Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

JO de Rio 2016 – Laser Radial

Portraits de jeunes premières

  • Publié le : 12/06/2013 - 00:03

Speedy downwindKerangat est particulièrement rapide au portant, tandis que Bolou arrache au près... Une complémentarité à l'image du nouveau collectif de La Rochelle, taillé pour la progression.Photo @ Thom Touw Delta Lloyd Regatta 2013

Mathilde de Kerangat, 21 ansMathilde de Kerangat, 21 ans, a remporté son premier titre mondial, chez les Jeunes, en 2009, et a passé un cap en Sénior en 2012. Cette année, elle a déjà terminé deux fois 4e sur les semaines olympiques.Photo @ Thom Touw Delta Lloyd Regatta 2013À elles deux, elles promettent d’animer les Jeux Méditerranéens qui s’ouvrent le 20 juin prochain, à Mersin (Turquie) : Mathilde de Kerangat (21 ans) et Marie Bolou (20 ans) sont les deux nouvelles têtes de série du Laser Radial français. Déboulées plus tôt qu’on ne les attendait dans le top ten des rendez-vous internationaux, elles font partie avec Pernelle Michon, Alysée Gadel et Amélie Riou d’un groupe soudé et euphorique, entrainé par Mickaël Borde et François Husson à La Rochelle. Une petite armada, idéale pour progresser, que quelques noms plus esseulés de la série – l’Anglaise, la Finlandaise, la Hollandaise… – envient et contactent déjà pour partager leurs heures de nav’.

 

Marie Bolou, 20 ansMarie Bolou, 20 ans, est originaire de Lorient, mais vit sur La Rochelle depuis qu'elle y est entrée en Sports Études. Sur la Sailing World Cup de Hyères, en avril, elle a impressionné en prenant les commandes de la compétition dans le petit temps.Photo @ FFV / DPPISarah Steyaert et Sophie de Turckheim parties vers de nouveaux horizons olympiques – la première débutera officiellement en 49er FX (avec Julie Bossard) en juillet, à l’occasion de l’Européen, et la seconde a déjà marqué les esprits en Nacra 17 (avec Franck Cammas) lors de la Sailing World Cup de Hyères –, on s’attendait à un assèchement des résultats français en solitaire féminin, mais les jeunes ont vu les choses autrement. «De se dire que la voie est libre devant et que maintenant, c’est notre tour, ça motive vraiment», explique Kerangat. Les filles n’ont pas tergiversé avant d’aménager leurs études – Master de droit pour Kerangat et première année de Sciences Po à Paris pour Bolou – et revoir leur planning d’entraînement. «On navigue quatre à cinq fois dans la semaine, détaille Bolou, plus les cinq séances de préparation physique, cela fait un bon rythme, que l’on tient beaucoup mieux qu’auparavant. Et puis, on est toutes à 100%, à vouloir se dépasser parce qu’aujourd’hui, on a toutes notre chance d’aller aux Jeux de Rio, en 2016 : c’est ça aussi qui fait la différence.»

 

Depuis le début de la saison post-olympique, Mathilde de Kerangat  a terminé 4e de la World Cup d’Hyères, dans le petit temps et devant la championne olympique en titre Xu Lijia, puis 4e de la semaine hollandaise, dans la baston et toujours devant la Chinoise. Marie Bolou, elle, a mené l’événement français avant d’en terminer 10e, puis a pris la 11e place à Medemblik. Bien sûr, Steyaert et de Turckheim ne sont pas les seules à avoir pris la tangente. Bien sûr, certaines têtes de série ne sont pas encore revenues sur le circuit. Mais avec leur potentiel et l’enthousiasme qu’elles manifestent, les miss de La Rochelle ne manquent pas d’atouts pour garder leur place dans les dix.
Dans un éclat de rire, elles racontent leur plaisir d’être en mer et leur goût de la performance. Elles aiment le petit temps, le vent fort, le clapot, les vagues, même la préparation physique et surtout les vents foireux. Elles sont du genre "têtes bien faites".
Kerangat a la balle au portant et a tendance à s’échauffer quand elle fait un connerie, mais traverse ses régates avec une constance de rêve. Elle a l’esprit de compétition acéré depuis toujours – elle a déjà couru un mondial en Opti. Bolou est plus du genre opportuniste et fana de vents oscillants, mais se rêve plus méchante et agressive sur l’eau qu’elle ne l’est. Elle trouve difficile d’énoncer ses qualités. En bref, elles ne sont pas exactement identiques, plutôt très complémentaires.

Vive la prépa physique !Nouvellement férues de préparation physique, les filles de La Rochelle ont appris à faire parler leur gabarit dans le vent, alors que la nouvelle génération de Laséristes s"est allégée.Photo @ Jean-Marie Liot FFV / DPPI

Et elles sont copines à terre : pas inutile de le souligner. «La question des sélections olympiques est tabou aujourd’hui, mais je pense que notre groupe trouvera son équilibre et que l’on fera toutes en sorte que la sélectionnée fasse le meilleur résultat possible à Rio, insiste Bolou… Honnêtement, on a toutes mal vécu que Sarah [Steyaert] et Sophie [de Turckheim] ne s’entendent pas et ne soient pas capables de travailler ensemble car on est toutes persuadées que dans le cas contraire, elles auraient ramené une médaille de Londres.»
Mais être les héritières d’un passé chargé ne leur pose aucun problème, bien au contraire. «J’aimerais avoir la même force de travail de Sophie et la même envie. J’aimerais avoir autant de talent que Sarah et savoir le cultiver», affirme Bolou. Kerangat tempère : «Bien sûr, j’ai toujours regardé les qualités de Sarah et essayé de m’en inspirer… Mais au final, j’essaie toujours de faire mon propre chemin.»

 

Les parents de Kerangat naviguaient en croisière et leurs enfants se sont naturellement retrouvés à l’école de voile de La Rochelle. «Après l’Opti, j’ai hésité sur ce que je voulais faire : j’avais le gabarit d’une équipière, mais j’avais envie de barrer. Le Radial m’effrayait un peu, mais je m’y suis mise et je trouve que c’est un bateau très complet, vraiment intéressant, et qui offre une intensité de jeu très forte. C’est une monotypie stricte, donc les écarts entre les bateaux sont ridicules et il y a une densité de niveau impressionnante, c’est vraiment intéressant.»
Bolou trouve aussi que le Radial est dur et il l’a fait parfois souffrir, mais il est le sésame pour réaliser son rêve. «À treize ans, j’ai fait une grave chute d’escalade. Après mon accident, depuis le centre de rééducation de Lorient, je voyais tous mes copains naviguer et… J’avais tellement envie de retourner sur l’eau ! Je crois que c’est ça qui m’a permis de m’en sortir aussi vite. Ma joie de vivre est ma force. Je n’aime pas me plaindre. Je n’aime pas dire que j’ai mal. J’ai envie que l’on me mette au même niveau que les autres et pas que l’on me plaigne. Même si c’est vrai : physiquement, il faut que je fasse quand même attention. J’ai beau vouloir sans arrêt me dépasser, il y a un moment où si cela ne veut plus, cela ne veut plus. Enfin, ce qui est sûr, c’est que je donnerai tout jusqu’à ce que ça veuille plus du tout ! Et mon objectif, c’est les Jeux.»

 

En Turquie, hors mis une Espagnole et une Croate, elles n’auront pas énormément de concurrence. Kerangat veut gagner et Boulou vise un podium. C’est la performance que leur réclame la Fédération pour les envoyer sur le mondial en Chine – mondial où elles doivent terminer dans les huit pour être retenues en Équipe de France. Les objectifs à tiroir ne les impressionnent pas. Elles sont consciencieuses et appliquées et savent ce qu’elles veulent.

 

 +  Les Jeux Méditerranéens sont organisés tous les quatre ans, en année post-olympique, et regroupent les sportifs du bassin méditerranéen. La 17e édition se déroule cette année à Mersin, en Turquie, du 20 au 30 juin. La délégation française de voileux se compose de Mathilde de Kerangat et Marie Bolou en Laser Radial, Jean-Baptiste Bernaz et Maxime Mazard en Laser, Camille Lecointre et Mathilde Géron en 470 féminin et en 470 masculin, des équipages de Sofian Bouvet et Jérémie Mion, et de Pierre Leboucher et Nicolas Le Berre.