Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

JO de Rio 2016 – 49er

D’Ortoli et Delpech, paire et gagne

Hier, ils étaient des partenaires d’entraînement, spécialisés dans la pétole. Aujourd’hui, Julien D’Ortoli et Noé Delpech ont gagné en polyvalence, fait un podium européen et revendiquent leur ambition. Rencontre.
  • Publié le : 03/09/2013 - 00:03

Ex partenairesPour les Jeux de Londres, D'Ortoli et Delpech étaient les partenaires d'entraînement d'Emmanuel Dyen et Stéphane Christidis, nos sélectionnés en 49er, aux côtés desquels ils ont énormément progressé.Photo @ Lionel Cottin / FFV

Julien D"Ortoli & Noé DelpechJulien D’Ortoli, 29 ans, et Noé Delpech, 27 ans, ont été retenus en équipe de France pour cette nouvelle PO. Après une 3e place sur l'européen 2013, ils visent une perf' sur le mondial qui se court à Marseille, fin septembre.Photo @ Jean-Marie Liot / FFVGrandis dans l’ombre de nos sélectionnés olympiques de Londres en 49er pour avoir été leurs partenaires d’entraînement pendant les derniers mois de préparation, ils confirment cette année leur intention de jouer en leurs noms propres pour Rio : Julien D’Ortoli, 29 ans, et Noé Delpech, 27 ans, ont décroché leur premier podium sur un championnat international, une place de troisième lors de l'Euro couru à Aarhus (Danemark), en juillet.

Il n’y manquait que deux ou trois équipages – dont celui d’Emmanuel Dyen et Stéphane Christidis. Avant ça, ils étaient déjà rentrés dans un top 3 à l’occasion de semaines olympiques pétoleuses – la pétole était donc devenue leur royaume. Mais là, les conditions étaient plus ventées – très capricieuses aussi – et l’équipage se félicite d’être devenu plus polyvalent, accédant enfin à ce qualificatif dont tous les postulants olympiques rêvent.

«C’est qu’on a grossi, hein, s’amuse le barreur, une tête blonde à l’accent du Sud incisif. Parce qu’à un moment, quand tu bordes ta GV, faut tirer.» L’équipier, un brun ténébreux originaire de l’île de La Réunion confirme : «On est passé de 147-148 kilos à 154 kilos. On est pile dans la moyenne, mais on voudrait être encore un petit peu plus lourds pour passer dans la fourchette haute.» Tiens, pourquoi ça ? «Déjà parce qu’on soupçonne les Australiens champions olympiques d’être très lourds, entre 160 et 165 kilos, répond-t-il, imperturbable, ce qui ne les a pas empêchés d’être encore rapides dans la molle. Et puis sur une saison, les trois-quarts des compétitions se courent dans plus de 12 nœuds.»

Rois de la pétoleD'Ortoli et Delepech se sont d'abord fait remarquer par leurs performances dans le petit temps. Mais après une belle prise de poids, ils affichent une nouvelle polyvalence.Photo @ Jean-Marie Liot / FFVN’empêche. S’ils comptent nouvellement parmi les favoris dans le vent fort, ils préfèrent toujours le petit temps, «parce que c’est très tactique, très fin, et que ça se joue aux pouillèmes.» Les deux acolytes détonnent. Autant le barreur vibre d’une énergie fraîche et pétillante, autant l’équipier est sérieux comme un pape. «Noé, c’est le roi du bar, s’insurge D’Ortoli avant de se marrer. Et moi, si j’ai une réputation de déconneur, c’est malgré moi», feint-il.

D’Ortoli et Deplech se sont trouvés un peu par hasard, en 420, parce que leurs entraineurs respectifs s’entendaient bien. Ils sont restés adversaires jusqu’en 2007. En 49er, Delpech a d’abord équipé Morgan Lagravière, puis Axel Silvy, pendant que D’Ortoli barrait Ulysse Hoffmann. Il se souvient : «On a ensuite mixé les équipages, mais cela n’a pas été tout rose. Au début, on n’était pas mauvais, mais on était très irréguliers. On a progressé dans la régularité en ajustant notre répartition des rôles, notre communication et notre cohésion.»

Et Delpech de détailler : «On est très potes à la base et c’est probablement ce qui nous a amenés à naviguer ensemble. Finalement, on est assez complémentaires sur l’eau : moi, je suis très perfectionniste, tout le temps concentré et n’aimant pas trop rigoler. Julien apporte un côté un peu cool, un relâchement mental.»

Mais pour être franc, D’Ortoli est probablement plus complexe qu’on ne se le laisse dire : «Ma principale qualité, c’est de ne rien lâcher. J’ai la rage, la hargne, l’envie de me battre et d’aller au bout… Notre répartition des rôles à bord nous permet de nous épanouir tous les deux : Noé fait la tactique au près et moi, au portant. La force de cette répartition, c’est l’équilibre par rapport à d’autres équipages où, le jour où le barreur n’est pas en forme, ils sont tout le temps derjo. Nous, si c’est un jour sans pour l’un d’entre nous, on arrive à maintenir notre niveau parce qu’on peut compter sur l’autre.»

C’est le moment de les interroger sur leurs ambitions pour Rio et le duo se fait plus réservé. Ils ont envie de la médaille, ne savent pas comment se dérouleront les sélections françaises, mais le barreur voudrait que cela se règle sur une seule épreuve, le mondial, très bien. Et puis il glisse : «On n’est toujours pas prêts !» Il y a le départ, la vitesse, «deux points clés en voile, que tu ne peux jamais t’arrêter de travailler.» Il y a «que l’on a un peu de retard sur la recherche et le développement, par rapport aux étrangers», ajoute l’équipier.

Donc ils ont passé leur saison à mettre en place des protocoles de mesures à l’ENV : mâts, bômes, voiles, coques, safrans, dérives… Le 49er a beau être un monotype, tout y est passé. «Après, il faut voir si la théorie colle au réel, commente D’Ortoli. Le tout, c’est de trouver un jeu de voiles et un mât qui vont à notre manière de naviguer… Évidemment, il y a aussi des phénomènes de mode, parce qu’untel se met à aller super vite, on veut tous son matos ; mais l’idéal, ça reste de tout essayer et de connaître la meilleure combinaison en fonction du plan d’eau et des conditions.»

Ascension post-olympiqueAlors qu'il n'a pratiquement pas dételé, contrairement à beaucoup en année post-olympique, et a enchaîné les bons résultats, l'équipage se hisse à la 2e place du classement ISAF, en ce mois d'août.Photo @ Jean-Marie Liot / FFV

Et puis, il y a que c’est compliqué de grandir à l’ombre d’idoles auxquelles on doit beaucoup. Prosaïquement, Delpech balaie : «Avec les équipages d’Emmanuel et Stéphane Christidis et de Mathieu Frei et Yann Rocherieux, on forme un très bon groupe basé à Marseille, avec une très bonne entente. On se connaît très bien et, en plus de l’amitié, on a beaucoup de respect les uns pour les autres.»

«Manu et Stéphane sont très réguliers, dans tous les compartiments de jeu, juge le barreur. Mathieu et Yann sont très très rapides au-dessus de 12 nœuds. Notre force, à nous, c’est les plans d’eau irréguliers et tactiques, et lorsque les conditions varient au cours de la semaine car cela nous permet de jouer sur notre polyvalence.»

Le Mondial 2013, qui se disputera du 21 au 29 septembre prochains à Marseille, sera un bon test pour se jauger, surtout qu’il sera la première épreuve de la saison disputée par Manu et Steph – «Même si je ne me fais pas trop d’illusions sur le fait qu’ils seront au point», glisse D’Ortoli. Leur objectif est de terminer dans les 8. Modestes ? Prudents. Ils sont toujours en train de bosser sur leur mât et les voiles, donc «je ne suis pas encore sûr à 100% que je vais aller très vite.»

Mais c’est vrai qu’il est à peu près certain que les trois équipages vont marcher à Marseille. C’est après que le travail fera la différence, d’abord pour devenir le meilleur équipage français, ensuite pour devenir le meilleur équipage mondial. Et Delpech de conclure sobrement : «On bosse beaucoup.»

 

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