Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

EN ROUTE VERS LES JEUX (2)

L’avant-Rio par Julien d’Ortoli et Noé Delpech (2/2)

D’ici aux jeux Olympiques de Rio de Janeiro (du 5 au 21 août 2016), Voiles et Voiliers vous présentera dans chacun de ses numéros les membres de l’équipe de France de voile. Après Pierre Le Coq, voici la paire Julien d’Ortoli et Noé Delpech qui défendront les couleurs tricolores en 49er. Pour encore mieux connaître nos représentants, nous vous proposons un verbatim des athlètes sur voilesetvoiliers.com en accompagnement de leur portrait dans le magazine. Deuxième partie de l’entretien consacré aux deux compères. Et retrouvez-les en vidéo ici.
  • Publié le : 30/03/2016 - 00:01

Dortoli / DelpechPhoto @ Gilles Martin Raget

Les JO

J. d’O. : «Je vais essayer de profiter à bloc de l’événement, rencontrer d’autres sportifs. Je pense que nous allons être portés par l’énergie positive et la fête plutôt que le contraire. Je vais tenter de m’en servir pour que ça me transcende.»

N. D. : «C’est indéniable depuis l’annonce de la sélection, on est quand même pas mal sollicités, les amis sont contents pour nous, tu croises des gens qui te disent plus facilement bonjour ou sont un peu plus présents, mais il n’y a pas de modification dans nos rapports avec l’extérieur.
On parle tout le temps des JO avec ceux qui y ont participé. On sait que la pression existe. On a moins de temps pour nous, on a moins de temps pour ce que l’on voudrait préparer, on doit détacher du temps, y compris des choses qui ne nous semblaient pas importantes, mais on le savait.»

Dortoli / DelpechPhoto @ Gilles Martin Raget

Le plan d’eau de Rio

J. d’O. : «Il y a plusieurs ronds à l’intérieur et trois à l’extérieur avec des conditions très différentes. Cela change du tout au tout. Les manches dehors, c’est Weymouth : vent fort, des vagues, du clapot, du courant, c’est le carnage ! Alors qu’à l’intérieur, ça va être des effets de site, vent cisaillé de terre, mer plate. Il faut être prêt à tout.»

N. D. : «On s’attendait à avoir du vent plutôt faible, notamment au mois d’août ; cela ne s’est pas avéré. On part sur un plan d’eau qui est polyvalent, on peut avoir de tout, surtout sur les ronds à l’extérieur de la baie avec du vent et des vagues où il faudra être lourd et peser sur le bateau. En 49er, les meilleurs semblent être les plus lourds sans rencontrer trop de difficultés dans le petit temps.»

 

Dortoli / DelpechPhoto @ Gilles Martin RagetLa brise

J. d’O. : «Lors du dernier Mondial, nous n’avons pas couru au-dessus de 22 nœuds, mais il y avait une mer énorme, c’était surtout lié à ça. À Santander, l’année d’avant, on a couru des manches avec des claques jusqu’à 27 nœuds, mais c’était très plat avec un vent qui vient de terre. C’était des sacrées manches ! Tu prends des bouffes, tu ne sais jamais si tu vas arriver à empanner…
Par mer formée, le risque, c’est d’enfourner. On a des spis très creux en bas et le nez a toujours envie de plonger. Ce sera différent pour la prochaine PO (préparation olympique, ndlr) afin d’avoir des spis comme ceux des 49er FX qui sont plus creux en haut et plat en bas. Les filles sont moins embêtées que nous dans la brise. On perdra peut-être un peu de vitesse par mer plate, mais au moins, on pourra naviguer dans un peu plus de vent.»

 

Les adversaires

N. D. : «Dans les vingt meilleurs mondiaux, tout le monde est très polyvalent. Tout le monde a le niveau pour gagner une manche de pétole sur un lac en plan d’eau fermé ou à Palma dans les vagues. C’est vrai pour nous aussi. Sur la dernière journée du Mondial avec des vents de terre, on n’a pas été très à l’aise tactiquement ; ça, c’est une piste de travail. Nous sommes encore un peu irréguliers sur les départs, sur une semaine nous en avons encore quelques-uns qui sont perfectibles.»

 

La paire Peter Burling/Blair Tuke

J. d’O. : «Ils sont plus forts dans tous les niveaux du jeu. Ils prennent de très bons départs, rapides, techniquement sur les manœuvres, tactiquement ils ne font que très très peu d’erreurs, toujours très bien placés, dans les bons coups. Ils savent faire du neutre quand ce n’est pas bon et faire des petits coups pour gagner 2 ou 3 mètres dès que c’est possible.»

Dortoli / DelpechPhoto @ Gilles Martin Raget

Les entraîneurs

N. D. : «Cette préparation olympique n’a pas été très facile à ce niveau-là, avec de nombreux changements. D’autant que l’on n’a pas eu les résultats escomptés. Aujourd’hui, on attaque la phase finale de préparation de la manière que l’on veut, avec les personnes avec lesquelles on souhaitait travailler. On a trouvé un accord avec la direction technique. Benjamin Bonneau, qui était entraîneur des équipes de France, va nous guider dans le projet, Manu et Steph sont désireux de nous aider. On s’entend vraiment très bien avec eux. Les épreuves de sélection ont été un peu particulières à gérer, il y avait très peu d’agressivité aussi bien de leur part que de la nôtre.»

 

 

La dernière ligne droite

J. d’O. : «On a préparé le Mondial de Clearwater en insistant sur la préparation du matériel et sur la vitesse, puis en s’appuyant sur des coaches extérieurs pour travailler des points spécifiques. On va essayer de reproduire le schéma. On est assez d’accord avec Noé sur le fait que le meilleur entraînement, c’est de faire des régates car c’est là que tu rencontres des départs, de la densité, des situations de stress qui sont impossibles à reproduire à l’entraînement. Le programme : Trophée Sofia à Palma, championnat d’Europe à Barcelone, Sailing World Cup à Hyères, deux séjours à Rio une fois en mai, une fois en juillet, et la SWC de Weymouth.»

 

Pression extrême

J. d’O. : «Ça va dépendre de ce qui va se passer avant. Au Mondial, on avait une pression max. Mais nous étions hypersereins sur notre vitesse, notre préparation, notre technique. Malgré ma main cassée en novembre qui nous a arrêtés deux mois, nous sommes arrivés confiants, je ne dirai pas détendus, mais tous les deux on s’est retrouvés sur l’exigence de la conduite et du travail. Il y avait un stress mais pas déstabilisant.»

N. D. : «Aux JO, il y a des gens qui vont s’effondrer, d’autres qui vont être galvanisés. On va faire comme sur les championnats du monde : malgré notre dernière journée difficile, nous sommes très contents de la manière dont nous avons abordé les choses et faire ce que nous savons faire. Il va y avoir bien sûr le jeu des médias qui est un peu plus compliqué, mais nous y sommes préparés. On va essayer de naviguer à notre niveau sans y aller avec trop de pression.»

Dortoli / DelpechPhoto @ Gilles Martin Raget

Le physique

J. d’O. : «À Buenos Aires, en préparation du Mondial de novembre dernier, il fallait porter le bateau sur une cale en bois toute pourrie ; j’ai glissé, le bateau m’est tombé sur la main : un mois et demi d’arrêt ! J’ai pas mal bossé sur la préparation mentale, fait de l’imagerie pour essayer de ne pas arrêter. Cela a été hyperbénéfique. En gros, refaire tes journées d’entraînement dans ta tête, ça ne marche pas si mal. On a fait ça avec Ingrid Petitjean avant de continuer dans ce domaine avec elle. Elle sait de quoi elle parle ! Lorsque l’on a repris fin décembre à Palamos, j’avais encore mal à la main mais j’avais la sensation de ne pas avoir arrêté. Je n’étais pas très en forme physiquement, mais bien sur le bateau.»

N. D. : «La bête noire du dériveur, en général, c’est le dos, il y a un gros boulot en matière de prévention et de renfort musculaire en préparation physique. Après, il y a des blessures annexes. Le bateau est traumatisant, surtout que l’on navigue dans des conditions de plus en plus compliquées. Nous essayons d’être lourds comme les autres, mais nous avons un peu de mal à prendre du poids, et si nous ne faisons pas attention, nous redescendrons vite dans les équipages les plus légers. Si nous bossons dur, que nous poussons de la fonte et que nous mangeons beaucoup, nous arriverons à être dans les plus lourds.»

 

En dehors du bateau

J. d’O. : «J’aime bien le sport en général, le challenge. J’aimerais savoir mieux nager, faire du vélo, courir, faire du triathlon. J’ai fait l’école de commerce de Marseille, j’ai pu la faire en cinq ans au lieu de deux, et naviguer en même temps.»

N. D. : «On n’a pas trop le temps de faire grand-chose à côté. J’adore toute ce qui touche à la mer, la pêche, le surf, le kite. Mon père a un voilier qui vient de traverser l’Atlantique. À Noël, j’étais en Afrique du Sud avec lui. Avec Julien, nous ne sommes pas spécialement inséparables, ça dépend des moments. On a une très bonne relation en général, des groupes d’amis en commun, on se voit plutôt régulièrement aussi en dehors de la voile.»

Dortoli / DelpechPhoto @ Gilles Martin Raget

Le phénomène Juno (*)

J. d’O. : «C’est une ferveur démente ! A la base, ce sont nos copains, nos amis, notre famille qui sont à fond derrière nous. On a eu des «Go Juno !» dans le sable, dans la neige, en pancake, franchement ils nous ont éclatés. On était 200, beaucoup de photos, de vidéos, ils ont fait de tee-shirts, des visières, c’est ma cousine Alice qui est à la base de tout. Quand tu es à l’autre bout du monde, ça aide énormément. C’est magique !»

* Nom de guerre des deux hommes qui est le produit des premières lettres de leurs deux prénoms.