Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

En route vers les Jeux (6)

L’avant-Rio avec Jonathan Lobert

Le Finniste est le seul des quinze sélectionnés français aux prochains jeux Olympiques à être déjà médaillé (à Weymouth en 2012, ndlr), derrière le quadruple champion olympique Ben Ainslie et le Danois Hogh-Christensen. Mais le gaillard, qui avoue être transcendé par les JO, va à Rio pour gagner et ne s’en vante pas ! Il est pourtant l’un des rares à pouvoir battre l’Anglais Giles Scott, terreur de la série depuis le retrait de «Big Ben». Une rencontre qui vient en complément de son portrait dans Voiles et Voiliers n° 545.
  • Publié le : 22/06/2016 - 00:01

L’avant Rio avec Jonathan LobertPhoto @ Christophe Launay

Le matériel
 

«J’ai opté pour une coque Devotti Fantastica. C’est la dernière évolution des carènes du chantier de l’Italien Luca Devotti (vice-champion olympique de Finn à Sydney en 2000, ndlr). Tout le monde veut naviguer sur ce Finn… qui porte bien son nom ! L’architecte Juan Kouyoumdjian a exploité les tolérances de jauge en modifiant un peu les formes de coque. Le bateau est un peu plus planant devant et un peu plus tendu sur les arrières, et surtout un peu plus rapide tout le temps. Pour les Jeux, on a le droit à une coque deux mâts et deux voiles. J’ai fait le choix de deux mâts identiques Wilke et de deux voiles également identiques WB-Sails. C’est un choix de polyvalence. Dans le top dix mondial, la moitié est en North et l’autre en WB-Sails. La plupart préfèrent avoir une voile de petit temps et une voile de brise, pas moi ! Je me sens à l’aise en vitesse avec cette voile et je peux sortir la tête du bateau quand je régate. On peut trouver du matériel qui va très vite, mais il faut tout le temps être sur les réglages du bateau, et pour moi je ne pense pas que ce soit la solution… surtout sur un plan d’eau comme Rio. Et comme je vais à peu près vite dans toutes les conditions…»

L’avant Rio avec Jonathan LobertPhoto @ Jean-Marie Liot

L’Anglais Giles Scott

«Sur l’ensemble de l’olympiade, il a tout gagné… mais les quelques fois où il est apparu en difficulté, c’était à Rio. C’est un plan d’eau où les favoris sont peut-être un peu moins favoris, car il est plus ouvert et demande d’être aussi performant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la baie. Il faut donc s’adapter très vite. Ce qui est sûr, c’est que dès qu’il y a de la brise, Scott est un ton au-dessus. L’an dernier au Test Event, il s’est battu comme un lion pour l’emporter le dernier jour. Il n’est jamais allé aux JO, et c’est clairement la régate qui le fait rêver car il a gagné tout le reste (4 titres mondiaux, 2 titres européens, ndlr). Il n’est pas du genre à être fébrile lors des grands événements. C’est quelqu’un de très tranquille, très sympa, très différent de Ben Ainslie car plus ouvert. Il parle beaucoup plus.»

Fabian Pic

«C’est mon sparring-partner qui m’accompagne à Rio. Il est jeune (23 ans) et a vraiment du talent. Il vise les JO de Tokyo en 2020. Il va bien en ce moment (il vient de terminer 7e de la Finn Gold Cup en Italie, ndlr). Je suis content car cela signifie que notre méthode fonctionne bien. On l’a pris, il sortait tout juste de la planche RS: X. Il avait le gabarit, l’envie et le potentiel. Il a gravi les échelons très vite. C’est vraiment quelqu’un sur qui je peux compter.»

L’avant Rio avec Jonathan LobertPhoto @ Jean-Marie LiotMes points forts

«Ils n’ont pas changé par rapport aux JO de Londres. Je suis toujours très rapide au portant dans quasiment toutes les conditions. J’aime les grands événements et je suis présent par rapport aux objectifs que je me suis fixés. Je m’entraîne et navigue pour vivre ces moments-là. C’est mon moteur. Je suis heureux de retourner aux Jeux, car je sais que je vais affronter les meilleurs, et que c’est la plus belle compétition à laquelle on peut participer. Au niveau pression, intensité, stress, c’est le niveau plus élevé de la campagne, et c’est ce qui me plaît.»

Mes points faibles

«Je ne suis pas forcément performant tous les jours. Il faut que je parvienne à ne pas faire de grosses erreurs, contrairement à Scott qui n’en fait quasiment jamais. Souvent, je suis avec lui et il suffit que je fasse une mauvaise manche pour me retrouver un peu derrière au classement. Mon vrai challenge, c’est d’être jour après jour performant et régulier.»

Préparation physique

«Je m’entraîne physiquement de cinq à six jours par semaine, tous les matins, alternant musculation et cardio. Je navigue l’après-midi entre une heure et demie et deux heures. Sur cette olympiade, ce que j’ai vraiment amélioré, c’est d’être très régulièrement sur l’eau, ne pas faire énormément d’heures mais très souvent, avec des axes de travail très précis. C’est la manière de fonctionner de Ben (Ainslie) et je m’en suis inspiré.»

L’avant Rio avec Jonathan LobertPhoto @ DR

Mes trois coaches

«Techniquement, mon entraîneur François Le Castrec continue de m’apporter des choses que je peux améliorer. Nous essayons toujours d’approcher la perfection, de nous inspirer des meilleurs, tout en gardant mon propre style. Là-dessus, il a vraiment un œil d’expert et arrive à trouver les petits détails qui font la différence. Au niveau du matériel, c’est une personne-ressource. Il choisit les mâts, par exemple, et m’aide à trouver ce qui me correspond le mieux. Et puis, il y a tout l’aspect mental sur lequel on travaille ensemble depuis six ans. Nous sommes capables d’échanger rapidement afin que je puisse vite trouver des solutions quand je suis un peu stressé. Quand il me faut rebondir, nous avons développé un vrai savoir-faire de communication pour pouvoir vite se remettre dedans et continuer d’avancer. Je travaille aussi avec Xavier Mondenx, le préparateur physique du judo à l’Insep. Je me sens plutôt en forme et ça a été l’un de mes points forts sur cette campagne, car je n’ai pas eu de gros pépins physiques. Pour le moment, je ne suis pas trop mal. Je n’ai pas ces problèmes de dos et de genoux assez récurrents en Finn. Je m’en sors plutôt bien. Je collabore aussi avec Richard Ouvrard, un coach en développement personnel. Nous travaillons souvent à trois avec François à améliorer notre communication, à entendre les choses dans les moments plus compliqués. Nous n’avons pas beaucoup de temps pour communiquer sur l’eau car, notamment aux Jeux, les coaches sont dans une zone fermée, et il faut donc qu’à ce moment-là François puisse me faire passer son message et que moi je sois capable de le recevoir. Parfois, à cause de l’enjeu, je suis peut-être un peu trop tendu et les échanges avec François m’aident bien.»

Les Medal Races

«J’adore ! Depuis le début de cette nouvelle règle, je trouve cela génial. C’est excellent de se confronter à couteaux tirés sur cette dernière course. Souvent, il y a énormément de pression, tout le monde est hypertendu ; c’est ce qui fait le charme et le piment de la régate. Il y en a que j’ai raté, comme à Santander au championnat du monde 2014 où j’avais l’Anglais derrière (Giles Scott, ndlr). C’est compliqué pour le public de comprendre que celui qui gagne cette Medal Race ne va pas forcément gagner l’épreuve… comme pour une finale de 100 mètres ! L’idéal serait en effet que la victoire se joue entre les dix finalistes lors de cette dernière course… mais quand tu as passé toute ta semaine dans des conditions météo différentes à essayer de sortir une belle manche, pour finir le travail entre guillemets, je trouve cela bien que l’ensemble des manches comptent. Car c’est la qualité d’un grand régatier d’être performant sur la période. Moi, je trouve que c’est le bon équilibre, même si pour la télé ce n’est pas idéal. Après, il faut savoir si l’on fait du sport pour la télé ou pour les protagonistes !» A voir, une Medal Race filmée du bord.

L’après-JO

«Ce qui est une de mes forces je pense, c’est de ne pas m’être trop dispersé ces quatre dernières années. Bien sûr, j’avais envie de faire d’autres choses de temps en temps, comme tout le monde. Je vois Thomas Le Breton qui est allé essayer d’autres supports et qui est avec Groupama Team France pour la Coupe… Mais le Finn est un bateau tellement exigeant et technique que l’on ne peut pas trop se disperser. Et moi, je voulais vraiment passer le plus de temps possible sur l’eau en me concentrant sur mon objectif qui est Rio. Après, j’ai envie de faire un break avec le Finn, j’ai envie de découvrir d’autres choses. La Coupe me fait rêver… surtout sur ces bateaux qui volent. J’espère avoir le gabarit et les compétences qui pourraient intéresser des équipes, et si j’ai une opportunité, c’est vers cela que j’aimerais aller. J’ai envie d’apprendre avec des navigateurs de tous horizons, des gens comme Armel (Le Cléac’h), François (Gabart), qui sont au top dans leur domaine, de découvrir et m’enrichir au maximum.»

Lobert Weymouth 2016Photo @ Jesus Renedo/Sailing Energy/World sailing DR