Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

EN ROUTE VERS LES JEUX (4)

L’avant-Rio avec Camille Lecointre et Hélène Defrance

Championnes du monde en titre de 470, Camille Lecointre et Hélène Defrance font incontestablement partie des trois équipages grandissimes favoris pour une médaille olympique à Rio… avec les Néo-Zélandaises et les Autrichiennes. Il faut préciser que ces six filles cumulent tous les derniers titres mondiaux en 470. Mais comme aux JO, statistiquement, un tiers des médaillés sont systématiquement des outsiders… rien ne sert de s’emballer ! La preuve avec l’analyse lucide et sans détours des deux Françaises.
  • Publié le : 23/05/2016 - 00:01

Hélène Defrance et Camille LecointreHélène Defrance (à gauche) et Camille Lecointre (à droite), championnes du monde en titre en 470, figurent parmi les meilleures chances de médaille française aux Jeux de Rio.Photo @ Didier Ravon

Déjà plus de dix ans de «quat’sept» !

Camille Lecointre : «Je fais du 470 depuis maintenant douze ans, et ce seront mes deuxièmes jeux Olympiques consécutifs. Depuis 2010, je fais partie de l’Armée de champions, rattachée à la Marine nationale (comme Billy Besson, Marie Riou, Charline Picon, Jonathan Lobert et sous peu Hélène Defrance, ndlr), ce qui représente un confort indéniable.»

Hélène Defrance : «J’ai commencé le 470 il y a dix ans, et j’ai effectué plusieurs saisons avec Emmanuelle Rol. BTS en diététique et formation dans la micronutrition en poche, j’ai mis longtemps à trouver ma voie. Je me suis spécialisée dans le domaine du sport, avec l’importance de l’alimentation dans la performance. J’ai exercé pendant deux ans tout en faisant une préparation olympique. Comme nous sommes toujours en déplacement, je ne me suis pas installée à Brest, ce qui avait été envisagé initialement. Car comme Camille, notre entraîneur Gildas Philippe vit aussi là-bas (Hélène vit dans les environs de Marseille, ndlr).»

Le bateau et les voiles : de l’éprouvé !

Camille Lecointre : «Côté matériel, on a essayé pas mal de choses… mais finalement, on n’a pas changé grand-chose ! C’est grosso modo le même bateau que j’avais déjà à la PO de 2012 avec Mathilde Géron, même si le matériel a un peu évolué car les gabarits ne sont pas les mêmes entre Mathilde et Hélène. Comme plus de la moitié de la flotte, nous utilisons une coque Mackay fabriquée en Nouvelle-Zélande, un mât Superspars, une grand-voile et un spi North et un foc Olimpic. Nous sommes seulement deux équipages à naviguer avec ce type de foc. On l’aime bien. On a bien essayé de changer pour quelque chose de plus standard, mais nous sommes revenues à celui-ci, qui nous convient mieux. C’est un foc complètement différent de ce qu’utilisent les autres. Il est plutôt facile à régler, tolérant et polyvalent. La coque avec laquelle on a gagné le championnat du monde est déjà sur place à Rio, et nous en avons une deuxième toute récente avec laquelle on dispute les dernières régates en Europe, notamment à Hyères. Ce bateau part ensuite à Rio, et sur place on choisira l’un des deux.»

Lecointre Defrance Hyères 2016 2Au trapèze Hélène Defrance, à la barre Camille Lecointre : un duo fraîchement formé et très performant.Photo @ Didier Ravon

Les tenues de navigation : on doit encore pouvoir progresser !

Hélène Defrance : «Nous utilisons des combinaisons NeilPryde. C’est bien plus confortable que ce que je portais au début quand j’ai commencé à régater. Pour les ceintures de trapèze, je n’ai pas l’impression qu’il y ait eu de grandes évolutions. Il reste des choses à améliorer. C’est un sport aquatique et nos combinaisons sont conçues pour être dans l’eau, ce qui n’est pas toujours le cas. Il y a des journées où nous ne sommes pas mouillées du tout, et nos tenues ne sont pas du tout respirantes. C’est un domaine où l’on doit pouvoir progresser.»

Les Jeux : il a fallu pousser des portes !

Hélène Defrance : «Disputer un jour les Jeux, c’est quelque chose qui s’est un peu dessiné au fil des ans (Camille, elle, a participé à ceux de Londres… avec la 4e place à un point de la médaille de bronze, ndlr). J’ai toujours vu un peu les choses en grand et c’était donc un objectif, car j’avais du mal à envisager de faire du sport sans grandes ambitions derrière. Je n’ai pas suivi le cursus habituel avec la filière Optimist, et j’ai un parcours plutôt atypique. Du coup, il a fallu aller pousser des portes ! Mais j’y croyais au fond de moi, et à partir de là, il n’y a pas grand-chose qui m’arrêtait.»

Camille Lecointre et Hélène Defrance En route vers le titre mondial 2016 à San Isidro (Argentine), pour Hélène Defrance et Camille Lecointre.Photo @ Matias Capizzano

La préparation physique : chacune la sienne !

Hélène Defrance : «Je travaille beaucoup sur mon bassin et son renforcement, notamment par rapport à ma position au trapèze et le ‘‘babouinage’’ (technique très physique permettant de faire accélérer le bateau en le sollicitant au trapèze par des à-coups sur la poignée, ndlr) afin d’être la plus efficace dans la retransmission de l’énergie. Ça sollicite pas mal le cardio, les bras et le bassin. On a toutes les deux des programmes de préparation physique totalement différents, car nous n’avons pas les mêmes besoins ni les mêmes lacunes. Donc nous nous préparons chacune de notre côté. Camille travaille avec le préparateur physique du pôle de Brest, et moi avec un préparateur privé (Philippe Arnaud qui est à Perpignan, ndlr). On fait ça à distance mais nous essayons de nous voir régulièrement.»

Diététique : on a les mêmes goûts !

Hélène Defrance : «J’ai apporté mes connaissances et mes habitudes, notamment sur l’hydratation à l’effort, l’intérêt de la boisson, la ration après l’effort… Mais nous sommes assez similaires dans nos goûts alimentaires, nous aimons manger plutôt varié et équilibré.»

L’entraînement avec les garçons : que du plus !

Camille Lecointre : «Nous avons un seul et même entraîneur pour les filles et les garçons – Gildas Philippe (ancien champion du monde de 470, ndlr), épaulé par Philippe Mourniac. Cela nous a énormément apporté de nous entraîner ensemble, et ce d’autant que l’on s’entend très bien avec Sofian (Bouvet) et Jérémie (Mion). Ils sont au top niveau mondial (3es lors du dernier championnat du monde, ndlr), et c’est une chance que l’on a dans l’équipe de pouvoir naviguer ensemble. Ceci dit, quand il y a du vent, il y a des écarts de vitesse. Étant plus lourds que nous (de 10 à 15 kilos), ils vont plus vite… et parfois c’est décourageant de se retrouver à la traîne. A contrario, dans le petit temps, nous sommes compétitives et nous leur apportons quelque chose. Si dans la brise on arrive à ne pas être trop loin et les tenir au vent arrière, c’est bon signe.»

Lecointre Defrance San IsidroTitre mondial en poche, Camille et Hélène se précipitent vers Guillaume Chiellino, directeur de l'équipe de France de voile, et Gildas Philippe, leur entraîneur.Photo @ Matias Capizzano

Le poids : pas facile !

Camille Lecointre : «Nous sommes parmi les équipages les plus légers de la flotte bien que pas très loin de la moyenne. On est un peu plus en difficulté dans la brise, mais on essaie de compenser par la technique ce petit manque de poids. J’ai mis longtemps à être très à l’aise dans la brise. Hélène m’a apporté ses connaissances dans les petits airs de l’époque où elle naviguait avec Emmanuelle Rol.»

Hélène Defrance : «J’en ai pas mal bavé, car je suis passé durant la PO par des moments de prise de poids. C’est compliqué car je me bats contre mon physique. Je suis très fine (1,79 mètre pour 65 kilos). Bref, j’ai du mal à prendre de la masse et quand c’est le cas, je la perds très vite. On a vite compris que c’était compliqué pour moi d’avoir des objectifs de poids élevés (environ 70 kilos). Et comme on passe notre temps à voyager, c’est une charge pour l’organisme et ça ne facilite pas l’environnement physiologique.»

La concurrence : du lourd !

Camille Lecointre : «Nos plus sérieuses adversaires sont très clairement les Néo-Zélandaises Jo Aley et Poly Powrie (championnes olympiques en titre et championnes du monde) et les Autrichiennes Lara Vadlau et Jolanta Ogar (championnes d’Europe en titre et doubles championnes du monde). Il ne faut pas trop enterrer les Anglaises Hannah Mills et Saskia Clark (vice-championnes olympiques en titre et championnes du monde) qui ont raté le dernier mondial. Les Américaines ont créé la surprise à Rio et sont toujours très performantes là-bas. Enfin, il y a les Brésiliennes qui vont naviguer à domicile.»

 

Lecointre Defrance Hyères 2016 3Le 470 français s'est trouvé deux magnifiques ambassadrices avec les deux sélectionnées.Photo @ Didier Ravon

Nos plus et nos moins !

Camille Lecointre :
«Nos plus : en dessous de 12 nœuds de vent, on est très à l’aise et les autres ont du mal à nous rattraper. On a une très bonne vitesse et une très bonne technique. Un autre point fort est notre bon fonctionnement. On est aussi capables de prendre des bons départs.
Nos moins : la navigation dans la houle et la brise où l’on n’est pas très à l’aise techniquement. Du coup, on a un peu de mal à sortir la tête du bateau.»

Hélène Defrance :
«Nos plus : c’est notre polyvalence, mine de rien, ce qui à Rio est important. On est assez déterminées quand les situations sont compliquées au niveau du vent, et on est assez fortes pour sentir les choses et aller jusqu’au bout.
Nos moins : techniquement, nous sommes un peu légères dans la brise encore, et contrairement à d’autres, nous sommes capables de prendre des pions (de mauvaises manches, ndlr). Il faut que l’on travaille là-dessus. Nous arrivons encore à faire des manches où c’est la descente aux enfers, où l’on prend la mauvaise décision stratégique à la base, et où l’on ne saisit pas la bonne opportunité au bon moment pour revenir dans le match. Nous travaillons sur cet aspect.»

L’équipe de France : super !

Camille Lecointre : «Il y a une très bonne ambiance dans l’actuelle équipe de France, un super encadrement et des gens comme Billy (Besson) et Marie (Riou) qui nous portent et ont créé une bonne dynamique. C’est une vraie équipe. L’ambiance est différente par rapport à Weymouth en 2012, et le fait d’arriver avec ces résultats en fin de PO est un gros changement par rapport à avant, où nous étions peut-être prêts un peu trop tôt. Nous avons l’impression d’être à l’heure !»

 

Lecointre Defrance Hyères 2016 4Duo complémentaire et homogène, Lecointre et Defrance sont polyvalentes quelles que soient les conditions et les allures.Photo @ Didier Ravon

La suite : il n’y a pas que les JO !

Hélène Defrance : «Ce n’est pas parce que nous sommes à fond dans les Jeux qu’il ne faut pas anticiper la suite. J’ai déjà avancé sur le sujet. J’ai vraiment envie de prendre du temps pour mettre en place des choses sur la nutrition, passer un peu de temps avec ma famille et mes amis. L’air de rien, l’olympisme c’est très prenant.»

Sponsors : on ne se plaint pas !

Camille Lecointre : «Outre nos fidèles partenaires techniques, on a la chance d’être suivies depuis longtemps par deux partenaires complémentaires de ceux de la FFVoile, Le Saint et Hénaff, et ce depuis 2013. On a réussi à boucler notre budget, et du coup à vraiment optimiser au mieux le bateau. On a pu essayer pas mal de matériel, et c’est un plus de se sentir confortables sur ce point.»

Pour les suivre : http://lecointre-defrance-sailing2016.blogspot.fr et https://www.facebook.com/CamilleLecointreHeleneDefrance2016/?fref=ts