Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

Mondial ISAF à Perth – JO 2012 – Laser

Jean-Baptiste Bernaz : «Des gens comme moi, il y en a dix !»

  • Publié le : 04/01/2012 - 00:02

Jean-Baptiste Bernaz, 12e à PerthEn Laser, le Mondial à Perth a été un peu moins venté que ce qu'attendaient les concurrents ; Jean-Baptiste Bernaz en termine 12e, malheureusement sorti de Medal Race à sa veille, après deux manches compliquées.Photo @ Richard Langdon Ocean Images / Perth 2011
En Laser, le niveau international est d’une densité telle que performer dans cette série est toujours compliqué. Jean-Baptiste Bernaz, 12e du mondial après un début de championnat impeccable, nous explique ça.
 

Benjamin talentueuxHuitième des Jeux de Pékin à tout juste 21 ans, Jean-Baptiste Bernaz compte bien sur cette première expérience et son gain de maturité pour performer à Weymouth.Photo @ Jean-Marie Liot FFV / DPPIv&v.com : Tu as fait un mondial plutôt positif, somme toute, dans la mesure où ta saison en Laser n’a pas été simple, exact ?
Jean-Baptiste Bernaz :
Le début de saison a été dur, oui, car j’ai eu du mal à me lancer et quand j’ai commencé à remonter la pente, mon retard sur les autres était déjà important. Avant ce mondial, Lionel Pellegrino (mon entraineur) et moi avons pu travailler sur trois mois consécutifs, mais comme je me suis blessé lors du Tes Event de Weymouth, on a quand même engrangé du retard sur la préparation du mondial que l’on avait imaginée.

v&v.com : Tu t’es blessé ?
J-B.B. :
Oui, une blessure au dos, inévitable dans le sens où elle est due à l’usure. En conséquence, j’ai dû travailler différemment en kiné, en préparation physique et sur l’eau, car j’ai dû changer ma posture de rappel. Mais pour le mondial, cela a été une bonne chose au final, car ce contretemps nous a empêchés de me typer et on a visé sur la polyvalence.

v&v.com : Oui, tout le monde attendait du vent sur ce mondial à Perth, donc s’est efforcé de prendre du poids…
J-B.B. : Oui, beaucoup ont choisi de prendre du poids, mais manque de pot, on a pas eu du vent tous les jours. On était au rappel, oui, mais les conditions n’étaient pas extrêmes.

v&v.com : Par ailleurs, les concurrents ont choisi de prendre du poids pour ce mondial parce qu’ils veulent de toute façon augmenter leurs gabarits pour les Jeux de cet été, le plan d’eau de Weymouth ayant la réputation d’être physique : c’est ce que tu vas faite ?
J-B.B. : Non. On va faire le même pari de la polyvalence. L’année dernière à Weymouth, on a eu une journée de molle sur les six de course. Sur cette journée, l’Australien Tom Slingsby a manqué de perdre sa médaille parce qu’il prend 40 points dans la journée. Se typer, pour moi cela reste dangereux.

v&v.com : Est-ce que ce danger vient du fait que l’on n’est jamais certain de la météo ? Ou plus encore parce que lorsqu’un athlète n’est pas dans son poids de forme, il se retrouve à être moins performant parce que ses repères kinesthésiques sont perturbés ?
J-B.B. : Pour moi, c’est les deux. Cet hiver, j’ai essayé de prendre du poids. J’avais envie d’en prendre en début de saison pour essayer d’en perdre avant l’été pour être plus à l’aise ; et j’ai eu vachement de mal à le perdre (rires), donc au final, je n’étais pas plus à l’aise. Pour ce qui est de la météo, faut être clair : chaque fois que l’on essaie de faire une prévision, elle s’avère fausse. Même à Qingdao, aux Jeux en 2008, on s’est retrouvé avec de l’air !

v&v.com : Sur une saison, tes résultats en Laser sont souvent assez irréguliers, ce qui gêne certaines personnes… Comment tu te justifies, toi ?
J-B.B. : Quand je suis allé aux Jeux en 2008, à l’époque tu m’avais donné un 2/10 comme chance de médaille dans Voiles et Voiliers. C’est symbolique, mais à vrai dire tu ne t’étais pas complètement trompée : je suis arrivé là-bas sans beaucoup d’expérience et j’ai terminé 8e. Les quatre années qui ont suivi, on les a construites en fonction de ça : d’abord monter mon niveau de jeu général, ensuite faire en sorte de faire des performances de plus en plus régulièrement. Ma grande force, à l’origine, c’est de pouvoir être prêt à un moment clé ; on a travaillé là-dessus de manière à multiplier ces moments. En 2010, j’ai ainsi couru toutes les semaines olympiques en finissant chaque fois en Medal Race ; cette saison, je voulais disputer moins d’épreuves, mais multiplier les podiums… Et je suis passé un peu à côté.

v&v.com : A cause de ta blessure ?
J-B.B. : Non, non, cela n’a rien à voir car je me suis blessé en fin de saison. Parce qu’on est passé à côté de certains détails, que l’on s’est trop renfermés sur nous-mêmes, que l’on n’a pas fait appel à suffisamment d’intervenants extérieurs… On s’est un peu perdus.

Petit temps d"abord...Servi par un excellent toucher de barre et un petit gabarit - Bernaz n"avait pas terminé sa croissance lorsqu"il a atteint son niveau international -, le Laseriste français a d"abord excellé en petit temps, avant de travailler afin de gagner en polyvalence. Son résultat sur le mondial confirme cette nouvelle spécificité.Photo @ Jean-Marie Liot FFV / DPPI

v&v.com : Tu as un partenaire d’entraînement ?
J-B.B. : Le principe, c’est de changer souvent de groupe et de faire tourner. Je m’entraîne souvent avec les étrangers et pas toujours les mêmes. En début de PO, on a essayé de faire monter le niveau général des Français pour s’appuyer sur eux aussi.

v&v.com : Le problème étant qu’il manque un peu en Laser de bons coureurs français ?
J-B.B. : Il y en a de bons, mais ils manquent de polyvalence. Dans chaque type de conditions, on peut trouver un Français qui compte parmi les meilleurs mondiaux ; mais t’en n’as pas un qui sait tout faire. Alors on essaie de tourner, sachant que tous n’ont pas envie d’être le partenaire d’entraînement d’une PO.

v&v.com : Dans ce contexte, Félix Pruvot, suspendu à cause d’une affaire de dopage compliquée (il n’a jamais été contrôlé positivement, mais a manqué trois contrôles successifs, ndr), a dû te manquer ?
J-B.B. : Félix a très bien joué son rôle jusqu’à qu’il ait sa suspension. Il a toujours été un super partenaire en préparation physique et s’est toujours défoncé sur les stages de regroupement, parce qu’il est toujours à fond. Mais lorsqu’il a eu sa suspension, c’est devenu plus compliqué pour lui, notamment parce qu’il a commencé à penser à sa reconversion professionnelle. (Félix Pruvot, sélectionné aux JO d’Athènes en 2004, a terminé 15e en Laser, ndr.)

v&v.com : On dit souvent qu’en Laser, le niveau extrêmement dense rend difficile le fait de performer régulièrement. Comment tu expliques cela ?
J-B.B. : (Rires.) Je pense que le podium est aussi difficile à décrocher dans toutes les séries, oui. En Laser, il y a une grosse densité de niveau parce que le bateau est très accessible pour tout le monde. Des gens comme moi, il y en a dix. Des gens comme le mec qui est un poil moins bon que moi, y’en a dix. Et des meilleurs que moi, y’en a dix aussi. Et là, ça fait déjà trente bateaux. Donc c’est clair que quand on passe à côté d’un championnat, on se retrouve carrément dans un rond argent. Dans les autres séries, on ne recule peut-être pas autant… Je n’ai pas fait d’autres séries, mais cette particularité du Laser est un peu frustrante, c’est certain.

v&v.com : Dans ce contexte, comment peux-tu faire ton calcul pour les Jeux ?
J-B.B. : L’Australien, dès qu’il y a du vent, c’est clair qu’il est un cran au-dessus ; après, dès que c’est mou, il n’est vraiment pas bon. En dehors de ça, je ne crois pas qu’il y ait de pronostic à faire. Si on avait une météo, peut-être… Encore que les gens auraient le temps de se typer.

 

N°492...........
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«Avec Perth et fracas», publié dans le numéro de février de Voiles et Voiliers (n°492), en kiosque dès le 20 janvier.

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