Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

EN ROUTE POUR RIO (6)

L’avant-Rio avec Mathilde de Kerangat

Avec Aude Compan (49er FX), Mathilde de Kerangat est la benjamine de l’équipe de France olympique. Avant son départ pour Rio et deux sessions d’entraînement sur le plan d’eau des JO, elle nous parle d’elle et du Laser. Une rencontre qui vient en complément de son portrait paru dans Voiles et Voiliers n° 545 actuellement en kiosque.
  • Publié le : 24/06/2016 - 00:01

Mathilde de KerangatPhoto @ Jesus Renedo

Le Laser Radial

«Je fais du Laser Radial depuis neuf ans. C’est exactement la même coque que le Laser Standard utilisé par les garçons. La seule différence provient de la surface de voilure, celle du Radial mesurant 5,70 mètres carrés contre 7,06 pour le Standard. J’ai choisi ce bateau par rapport à mon gabarit, étant grande et plutôt lourde, et aussi car c’était le support olympique. Petite, je rêvais déjà des Jeux et j’avais envie de continuer à barrer. Au début, le bateau ne me séduisait pas plus que ça, mais j’ai appris à l’apprivoiser, et j’ai commencé à l’apprécier au portant, car il procure de bonnes sensations de glisse. Les flottes sont hyperdenses, et au niveau régate, c’est vraiment super !»

 

Stricte monotypie !

«La coque, le mât, la bôme et la voile sont fournis aux Jeux. C’est de la monotypie pure et dure ! On a juste le droit de venir avec notre barre et les bouts (écoute, hale-bas, cunningham, barre d’écoute, palans…). Les compas électroniques ne sont pas autorisés, j’utilise donc un compas à bulle de pont classique. Certaines choisissent de fixer la girouette devant le mât au niveau du vit-de-mulet, mais moi je préfère l’avoir en tête de mât. Je n’aime pas trop l’avoir juste devant le nez. Au vent arrière, c’est un peu faussé, et sur les départs il y a souvent des girouettes qui sont arrachées. Je l’utilise surtout au portant afin de valider les variations de vent.»

Mathilde de KerangatPhoto @ Christophe Breschi

 

La préparation physique

«C’est essentiel en Laser et cela occupe une grande partie de mon emploi du temps. Sur une semaine normale d’entraînement, disons que je fais quatre ou cinq séances de préparation physique. J’alterne la musculation pour avoir de la puissance dans les bras et les jambes pour le rappel, et consolider mes abdos et le dos, puis des séances d’aérobie sur le vélo ou sur le rameur. Je travaille avec un coach physique, François Husson, qui me suit depuis l’époque où je m’entraînais au Pôle France de La Rochelle en Laser.»

 

Mes sparring partners

«C’est Amélie Riou qui est ma partenaire d’entraînement jusqu’aux Jeux. Elle sera donc avec moi sur mes stages à Rio. Sur les sessions au Brésil, je vais forcément aussi m’entraîner avec les étrangères, puisqu’il y a des ‘‘coach regattas’’ mis en place par les entraîneurs nationaux. L’idée, c’est de reproduire des manches ressemblant à celles que l’on aura cet été lors des JO. Mon entraîneur, Xavier Leclair, est arrivé en cours de PO, après les mondiaux de Santander, et nous travaillons ensemble depuis début 2015.»

 

Mathilde de KerangatPhoto @ Franck SochaLe plan d’eau de Rio

«Il est très compliqué, car il y a énormément de paramètres à prendre en compte, comme le vent, les courants, les reliefs… Il faut être à la fois polyvalente et opportuniste, selon que l’on navigue à l’intérieur ou à l’extérieur de la baie. Les premières fois, j’avais du mal à tout appréhender, et pour tout dire, j’étais un peu perdue ! J’avais du mal à hiérarchiser les ordres de priorité… Mais au fur et à mesure, avec le travail que l’on fait avec Xavier Leclair, David Lanier et Paul Iachkine (en charge des études météo et de courant, ndlr), j’arrive de mieux en mieux à comprendre ce qui est vraiment déterminant sur le plan d’eau chaque jour. En décembre dernier, ça allait déjà mieux pendant les régates de préparation. Je compte sur les prochains stages pour parfaire tout cela. Honnêtement, j’aime toutes les conditions. Naturellement, je suis vraiment à l’aise et ce sans effort dans le vent médium 10-15 nœuds ; et qu’importe s’il y a des vagues ou de la mer plate. Je suis aussi à l’aise dans la grosse brise, car j’ai beaucoup travaillé à la fois techniquement et physiquement.»

 

Mes points forts, mes points faibles

«Au niveau de mes points forts, je dirais ma polyvalence technique. J’ai une bonne vitesse dans toutes les conditions. Au niveau mental, c’est ma détermination et ma hargne. Je suis plutôt du genre à ne rien lâcher… En ce qui concerne mes points faibles, c’est mon irrégularité tactique, et je dois encore travailler les départs. Je sais prendre de très bons départs, ce qui me permet de faire de supermanches, mais je peux aussi être en dessous de la ligne et un peu trop timide. Comme les flottes sont denses et compactes, la différence se fait souvent sur les premiers mètres. Je ne prends pas souvent d’OCS ou de BFD (départs anticipés, ndlr), ce qui est peut-être significatif du fait que je ne prends pas assez de risques.»

 

L’équipe de France

«Comme tout le monde, je ressens aussi cette bonne complicité en équipe de France. J’avais déjà connu un peu la vie dans une équipe lors de la dernière PO de Londres, puisque je m’entraînais avec Sarah (Steyaert) et Sophie (de Turckheim), et à cette époque, je n’avais pas trop conscience de l’importance de me sentir bien intégrée. Là, tout le monde est à l’écoute, prêt à me donner des conseils. C’est à la fois agréable et rassurant. Au niveau tactique par exemple, ‘‘JB’’ (Bernaz, ndlr) me donne régulièrement des conseils. Nous échangeons souvent après les régates, même si cela varie d’un rond sur l’autre et d’une manche à l’autre. Pour moi, c’est très enrichissant, car cela me permet d’avoir un œil extérieur très avisé – il est vraiment dans les tous meilleurs mondiaux !»

Mathilde de KerangatPhoto @ Christophe Launay

Les sponsors

«J’ai un contrat d’image depuis 2015 avec une entreprise – le groupe Cardinal (spécialisé dans l’immobilier, ndlr) – dans le cadre du pacte de performance mis en place par le gouvernement. C’est Thierry Braillard, le ministre des Sports, qui me l’a proposé directement, sachant que j’avais un Master de droit. Outre la FFVoile, j’ai aussi des aides du département de la Charente-Maritime. Bref, je n’ai pas à me plaindre.»

 

L’après-Rio

«Pour l’instant, mon unique priorité, ce sont les Jeux ! Je ne me projette pas après. Déjà que j’ai du mal à faire autre chose ! Je verrai en septembre. Une préparation olympique, c’est génial mais c’est aussi beaucoup d’abnégation. J’ai bien envie de refaire du match-race. J’envisage aussi de reprendre mes études de droit, faire un Master 2 et intégrer l’école d’avocat.»