Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

Mondial ISAF à Perth – JO 2012 – Match-race

Claire Leroy : «Il faut absolument repenser notre sport»

  • Publié le : 09/01/2012 - 00:04

Médaille de bronze pour la FranceEn décrochant la 3e place à Perth derrière les Américaines et les Anglaises, l"équipage de Claire Leroy est le seul à ramener une médaille. De gauche à droite, Elodie Betrand, Marie Riou et Claire Leroy.Photo @ Richard Langdon Ocean Images / Perth 2011
En match-race, Claire Leroy, Marie Riou et Elodie Bertrand ont décroché le seul podium des derniers mondiaux de Perth et comptent parmi nos meilleures chances de médaille olympique, l’été prochain, alors que leur discipline va disparaître des JO. Bilan et coup de gueule.


Claire LeroyNuméro 1 mondial du match-race féminin pendant des années, Claire Leroy a longtemps œuvré au sein de l"ISAF pour que sa discipline devienne olympique. La décision prise l"année dernière de l"écarter des Jeux de 2016 est incompréhensible pour elle, qui juge que les athlètes élus pensent trop à leurs propres carrières de sportifs et pas suffisamment à l"avenir de leur sport.Photo @ Jean-Marie Liot FFV / DPPIv&v.com : Alors que ton équipage est le seul à décrocher un podium sur le mondial à Perth où les résultats ont été jugés décevants par le DTN, comment voyez-vous les choses ?
Claire Leroy :
Nous, on est super contentes de notre résultats, sachant que l’année a été dure pour nous et a réclamé que l’on se batte tout le temps pour rester au niveau. Elodie Bertrand ayant été malade pendant plusieurs mois, c’est Claire Pruvot qui l’a brillamment remplacée à son poste de régleuse. Mais parce qu’à un moment donné on a enchaîné les places de 4, les gens ont dit que l’on y était abonné… Il fallait garder du recul par rapport à ça : oui, on était à la 4e place, mais systématiquement en demi-finale. On ne s’en est pas satisfait non plus, mais une cohésion d’équipage ne se reconstruit pas d’un claquement de doigt et on s’est vraiment battu pour y parvenir. Même si cela ne s’est pas vu sur le résultat du Test Event, on était parvenu au niveau nécessaire pour gagner. Elodie a repris ensuite.

v&v.com : Est-ce que les résultats des autres séries vous affectent d’une manière ou d’une autre ?
C.L. : On aurait forcément aimé partager ce moment avec d’autres… Mais les sélections qui se jouaient ont un peu changé la donne. Aujourd’hui, les résultats des Français ne sont pas catastrophiques, ils ne sont simplement pas à la hauteur de nos espérances. Je pense qu’on a encore besoin d’une mise en confiance, d’un peu de mental. De pouvoir se dire "On est capables de gagner des médailles" et de sentir qu’il y a une âme dans cette Equipe de France… Ce truc quand il y en a un qui commence à gagner et emmène tout le monde avec lui ! Aujourd’hui, cela n’existe pas vraiment. La force de notre équipage est d’être déjà une équipe en soi, à nous quatre filles, notre entraîneur Benjamin Bonnaud et Philippe Gomez (expert en règles de course, ndr) ; cette équipe nous tire vers le haut et l’on sait que l’on peut gagner.

v&v.com : L’esprit d’équipe peut-il jouer dans une victoire ?
C.L. : On était certainement moins prêtes que l’Anglais et l’Américaine, mais peut-être que ça aurait pu passer. On aurait peut-être pu tirer davantage, portées par la solidarité de l’Equipe de France… Ça aurait pu passer, sur des encouragements ou j’en sais rien. Parfois, tu es capable de te transcender sur un seul mot.

v&v.com : Quels sont vos points forts, vos points faibles ?
C.L. : Quand les conditions sont instables, on peut être très très fortes, car notre capacité de lecture du plan d’eau est supérieure, Marie étant une très bonne tacticienne, Elodie et Claire de bonnes régleuses. Le bateau va vite dans toutes les conditions et on est capables de s’adapter très vite aux changements de conditions. Sur le plan d’eau de Weymouth, cela peut très bien fonctionner. Quand les conditions sont plus stables, on est un peu moins performantes et entre les Anglaises, les Américaines et nous, cela ne tient pas à grand chose.

v&v.com : Le styles des Américaines est très physique, beaucoup plus que le vôtre : cela ne joue-t-il pas aussi ?
C.L. : En tout cas, nous sommes aujourd’hui très rapides dans la brise. Même si on sait que l’on a encore à gagner sur le plan physique – mais cela n’a rien à voir avec il y a un an. En six mois, on n’arrivera pas au niveau d’Anna Tunnicliffe, mais probablement à celui de ses équipières. C’est clair que pour nous, cela a été un peu la découverte de repasser du quillard au dériveur… Et de redévelopper toutes les qualités que tu as oubliées depuis tes 18 ans. (Rires.) Il nous reste six mois de travail. Par ailleurs, on sait que les Jeux sont une épreuve très longue, sur 15 jours, que tu termines forcément à bout de souffle. L’endurance est à travailler pour garder sa lucidité jusqu’au bout.

Round-robin, casse-têteSorties largement en tête des round-robin, les Françaises ne terminent hélas que 3e du mondial à Perth. Deux faits qui sont sans rapport l"un avec l"autre, explique la barreuse ; la réalité est plutôt que sur les 15 jours que dure l"épreuve, les conditions de vent sont très diverses et favorisent plus ou moins les équipages. Photo @ Richard Langdon Ocean Images / Perth 2011

v&v.com : La médaille d’or en match-race va donc bien se jouer entre les Anglaises, les Américaines et vous ?
C.L. : Oui. Techniquement en match-racing pur, il est clair que ces équipages sont un cran au-dessus. Après, il y a un paquet d’outsiders dont il faut se méfier, d’autant qu’elles n’ont rien à perdre : les Russes, les Australiennes, les Finlandaises, les Espagnoles.

v&v.com : Comment vis-tu l’éviction du match-race pour les Jeux de 2016 ?
C.L. : (Soupir.) Ça n’a pas de sens pour moi. Je ne comprends pas une décision politique qui juge la pertinence d’un événement avant même qu’il se soit déroulé… Surtout quand le match-race a été la seule épreuve retransmise en direct depuis l’Australie.

v&v.com : Quand est-ce que tu as compris que le statut olympique du match-race était menacé ?
C.L. : Je crois que le dossier du match-race olympique n’a jamais complètement séduit les organisateurs des semaines olympiques et qu’ils ont fait un gros travail de sape. On a compris à peu près trois mois avant la décision que cela allait être compliqué. On serait resté sur le circuit existant, avec l’Elliott (le bateau choisi pour l’épreuve de de match-race aux Jeux, ndr), on n’en serait pas là aujourd’hui. Pour moi, le choix de l’ISAF est contraire à la situation économique actuelle ainsi qu’au cahier des charges du CIO en terme de médiatisation. Peut-être que cela va dans le sens du rajeunissement des athlètes, mais c’est tout ce que je vois comme argument.

La voie de la médiatisationEn Australie, les épreuves de match-race ont toutes été disputées dans l"avant port ou sous la digue, attirant immanquablement le public. Une organisation dédiée à la diffusion de notre discipline qui aurait très bien pu être reproduite par les autres organisateurs de la Coupe du monde, notamment à Hyères, hélas...Photo @ Richard Langdon Ocean Images / Perth 2011v&v.com : Le choix d’un bateau unique, qui en soit dénature un peu le match-race en plus de nécessiter un investissement de départ, était-il une mauvaise chose ?
C.L. : Effectivement, moi, je n’étais pas en faveur d’un support unique. Par contre, le choix du bateau était très bon, car l’Elliott est un bon bateau, physique, sportif, technique, rapide. Dès que je suis montée dessus, j’ai compris que ce serait un bonheur de naviguer dessus ! Je pense que c’est le meilleur choix qui ait été fait pour les filles depuis bien longtemps. Au final, je trouve donc que l’idée était bonne, parce qu’elle a permis d’organiser un circuit accessible… Mais pour cela, il aurait fallu qu’il y ait une vraie réflexion, plutôt qu’un imbroglio politique. Si l’on avait voulu, on aurait trouvé des solutions : quand tu vois qu’à Hyères, on était au fin fond du port et que le jour des finales, on a couru au large, loin du public installé sur la digue !

v&v.com : On te sent totalement abasourdie…
C.L. : Je trouve ça dommage que le combat se résume à la voile prestige qui reste la course en flotte, et le reste. Sauf qu’avoir dix médailles qui se ressemblent sur la prochaine olympiade, c’est un peu dommage !

v&v.com : Il y aura peut-être le Kite Surf !
C.L. : Sauf que la course en flotte en Kite Surf, cela va être le drame ! Le Kite, c’est super si cela se court comme en gymnastique, avec trois épreuves, rapidité, saut et une autre, tu fais la moyenne et roule ! La course au large devrait aussi être présente – l’idée de faire une épreuve longue de raid sur 24 ou 48 heures, comme un marathon, c’est bien ! Et puis tu mets du match-race et des épreuves simple, double, double homme-femme… Si l’on veut amener de l’intérêt pour la voile, attirer du public, il faut absolument repenser notre sport. Même sur le format : savoir qui va gagner avant que la Medal Race soit courue n’a pas de sens. Pourquoi pas faire un système comme au tennis avec entrée en 32e de finale, puis en 16e… Naviguer en flotte restreinte, puis disputer la finale entre dix bateaux. Il faut évoluer et vivre avec son temps, même si c’est certain que l’on n’est plus sur du yachting et que c’est un choix hyper dur à faire. Moi aussi, j’aime bien la course en flotte ! Mais ce jeu n’a pas l’intensité des autres sports olympiques ! Pourquoi ne pas se dire que la course par équipe a sa place aux Jeux ? Elle serait l’équivalent du relai 4x100 et les quatre meilleures nations la disputeraient ! Il n’y a pas de raison qu’il n’y ait que la course en flotte qui existe. Il faut absolument penser à l’avenir, et pas seulement à sa propre carrière de sportif.

 

N°492...........
> Retrouvez le bilan complet du mondial à Perth dans l'article
«Avec Perth et fracas», publié dans le numéro de février de Voiles et Voiliers (n°492), en kiosque dès le 20 janvier.

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