Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

Qui ira aux Jeux en 2012 ? (2)

Modestes inconnues

Dix séries à Londres et six médailles promises... Philippe Gouard, le DTN qui se retrouve seul sélectionneur pour les Jeux (hum hum), n'a pas intérêt à se planter dans ses choix ! Le compte à rebours vient d'être lancé : dans quatre mois, les athlètes courront la première des cinq épreuves d'observation et dans un an, on connaîtra les noms des sélectionnés... Un joli suspens à supporter, quoique pas fait que d'inconnues.

  • Publié le : 27/12/2010 - 05:48

Vue sur Weymouth Weymouth (au fond à droite), dans le Dorset au Sud de l'Angleterre, a été choisi comme plan d'eau pour les Jeux de Londres : ouvert sur la Manche, il s'avère complet et intéressant. Les Français le trouvent des ressemblances avec celui de Quiberon. Photo © Jean-Marie Liot (FFV) <Aujourd'hui, dans le décompte, on est à un an et demi des Jeux>, croit bon de préciser le DTN Philippe Gouard, afin de montrer que le seul objectif des coureurs doit maintenant être de faire une médaille aux Jeux. D'ici là, chaque série devra avoir obtenu sa qualification* - ce qui ne devrait pas poser de difficultés aux Français -, et la question des sélections individuelles se sera posée.
Dix-huit équipages sont aujourd'hui retenus en équipe de France et en décembre prochain, on dira lesquels dix iront sur le plan d'eau de Weymouth pour les Jeux de Londres** et lesquels seront nommés remplaçants.

Philippe Gouard A 61 ans, Philippe Gouard écrit sa 3e et dernière campagne olympique en tant que DTN... Est-ce là la raison qui l'a poussé à annoncer un objectif de six médailles aux Jeux de Londres ? Photo © Gilles Martin-Raget (FFV) L'enjeu de ces sélections est toujours capital, mais le fait que Philippe Gouard a annoncé six médailles au Ministère lui donne une dimension d'autant plus dramatique. La vache ! Six médailles ! L'objectif ne laisse guère de place aux ratés, mais le DTN se justifie habilement : <Je ne peux pas interdire à quelqu'un de croire en ses chances aux JO, En annonçant six médailles, je nourris l'ambition de mes gars.>
D'aucuns, mois bien intentionnés, croiront nécessaire de préciser que Gouard, qui signe avec Londres sa troisième et dernière olympiade, entend finir sur un coup d'éclat. Pensez ! Deux médailles à Athènes, plus trois à Pékin, plus six à Londres ! <J'aurais pu en annoncer davantage, réplique-t-il non sans provocation, car mes athlètes ont la capacité d'en faire dix ! (C'est pas faux.) Mais l'on m'aurait traité de prétentieux... (Mhmm...) Et puis chacun sait qu'aux Jeux, il n'y a jamais 100 % de succès.> (Vrai.)


Les sélections commencent donc dans quatre mois.
La Semaine olympique française constitue la première épreuve de référence. Suivront la Sail for Gold Regatta disputée en juin sur le plan d'eau des Jeux, le championnat d'Europe d'Helsinki en juillet, le Test Event de Weymouth en août (pour un seul équipage par série) et le championnat du monde ISAF de Perth, en décembre prochain...
On parle bien "d'épreuves de référence", c'est-à-dire d'observation, les sélections mathématiques n'étant plus d'actualité depuis les deux fiascos français successifs d'Atlanta et de Sydney... Dans le système de sélection déjà mis en place à Athènes et Pékin, les résultats sportifs comptent toujours, mais pas exclusivement. L'intérêt est de gommer les éventuels accidents de parcours, de choisir en fonction de la spécificité du plan d'eau olympique... Diverses déclinaisons pour qu'au final, ce soit le potentiel du coureur qui fasse la différence.

"Pas changer, mais évoluer" En 2004 et 2008, Gouard (à gauche) avait décidé de la sélection aux JO avec Claire Fountaine, l'ex directrice des équipes de France, et Henri Bacchini, alors vice-président de la FFV. Alors pourquoi changer un système qui a rapporté cinq médailles ? "Pas changer, mais le faire évoluer", dit le DTN. Photo © Gilles Martin-Raget (FFV) Sont-ce des calculs objectifs ? Jusqu'à présent, la réponse était acceptable : un Comité de sélection, composé de trois personnes - le DTN Gouard, le vice-président de la Fédération Henry Bacchini et la directrice des équipes de France Claire Fountaine - sensées se neutraliser en cas d'aveuglement, se chargeait de ce choix des sélectionnés.

Or pour 2012, la règle n'est plus la même, puisque Philippe Gouard seul est sélectionneur.
Une idée qui en gêne plus d'un. Sur le fond, on s'interroge sur la pertinence de changer un système qui a fait ses preuves (deux médailles à Athènes et trois à Pékin). <Pas le changer, mais le faire évoluer>, explique l'intéressé avant de souligner que s'il est seul à décider, il entend s'entourer d'experts - entraineurs, marins à palmarès de différents horizons, DTN d'autres disciplines - pour s'aider dans sa réflexion. Hélas, tous ne se satisferont pas de cette réponse, tout exercice d'un pouvoir absolu rebutant culturellement les Français...

Depuis deux saisons qu'il est seul aux manettes, on ne peut pourtant guère reprocher à Gouard d'avoir provoqué une baisse des résultats de nos coureurs... Evidemment, c'est d'abord aux coureurs eux-mêmes que l'on doit ces succès. Mais en second lieu, il faut bien reconnaître que c'est Gouard qui a su leur assurer les meilleures conditions pour réussir.
L'autre fait est que, depuis dix ans qu'il est en poste, Gouard connaît très bien la plupart de ses coureurs qui, en quelque sorte, ont grandi et progressé en même temps que lui. De surcroît, le DTN se déplace souvent, va sur l'eau, observe et écoute... S'il loue parfois l'un ou l'autre, c'est en connaisseur, à propos d'un style, d'une technique ou d'un joli coup, et non par favoritisme. Gouard n'a pas de licence FFV, n'est rattaché à aucun club, ne milite pour aucune région, n'affiche aucune préférence... Les athlètes eux-mêmes, interrogés sur ce sujet, affichent confiance et sérénité - qu'ils aient été ou non précédemment sélectionnés pour Athènes ou Pékin.


Par ailleurs, quel intérêt aurait le DTN à ne pas sélectionner les bons coureurs ?
Gouard recherche les meilleurs sur le papier et aussi par leur attitude, leur capacité à se dépasser, voire se transcender sur un événement. Car Gouard veut des médailles, des médailles difficiles, parce que glanées sur un plan d'eau où les Anglais seront chez eux, et où les Français ne seront pas ménagés.

S'il y avait une mise en garde à faire au DTN, ce serait à mon sens plutôt de se méfier de vouloir trop bien faire. Que veut-il arrondir les angles d'un processus - les sélections qui, si elles ont pu être rocambolesques, n'ont jamais été tendres - en cherchant la caution d'"experts" ? Le risque de méjuger, pour des personnes extérieures qui n'ont pas la même maîtrise du sujet, n'est-il pas plus grand encore ? Attention à ce que les sélections olympiques ne deviennent un concours de télé-réalité !

Enfin, le débat n'est pas si grave que ça, dans la mesure où - hélas - au moins quatre des dix séries engagées pour les Jeux ne comptent plus qu'un équipage "vaillant". (Voir le précédent article sur ce sujet : <Qui ira aux Jeux en 2012 (1) : La grande équation>, paru mercredi dernier et visible ici.)
Ainsi, si la superstition et/ou la raison (le pire peut toujours arriver), l'égard (une sélection doit conforter l'athlète dans l'idée qu'il l'a gagnée et méritée et ne doit pas dégoûter ses partenaires de continuer) et le cadre légal (le CNOSF seul est habilité à officialiser une sélection) interdisent de les proclamer déjà, il est quasiment fait que seront aux Jeux : Bontemps en planche, Bernaz en Laser, l'équipage de Leroy en match-race et Dyen-Christidis en 49er.
Le suspens en planche femmes et en Star n'est pas très intense non plus. En revanche, de gros dilemmes vont certainement se poser en Finn où deux coureurs progressent au coude à coude et en Laser Radial et 470 hommes et femmes, où les équipages sont très performants et intéressants pour des raisons différentes.

La grande équation qui préside aux sélections olympiques pour 2012 n'est donc pas si compliquée, nos meilleurs coureurs ayant gagné en maturité et ainsi accru leur avance sur les plus jeunes... Les seules inconnues restantes concernent les séries où l'écart de niveau entre générations a pu être comblé.

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En voile, toutes les nations ne sont pas représentées aux Jeux, car il existe des quotats par série. Seules les X meilleures décrochent leur ticket. Le pays organisateur est quant à lui exempt de cette sélection.

** Les futurs sélectionnés olympiques peuvent être choisis dans les Groupe France ou Groupe France Espoirs, mais cela reste peu probable, les athlètes étant aujourd'hui retenus en équipe de France affichant une avance certaine sur les autres. Le Groupe France Espoir est constitué d'athlètes plus jeunes qui préparent déjà les Jeux de 2016, tandis que le Groupe France, adossé à l'équipe de France pour l'année 2011, regroupe les athlètes en phase de transition, dont la valeur sportive se trouve entre les deux autres pools.