Les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro se sont achevés le 21 août 2016 et pour une fois les voileux ont pleinement été associés à la fête puisque les régates se sont déroulés dans la baie. Les véliplanchistes français, Charline Picon et Pierre Le Coq, se sont distingués en obtenant respectivement l'or et le bronze dans la catégorie RS:X. Camille Lecointre et Hélène Defrance ont, quant à elles, ramené le bronze en 470.

Actualité à la Hune

SOF – La Rochelle 2013

Mais qu’est-ce qu’on va faire de Cammas ?!

  • Publié le : 16/10/2013 - 00:11

Cammas et de Turckheim, titrés en Nacra 17«Avec Franck, nous n'avons même pas parlé de nos objectifs. De toute façon, c'est assez simple : il veut toujours gagner», s'amusait Sophie de Turckheim à la veille du championnat. Quelques jours plus tard, l'équipage remporte l'épreuve et le titre français en Nacra 17.Photo @ Thom Touw FFV

Profitant de la SOF de La Rochelle, Franck Cammas et Sophie de Turckheim ont glané le titre de champions de France de Nacra 17. Un troisième pour l’invraisemblable Cammas ! Bilan de l’épreuve en cinq points.

 

1. Le Semaine Olympique Française, elle ne se court pas à Hyères ?
Non, la SOF à Hyères, c’est fini… En fait, l’épreuve varoise organisée depuis 45 ans n’a pas disparu mais a été rebaptisée «World Cup» depuis qu’elle fait partie des cinq majeures qui constituent le circuit mondial. Elle a donc toujours lieu la dernière semaine d’avril, dans la baie des Îles d’Or.
Le nom de «Semaine Olympique Française» a en revanche été transmis à la nouvelle semaine olympique organisée à La Rochelle, courant octobre. Cette dernière clôture la saison du circuit européen, dit «Eurosaf» du nom de la fédération européenne, qui regroupe cinq épreuves moins cotées : celles du Lac de Garde (Fraglia Vela Riva, mi mai), de Medemblik (Delta Lloyd Regatta, fin mai), de Weymouth (Sail for Gold, mi juin), de Kiel (Kieler Woche, fin juin) et Semaine Olympique Française (co-organisée par la FFV et la SRR).

 

Sans fauteLa flotte des 49er FX comptait parmi les plus réduites de cette SOF de La Rochelle, mais les Françaises n'ont pas renié ce nouvel entrainement. Sarah Steyaert et Julie Bossard, récentes 3e sur le championnat du monde, ont confirmé leur avance en faisant un sans-faute.Photo @ Christophe Breschi FFV

 

2. Peut-on parler de succès international ?
Pas exactement. Sur l’ensemble des dix séries, 234 équipages étaient dénombrés – dont près de 40% de français – et il n’y a qu’en Laser où le nombre d’inscrits dépassait 40. Placée tard dans la saison, après la majorité des championnats du monde et épreuves majeures, la SOF a donc attiré peu de monde… La situation économique dégradée a probablement joué elle aussi dans ce peu d’engouement : le temps des grandes tournées européennes qui duraient trois à six mois n’est plus. Et puis, cette régate est une création de cette année qui a peut-être souffert d’un manque de communication à son égard, même si les coureurs français se sont démenés pour y attirer du monde.
Du reste, les autres épreuves Eurosaf n’ont pas non plus rencontré un franc succès. Le circuit a de toute façon été lancé sur la base de régates de grades 2 ou 3, dont la fréquentation était, ou était devenue, faible. Au Lac de Garde, les coureurs ont toujours été rares ; la grandeur de Kiel s’est étiolée il y a une dizaine d’année, alors que celle de Medemblik s’est essoufflée au début de la crise ; quant à la semaine de Weymouth, elle a logiquement connu ses dernières heures de gloire en 2012, quelques semaines avant que la campagne olympique se déplace de Grande-Bretagne vers le Brésil. En 2013, rares restent les coureurs à avoir pris part à plus de deux de ces épreuves, mais les choses pourraient changer la saison prochaine, qui sait ? Il suffit parfois d’un bel enchainement de régates pour que la mouvance prenne… La prochaine édition rochelaise se courra moins d’un mois après les mondiaux ISAF de Santander, qualificatifs aux Jeux : à voir, donc.

 

Spectacle à vueCourues à quelques mètres du rivage, les Medal Races étaient quasiment au cœur de la ville ! Et pour les 470 hommes, cela signifie une séance ambiance match-race.Photo @ Thom Touw FFV

 

3. Peut-on parler de succès national ?
Paradoxalement, oui ! D’abord parce qu’avec la World Cup d’Hyères et la Semaine Olympique de La Rochelle, la France est le seul pays à organiser deux épreuves de niveau international et qu’elle a été à la hauteur ! Ensuite parce que les coureurs français sont venus en nombre à la SOF – 90 équipages en tout, y compris parmi ceux qui ne font pas partie du gotha de l’équipe de France. Et pour cause : c’est sur cette épreuve que la FFV a (re)lancé les championnats de France des séries olympiques, dits "Élite". Emmanuel Dyen, titré en 49er aux côtés de Stéphane Christidis, se fait le porte-parole de l’initiative : «Ça fait peut-être dix ans que ce titre n’avait plus été décerné, donc c’est sympa de l’ajouter sur un palmarès. Moi, j’en ai eu un paquet, en 420, en 470 et en 49er. C’est surtout bien pour nos clubs. C’est très important pour le classement des clubs. Jusque là, tant qu’il n’y avait pas de titre de France des séries olympiques, on ne rapportait pas de points à nos clubs. C’est la première fois en huit ans que je vais rapporter des points à mon club, donc je suis très content.»

 

Jeune graineAlors que la flotte de Laser Radial est clairsemée (les meilleures ne sont pas rentrées de Chine où s'est récemment couru le mondial), Marie Barrue a confirmé le potentiel qu'elle montre depuis quelques mois en s'imposant le dernier jour.Photo @ Christophe Breschi FFV

 

4. Quels noms retenir ?
Tous ceux des champions de France, avant tout ! Eugénie Ricard, en planche RS:X, qui prend la 3e place de l’épreuve et s’impose parmi les Françaises, notamment devant Charline Picon. Julien Bontemps, son homologue chez les garçons, est 2e au classement général. La jeune Marie Barrue qui prend la première place d’une flotte de Laser Radial réduite, en l’absence des cadors récemment engagés sur le mondial en Chine, et décroche le titre. Jean-Baptiste Bernaz, 11e au général Laser, termine loin devant ses concurrents français. Jonathan Lobert termine 4e chez les Finn, deux places devant Thomas Le Breton. Désormais séparée de Mathilde Géron, Camille Lecointre est titrée en 470 féminin aux côtés d’Hélène Defrance, l’ex équipière d’Emmanuelle Rol ; elles sont 2e au général. Après une âpre bataille, Pierre Leboucher et Nicolas Le Berre s’imposent devant Sofian Bouvet et Jérémie Mion, alors que Nicolas Charbonnier, nouvellement associé à Sébastien Durand – mais peut-être pas encore définitivement, termine 4e chez les hommes. En 49er FX, Sarah Steyaert et Julie Bossard surfent sur leur succès du mondial et font un quasi sans faute. En 49er, ce sont donc Emmanuel Dyen et Stéphane Christidis qui s’illustrent au général et parmi les Français. En Nacra 17, Franck Cammas et Sophie de Turckheim gagnent l’épreuve sur les derniers jours et empochent le titre français devant les champions du monde Billy Besson et Marie Riou et vice-champions d’Europe Moana Vaireaux et Manon Audinet.

 

Déficit... ?!En dehors d'une World Cup de Hyères écourtée et d'un Européen, Franck Cammas et Sophie de Turckheim ont peu navigué en Nacra 17, cette année... Autant dire que l'hiver prochain, où ils seront cette fois à fond dans leur PO, risque de faire mal à la concurrence.Photo @ Christophe Breschi FFV

 

5. Mais qu’est-ce qu’on va faire de Cammas ?!
En plus de sa victoire sur le TFV et sur le championnat du monde de Class C, Franck Cammas cumule donc à La Rochelle un 3e titre français pour cette année, après celui de match-race et de course au large en équipage. En clair, tout le monde en reste baba. Cette SOF-là n’était certes par l’épreuve la plus ardue de la saison, mais tous les Français étaient là en Nacra 17, ce qui constitue déjà le gros de la concurrence internationale !
«C’est notre première victoire sur une épreuve en Nacra. Ça compte, s’enthousiasme le barreur. Si on est capables de gagner une fois, on est capables de gagner d’autres fois (Rires). C’est déjà bon signe.» Si Franck Cammas et son équipière Sophie de Turckheim naviguent beaucoup à l’année, l’entrainement spécifique en Nacra 17 leur a en effet manqué jusqu’ici, comparativement à leurs adversaires – comme le souligne le dessalage subi le 2e jour et drôlement médiatisé –, d’autres projets les accaparant par ailleurs. Ainsi la brise, technique sur ce nouveau catamaran casse-gueule, leur a un peu posé problème, mais les conditions plus légères dans lesquelles ils sont revenus en fin de semaine jusqu’à s’imposer comptent déjà parmi leurs principaux atouts. Le potentiel est là, l’effet Cammas impressionnant.
«Nous sommes encore loin de tirer le maximum du Nacra 17 qui est un bateau très exigeant, très technique, confirme l’intéressé. On perd encore beaucoup de terrain sur les départs, les manœuvres et dans les transitions. Il faut que l'on réussisse à bien manœuvrer tout en regardant le plan d'eau autour de nous. Par contre, sur les lignes droites, on a bien trouvé le fonctionnement du bateau et on va assez vite. C'est pour cela que l'on va aller s'entrainer au Maroc cet hiver avec l'équipe de France.» Les choses sérieuses de la PO commencent donc vraiment maintenant, pour cet équipage… Et la prochaine saison olympique devrait s’annoncer passionnante. D’ici là et pour répondre à la question, Cammas, on le garde !