Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

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JO de Londres 2012

Sarah Steyaert : «Les favoris vont craquer»

  • Publié le : 13/06/2012 - 00:01

Sarah Steyaert, 25 ansEn difficulté pendant ses sélections, Sarah Steyaert (25 ans) s'est remise en question et est allée puiser au fond d'elle-même pour retrouver l'envie de gagner.Photo @ Vincent Curutchet FFV / DPPI

Après une longue année de sélections, des hauts et des bas, des contre-performances, une remise en question et une 7e place au championnat du monde couru en Allemagne, mi mai… Sarah Steyaert a enfin décroché son ticket pour les Jeux de cet été.
À moins de deux mois de l’épreuve, elle fait le point sur sa préparation, ses doutes et ses nouveaux atouts. Cinquième des Jeux de Pékin en Laser Radial, elle compte bien ramener une médaille de Weymouth.

 

v&v.com : Qu’est-ce qui a rendu cette sélection si difficile pour toi ?
Sarah Steyaert :
Qu’elle ait commencé en même temps que mon concours de Professeur des écoles. Cela n’a pas été facile de gérer les deux. Ensuite, le fait de ne pas avoir été choisie pour le Test Event m’a fait beaucoup de mal et j’ai eu du mal à rebondir, à oublier les sélections et à me faire plaisir sur l’eau. Cela m’a complètement fragilisée et je suis passée à côté de l’envie de naviguer et d’aller gagner des régates.

v&v.com : Comme si tu avais un peu perdu de vue la raison pour laquelle tu faisais tout ça ?
S.S. :
Exactement, oui. Et puis le fait d’avoir obtenu mon concours m’a poussée à me dire "Voilà, c’est fait" et quelque part, j’ai eu du mal à faire la part des choses. Mine de rien, ça a duré un petit moment, même si pour Perth – où ma préparation avait été plutôt pas mal, bien réfléchie – l’analyse est un peu différente (Sarah a terminé 22e de ce mondial couru en décembre dernier, ndr). Mais je crois que le choix de changer mon fonctionnement du tout au tout m’a ouvert les yeux et fait du bien. Ça m’a permis de me recentrer sur ma préparation pour les Jeux et sur l’envie d’en ramener une médaille, en faisant le bilan que mon niveau sur la saison passée était en deçà de ce que j’étais capable de faire et que mon objectif était de revenir au top. Je suis toujours dans cet objectif-là.

v&v.com : Douter à deux mois et demi des Jeux parce que tes sélections ne sont pas encore terminées doit être très compliqué : comment transformer cette situation en une force ?
S.S. :
Justement, j’ai réalisé après l’annonce de ma sélection que ce qui a été une force dans cette préparation, c’est que tous les jours, mon entraineur (Ian Clingan, ndr) ne me disait pas "C’est bon, tu vas l’avoir, ta sélection". Mais à chaque fois que c’était dur, il me disait "Regarde ce que tu sais faire ! Regarde comme tu progresses ! Aux Jeux, ce sera différent, là, tu bosses pour les Jeux."

Toucher de barreParmi ses atouts, Steyaert dispose d'un très bon toucher de barre et d'un excellent feeling au portant : en bref, elle compte parmi les plus rapides de la flotte à cette allure.Photo @ Philippe Laurenson FFV / DPPI

v&v.com : En somme, ton objectif se situait déjà au-delà de la sélection, c’est ça ?
S.S. :
Oui ! Alors, à l’annonce de la sélection, j'ai été soulagée bien sûr, mais dans ma tête, j’étais déjà prête. Je crois que c’est ce qui a fait la force du calendrier de préparation que l’on avait mis en place et ce qui a aussi permis au DTN de faire des sélections si tardives. Ensuite, dans ma façon de naviguer sur les dernières régates, j’ai appris un certain nombre de choses – j’ai réappris ces choses, car je pense que je les avais déjà en moi –, comme le fait de travailler sur la prise de risques et sa gestion. Ça a été une part importante de mon travail, car lorsque j’ai analysé comment certaines filles gagnaient les Jeux – notamment l’Américaine Anna Tunnicliffe en 2008 –, je me suis rendue compte qu’elles prennent des départs corrects, se retrouvent devant et après naviguent avec leur paquet, sans forcément gagner de manches. Mais elles sont toujours placées au bon endroit et accompagnent. Je crois que pour moi, cela va être un point fort que de m’approprier cette stratégie.

v&v.com : Pour quelqu’un qui a toujours affirmé beaucoup d’originalité et une grande liberté dans tes choix tactiques, cela fait une sacrée évolution !
S.S. :
Oui, aujourd’hui j’apprends vraiment à gérer mes risques, car je me suis rendue compte que je ne le faisais vraiment pas avant et que j’ai pu perdre pas mal de places. Alors l’idée, c’est maintenant de continuer à naviguer aussi vite que je le peux, mais en restant avec les filles. Et aussi de continuer à faire marcher mon feeling à certains moments, car il ne faut pas oublier ça non plus. Simplement, il faut gérer le risque, car c’est du gain. À la fin de la régate, chaque point compte.

v&v.com : C’est du gagne-petit…
S.S. :
Oui, moi aussi j’emploie ce mot, mais il paraît qu’il est négatif (rires), alors bon… Voilà l’idée. C’est en tout cas ce qui m’a permis de revenir dans le top dix sur les dernières régates. Maintenant, en navigant peut-être un peu plus libérée et en m’appuyant à nouveau sur mon feeling, ça va me permettre de raccrocher les places de devant, c’est sûr.

Gestion du risqueTrès intuitive dans ses choix tactiques, Steyaert a appris à évaluer et mieux gérer ses prises de risques afin de naviguer plus au contact. Selon elle, il n'est pas nécessaire de gagner des manches pour gagner les Jeux ; en revanche, chaque point compte. Photo @ Jean-Marie Liot FFV / DPPI

v&v.com : Comment as-tu vécu le fait d’être contrainte de changer ta manière de fonctionner ?
S.S. :
Je crois que cela a été un plus, parce que cela m’a obligée à ce que mon mental prenne le dessus, à voir si j’avais la capacité et la détermination pour le faire. À chaque régate, j’aurais pu totalement m’effondrer. Sur le mondial en Allemagne encore, quand Sophie (Sophie de Turckheim, son adversaire avec laquelle le DTN a exigé qu’elle navigue jusqu’à la fin des sélections, ndr) sort du groupe et que moi, je dois continuer, j’aurais pu dire que c’était dégueulasse… Mais au contraire, j’ai tout le temps été là, présente quelle que soient les circonstances et quoi qu’il arrive. Cette capacité-là, je pense qu’aux Jeux, ça vaut de l’or – parce que l’une des particularités des Jeux, c’est qu’il n’y a que des imprévus et des contraintes ; si on n’est pas capable de les gérer, c’est la catastrophe.

v&v.com : Sur les prochaines semaines, tu continues donc de fonctionner comme ça ?
S.S. :
Cette formation et ce planning d’entraînement chargé, je les ai assumés. Maintenant, à quelques semaines des Jeux, je vais essayer de remettre ce que je connais de moi, des choses qui ont déjà fonctionné sur moi. En les mêlant au reste bien sûr.

v&v.com : Quel est ton programme, justement, à moins de deux mois des Jeux ?
S.S. :
Là, je ne m’entraîne plus qu’en Angleterre. Je cours la Sail for Gold à Weymouth, puis je rentre pour dix jours de repos, je repars sur un cycle de trois bonnes semaines en Angleterre, puis on a un stage de cohésion, quatre jours de repos et je devrais arriver sur le site des Jeux quatre semaines avant le début des épreuves – là, c’est la partie pas encore très bien définie que j’aimerais un peu négocier.

v&v.com : Et côté partenaires d’entraînement ?
S.S. :
La Singapourienne qui sera sélectionnée à l’issue de la Sail for Gold reste dans le groupe. Je m’entraîne aussi avec l’Anglaise, Alyson Young. Et il y a Maxime Mazard qui va nous rejoindre – c’est un garçon qui navigue en Laser Standard maintenant, mais qui est champion du monde de Radial, l’année dernière… J’avoue que c’est une proposition de mon entraineur, car personnellement je n’ai pas géré grand chose, la semaine qui a suivi le mondial. Pourquoi a-t-il préféré un garçon à une fille ? Je n’en sais rien, mais ça me va très bien. Maxime est quelqu’un qui va vite, au près comme au portant et c’est un très bon choix.

Souvenir de podiumSeptième du dernier mondial Radial, Steyaert n'est plus montée sur un podium international depuis la Semaine olympique française 2011. De quoi s'inquiéter pour la médaille ? Peut-être pas : ses adversaires aussi ont leurs soucis.Photo @ Jean-Marie Liot FFV / DPPI

v&v.com : Quelles sont tes chances de faire une médaille ?
S.S. :
(Rires.) Ah ! Là, je ne sais pas ! Si on regarde les résultats depuis un an, je n’ai pas fait un seul podium, donc les chances, elles sont faibles !

v&v.com : En même temps, c’est souvent après des périodes creuses que tu as fait tes podiums…
S.S. :
Oui, voilà ! Et ce que je vois aussi, c’est que sur le mondial, les filles avaient tout à tenter… Sur les Jeux, elles seront peut-être un peu plus dans la retenue. Elles, elles étaient libérées jusqu’ici, parce que la plupart n’ont pas eu à se battre pour des sélections, étant choisies d’office. Moi, j’ai été dans cette retenue pendant ces derniers mois à cause de la sélection, et maintenant je suis libérée. Et puis, parmi les filles comme la Hollandaise ou la Belge qui sont systématiquement sur les podiums depuis un an, parce qu’elles ont fait un gros volume d’entraînement avant les autres, une partie risque d’imploser. Notamment parce les autres, qui ont plus navigué cet hiver, ont progressé et sont maintenant arrivées à leur niveau – or, ces favoris ne sont plus habituées à naviguer dans le paquet. Je suis sûre que certaines vont craquer, je le vois à leur tête.

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