Actualité à la Hune

Naufrage du 60 IMOCA Cheminées Poujoulat

Bernard Stamm : «Le bateau s’est cassé en deux…»

Bernard Stamm et Damien Guillou ont été récupérés par un cargo norvégien lundi vers 7h30, à 180 Milles au large de Brest alors qu’ils ramenaient Cheminées Poujoulat des Açores. Les deux hommes ont vu le monocoque Imoca se briser en deux, puis lentement couler et ils ne doivent leur survie qu’à l’efficacité de l’équipage du cargo MV Star Isfjord qui doit arriver ce mercredi soir à Rotterdam.
  • Publié le : 25/12/2013 - 12:09

Cheminées Poujoulat (Bernard Stamm) dans la plumeCheminées Poujoulat avait déjà connu des problèmes structurels lors de la Transat Jacques Vabre 2011 : Bernard Stamm et Jean-François Cuzon furent hélitreuillés et le bateau à moitié coulé, pris en remorque jusqu’aux Açores.Photo @ Thierry Martinez Sea & Co / Cheminées Poujoulat

Météo : carte du lundi 23 décembre à 7 heuresMétéo : carte du lundi 23 décembre à 7 heures.Photo @ eart.nullschool.net«Damien et moi, nous nous trouvions à 200 milles de la pointe de Cornouailles et à 180 nautiques de Brest. Nous étions un peu devant le front, au portant. Il y avait entre 43 et 45 nœuds de vent établis, mais c'était maniable. Nous nous étions préparés à ce coup de vent. La preuve, nous étions sous tourmentin, avec quatre ris dans la grand-voile. En clair, nous avions vraiment le frein à main tiré, mais dans une vague, le bateau s'est cassé en deux, juste devant les dérives. Le mât n'est pas tombé immédiatement. Nous avons rapidement fermé toutes les cloisons étanches du bateau puis l'espar a chuté par l'arrière. Très vite, nous avons demandé de l'aide puis organisé la survie à bord.

Nous nous sommes alors préparés à quitter le bateau. La mer était grosse alors nous avons essayé d'évaluer le risque de dégradation de Cheminées Poujoulat. Avec Damien, nous avons tenté de désolidariser le mât du 60 pieds mais nous n'avons pas réussi. C'était vraiment trop dangereux. Toutefois, nous sommes parvenus à faire en sorte qu'il plonge un peu dans l'eau et qu'il arrête de taper méchamment contre la coque. Dans la foulée, à l'intérieur, nous avons réuni le matériel de survie. Clairement, nous ne savions pas trop jusqu'à quand le bateau allait flotter.

Bernard StammA l’arrivée à Itajai en novembre dernier avec son co-équipier, Philippe Legros, Bernard Stamm avait fini quatrième à une demi journée du vainqueur PRB.Photo @ Cheminées Poujoulat

Un Falcon 50 de la base de l'aéronautique navale de Hyères est arrivé sur zone vers 23h30 après un ravitaillement à Bordeaux. Il a coordonné le sauvetage avant d'être relayé par un avion de patrouille maritime aux alentours de 6h du matin lundi. Entre temps, un hélitreuillage par un hélicoptère de sauvetage britannique de type Sea King a été tenté. Ce dernier nous a demandé de mettre à l'eau un bib (radeau de survie) afin qu'un plongeur puisse nous récupérer. C'est ce que nous avons fait mais Damien et moi n'avons jamais réussi à nous éloigner du bateau. C'était super dangereux car ça nous faisait taper vers l'étrave cassée. Finalement, nous avons été obligés de remonter à bord de Cheminées Poujoulat en laissant dans le radeau de sauvetage la quasi-totalité de notre eau, le bidon de survie, le téléphone, les fusées…  En somme, à ce moment là, nous avons grillé une grosse de nos cartouches…
Les sauveteurs nous ont proposé de nager pour tenter de nous récupérer directement dans l'eau. Malheureusement, cela n'a pas marché non plus. Pire même, puisque j'ai eu énormément de mal à remonter sur le bateau ensuite. D'ailleurs là, pour moi, ça a véritablement été un gros choc. Après ça, comme nous n'avions plus accès à la soute à voiles où était stocké notre deuxième bib, cinq autres ont été largués par l'avion mais tous sont tombés trop loin de nous.
Puis, le cargo est arrivé et a manœuvré pour se mettre à nos côtés. Un filin nous a été lancé mais l'opération a manqué de nous faire écraser contre le cargo et pendant ce temps-là, Cheminées Poujoulat continuait à couler. L'équipage nous a balancé un nouveau filin alors que nous nous trouvions le long de la moitié arrière du cargo, débout sur le balcon arrière : nous avons réussi à l'attraper et à bloquer le 60 pieds. L’équipage nous a ensuite descendu une corde mais nous nous sommes faits arrachés et cognés violemment sur la casquette.

Figaro 2013 : vague à l"âmeDamien Guillou, Figariste depuis trois saisons, connaissait bien le monocoque Imoca puisqu’il l’avait préparé pour la Transat Jacques Vabre.Photo @ Alexis Courcoux La Solitaire du Figaro

Damien s'est fait stopper net mais moi j'ai fait 80 mètres dans l'eau, parfois en buvant la tasse, jusqu'à ce que je parvienne à récupérer le filet. Damien nageait à côté du cargo et grâce à une bouée couronne dans laquelle il avait pu se mettre, il a pu attraper le filet à son tour et se tirer d'affaire. C'était vraiment hyper chaud car, comme je l'ai dit, il y avait beaucoup de mer et Cheminées Poujoulat, à ce moment là, était quasiment entièrement sous l'eau. Il ne restait plus qu'une petite partie du pont arrière qui dépassait à la surface et l'étrave qui pendait après les étais. C'est une image vraiment dure pour moi.
L'équipage philippin du cargo MV Star Isfjord qui nous a porté secours en faisant preuve d'une incroyable maitrise, transite actuellement vers les Pays-Bas où nous devrions arriver ce mercredi soir. Je tiens à le remercier chaleureusement ainsi que tous les hommes qui ont participé à cette opération d'envergure. Merci du fond du cœur. »



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Nous reviendrons sur les circonstances de ce naufrage, les raisons pour lesquelles Bernard et Damien étaient là à ce moment-là et les enseignemenrs que l'on peut tirer ce naufrage dans le prochain numéro du mensuel Voiles & Voiliers.

Poujoulat en EspagneBernard Stamm a déjà affronté des tempêtes au moins aussi violentes que celle de la veille de Noël, comme lors du départ du BOC Challenge au large de l’Espagne avec son ancien bateau…Photo @ Velux