chez nous, ça a provoqué l’effet inverse et on a abordé les manches sans pression !
M.G. : De voir l’état des filles au mondial, ça m’a bien rassurée, oui. Que ce soit à la fin du championnat, ou même toute la semaine pour certaines ! Comme dit le DTN, aux Jeux, les têtes tombent toutes seules ! Et là, c’était déjà le cas ! Pourquoi ? Parce qu’on est à deux mois des Jeux peut-être… Elles naviguaient presque mal ! Nous, nous n’avons pas l’impression d’avoir fait un truc exceptionnel, tu vois, et on termine 2e alors que cela aurait dû être plus dur que ça. Mais les filles ne sont plus à leur niveau ! Au port, tu les sentais toutes tendues et sur la Medal Race, c’était flagrant !
C.L. : Je pense que notre manière de fonctionner à bord nous permet aussi de mieux résister au stress : on ne s’engueule jamais et on ne monte pratiquement jamais dans les tours.

v&v.com : Mathilde semble même galvanisée par ce genre de situation, non ?
C.L. :
Ouais, c’est carrément possible !

v&v.com : Avec le peu de recul que vous avez, vous diriez que ces sélections qui ont duré un an et viennent à peine de se terminer sont une bonne chose ? Ou vous craignez de le payer plus tard ?
C.L. :
Je ne sais pas… (Soupir.) Je pense que ça s’est fait quand même un peu tard. Quand je vois tout le boulot qu’il nous reste à faire maintenant, sur les deux mois qui nous restent… J’espère que… Enfin, c’est certain qu’il faudra faire attention à ne pas arriver sur les rotules.
M.G. : Les sélections, elles ont été faites dix fois trop tard ! On aurait pu bosser avec les gars depuis trois mois, mais on n’a rien fait parce qu’on était encore trois équipages de filles. Là-dessus, j’en veux un peu au DTN. Parce qu’on a perdu notre temps – enfin, non, on n’a pas vraiment perdu notre temps, mais on aurait pu travailler différemment depuis le début de saison.

Retard dommageableInsatisfait de la performance des 470 féminins au mondial de Perth (décembre dernier), le DTN avait choisi de poursuivre les sélections olympiques, avant que son choix ne se porte sur Lecointre et Géron... Mais à seulement deux mois des JO, leur délai de préparation a nettement réduit. Photo @ Lionel Cottin FFV

v&v.com : C’est un gros handicap de courir ses Jeux pour la première fois alors que vos principales concurrentes y ont déjà participé ? Ou précisément, c’est le genre de question que vous éviter de vous poser ?
C.L. :
Des gens qui ont performé aux Jeux  dès leur premières participation, il y en a. Franchement, je ne pense pas que ce soit un handicap. Voilà… Après, à nous de nous préparer psychologiquement à ça… Mais pour l’instant, on n’en est pas là.

v&v.com : Quel est votre programme, à deux mois des Jeux ?
C.L. :
Les 15 jours passés à Barcelone pour le mondial ne nous ont pas laissé l’occasion de nous projeter sur Weymouth. À partir de maintenant, tous nos entrainements se feront là-bas : une semaine de nav’, cinq jours off en France. Et puis, on a quand même un peu de matériel à préparer ; même si l’on ne va pas innover, on va quand même un peu adapter et améliorer les choses.

v&v.com : Et côté partenaires d’entraînement ? Vous êtes notamment très proches de Pierre Leboucher et Vincent Garos, les sélectionnées hommes, ce qui a d’ailleurs pas mal joué dans votre préparation…
C.L. :
Pierre et Vincent, je les connais depuis la précédente PO où on a eu un peu les mêmes déboires. On s’est soutenus quand on n’a pas été sélectionnés. On est amis maintenant et cela fait super plaisir de s’entraîner avec eux… Le choix a vite été fait ! Sofian Bouvet et Vincent Guillarm sont aussi avec nous, ils mettent une bonne ambiance dans le groupe et c’est cool (Rires). Côté entraineur, on travaille avec Gildas Philippe et Nicolas Le Berre, l’entraineur des garçons.
M.G. : Ça se passe hyper bien avec les garçons et ça, c’est une vraie force de l’équipe française ! Les trois bateaux, on s’entend super bien et je pense qu’en peu de temps, on peut être efficaces et faire vraiment du bon boulot. Et puis, avoir deux entraineurs qui s’entendent super bien, c’est aussi une super chance.

v&v.com : Sur quels points allez-vous devoir travailler ?
C.L. :
(Rires.) On peut encore progresser en technique, même si notre vitesse est correcte. Surtout au portant.
M.G. : Oui, un peu de speed sous spi, quelle que soit l’allure. Et un peu plus de vitesse partout, ça ne ferait pas de mal. Mais je ne me fais pas de souci : on a deux mois devant nous à bosser avec les gars, donc on devrait y arriver. Après Gildas, il dit, ça marche bien, ça fonctionne bien entre vous, y’a pas grand-chose à changer.

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