jeudi 29 juillet 2010

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Essai voile légère

Le D-One, mieux qu’un «nouveau dériveur»…

L’olympisme, le Laser, le Tornado, le 49er et la Coupe de l’America l’ont gonflé. Après avoir couru parmi l’élite mondiale, Luca Devoti en a eu ras le bol des sadomasochistes et des monomaniaques et a sorti un nouveau dériveur solitaire, moderne, ultra-performant, mais facile : le D-One. Pour reprendre la voile à zéro. Essai publié en complément des six pages magazine du numéro de novembre de Voiles et Voiliers. Présentation à voir en vidéo ici.

  • Par Manon Borsi
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  • Publié le : 16/10/2009 08:08
Même physique, le D-One reste très accessible et devrait facilement séduire les anciens, nostalgiques du dériveur. Même physique, le D-One reste très accessible et devrait facilement séduire les anciens, nostalgiques du dériveur.
Photo © Pierrick Contin
Sans complexe, le D-One – un solitaire ailé de 4,23 mètres dessiné par Phil Morrison, Luca Devoti et Roman Teply, et sorti à la fin de l’été du chantier Devoti Sailing – a été imaginé pour parer au recul subi par la pratique du dériveur ces dernières décennies.
Devoti, son concepteur médaillé d’argent en Finn à Sidney et patron du chantier éponyme spécialisé dans les Melges et les dériveurs, a en effet tiré de sa propre expérience de l’olympisme et de la dernière Coupe, une conclusion sans appel : «L’olympisme est devenu un repère de sadomasochistes monomaniaques et dans la Coupe, il n’y a que des mégalomanes.»
Physique, le D-One se décline en deux versions : GV de 10,30 m2 à l'essai et modèle standard de 11,40 m2 présenté sur cette photo. Physique, le D-One se décline en deux versions : GV de 10,30 m2 à l'essai et modèle standard de 11,40 m2 présenté sur cette photo.
Photo © Pierrick Contin
Programme du D-One. Comprendre que selon lui, la régate de haut niveau est devenue totalement inaccessible au commun des mortels ; alors, pour sauver la mise, mieux vaut repartir de zéro en proposant une combinaison innovante et attractive : le D-One a une carène planante, un gréement harmonieux et puissant, avec gennaker pour le portant, réclame de l'engagement physique, mais reste facile d’accès et d’utilisation. Mais nulle question de trapèze, ni de foils, car l’esprit de ce dériveur est aussi de garder l’authenticité d’un Finn ou d’un Laser – à 46 ans, Devoti s’est effectivement rendu compte qu’il n’est plus aussi agile qu’auparavant.
Essai en règle. Sur le lac de Garde où navigue le D-One, souffle un petit medium de Sud-Ouest, se renforçant dans l’après-midi sans vraiment lever de clapot. J’utilise la "petite" GV – de 10,30 m2 au lieu des 11,40 m2 du modèle standard – développée pour les femmes et les enfants.
Au près. Au près, c’est déjà ambitieux : pesant plus de 70 kilos, mesurant 1,74 mètre et avec quelques restes, je ne chôme pas vraiment au rappel ! Les beaux gabarits – type Finniste – sont manifestement les premiers ciblés et la culotte de rappel est indispensable. Le dériveur est physique !
Au fond du bateau, deux fixations permettent heureusement que les ailes soient plus ou moins sorties selon le poids du barreur... Jambes trop courtes, s’abstenir !
Sur les ailes la position au rappel est néanmoins confortable – leur profil a été inspiré du caisson de Finn – et l’effort au rappel n’est pas douloureux.
Les ailes du D-One peuvent se fixer en deux endroits au choix, selon que le barreur a un plus ou moins gros gabarit. Les ailes du D-One peuvent se fixer en deux endroits au choix, selon que le barreur a un plus ou moins gros gabarit.
Photo © Manon Borsi
La coque, faite de deux peaux de carbone et de Vynilester et ne pesant que 66,80 kilos (!), est un équilibre réussi entre raideur, nervosité et légèreté.
Le pont ouvert, sur une idée de Phil Morrison, mais dont Devoti désapprouve l’esthétique, permet en outre au D-One d’absorber une partie de l’énergie et de légèrement se déformer dans le clapot…
Côté performance, l’équation en est certes moins pertinente, mais le dériveur est aussi beaucoup plus agréable à conduire, affichant tranquillement les 6,8 nœuds au près pour une dizaine de nœuds de vent !
Le cap n’est pas mal non plus : réglages de chariot, de bordure arrière et de cunningham permettent d’adapter le profil de la GV à lattes forcées – la grande GV est en outre cornée. Les bouts du chariot, du hale-bas (à n’utiliser que par fort vent au portant, si le gennaker n’est pas hissé), du cunningham et de réglage de sangle (ce dernier est à rallonger) sont ramenés sur les ailes et sont accessibles au rappel ; la bordure arrière se règle directement sur la bôme et il n’y pas de bordure avant, par souci de simplicité.
La bague de mât du D-One permet de faire les renvois de bouts de réglage par l'intérieur et les cales de Téflon servent au réglage de la quête. Tout comme en Finn ! La bague de mât du D-One permet de faire les renvois de bouts de réglage par l'intérieur et les cales de Téflon servent au réglage de la quête. Tout comme en Finn !
Photo © Manon Borsi
L’ajustement de la quête – grâce à des cales en Téflon placées à l’étambrai comme en Finn et une bague de pied de mât multi positionnable – participe également à l’équilibre du bateau. Au niveau du puits, il est enfin possible de régler la dérive en position plus ou moins avancée, grâce à un profil de Téflon modulable.
Le gréement tout carbone est nerveux, travaillant bien et fouettant au coup de rein.
Au portant. Au portant, le gennaker (asymétrique, nécessairement) se hisse en pompant la drisse située au fond du cockpit et le bout dehors en carbone rétractable sort dans le même élan. Le D-One décolle aussitôt au planning. Son bouchain et sa carène très plate à l’arrière n’y sont pas étrangers : le D-One reste stable et bien dans ses lignes, dépassant la vitesse du vent sans effort. A condition de rester au largue et d’oublier le vent arrière, les 15 m2 du gennaker arrachent !
La carène très plate à l'arrière et le bouchain favorisent le planning. La carène très plate à l'arrière et le bouchain favorisent le planning.
Photo © Pierrick Contin
L’écoute de GV au taquet de sa tourelle et celle continue du gennaker à la main, la navigation paraît très facile. Le dériveur accuse peu d’embardées et la barre reste légère malgré l’accélération. Bien sûr, la forme choisie pour les appendices, étroits et profonds et rappelant ceux des skiffs, participent à ces sensations de qualité.
Le peu d’eau qui entre dans le cockpit s’évacue immédiatement, grâce au tableau arrière ouvert.
Les découpes avant des ailes du D-One ont été pensées pour qu'il soit facile de remonter à bord, après un dessalage. Les découpes avant des ailes du D-One ont été pensées pour qu'il soit facile de remonter à bord, après un dessalage.
Photo © Pierrick Contin
A la manœuvre. Côté manœuvre, la simplification du cockpit et du pont permet de se déplacer aisément…
Mais il faut s’exécuter rapidement et réviser ses enchaînements : GV et gennaker ont suffisamment de volume pour expédier au tapis au moindre retard, au virement comme à l’empannage.
Resaler est par contre un jeu d’enfant : raide, la dérive en carbone permet de faire rapidement revenir le bateau et les découpes des ailes sont pensées pour ne pas gêner la remontée à bord.
Pour le transport, les choses ont aussi été optimisées afin que le D-One puisse être chargé sur le toit d’une voiture : le mât en deux parties, la bôme et les ailes se rangent et se fixent à l’intérieur de son cockpit.
Dériveur solitaire surtoilé, mais facile, le D-One offre pour quelques frais (physiques) un cocktail de sensations ! La balade est fun et Devoti imagine en plus un programme de régates différent de ce qui se trouve aujourd'hui, où un système de rating prenant en compte le niveau de chacun permet de naviguer "à égalité" (voir le détail de cette formule dans l’article magazine.)


 
Les chiffres de Voiles et Voiliers

Prix

> D-One : 10 500 euros (coque, gréement, voiles, mise à l’eau et taud compris).

Caractéristiques techniques comparées


Longueur de coque :
Largeur :
Largeur, ailes déployées au max. :
Voilure au près :
GV :
Gennaker :
Poids :
Matériaux :
Nombre d’équipiers :
Lancement :
Architectes :


Constructeur :
Importateur :
Prix ttc :
D-One
4,23 m
1,49 m
2,30 m
10,30 m2 – 11,40 m2
10,30 m2 – 11,40 m2
15 m2
66,80 kg
carbone et vynilester
1 (à 3)
2009
Phil Morrison
Luca Devoti
Roman Teply
Devoti Sailing
Devoti Sailing
12 500 euros
Laser
4,23 m
1,37 m
-
7,06 m2
7,06 m2
-
83 kg
sandwich
1
1971
Bruce Kirby


Laser Performance
Laser Performance
5 820 euros
Finn
4,50 m
1,51 m
-
10,00 m2
10,00 m2
-
145kg
polyester
1 (ou 2)
1949
Rickard Sarby


multiples
-
environ 16 000 euros

Le D-One est un dériveur solitaire de 4,23 m se situant entre Laser standard et Finn et destiné aux beaux gabarits. Le D-One est un dériveur solitaire de 4,23 m se situant entre Laser standard et Finn et destiné aux beaux gabarits.
Photo © François Chevalier
Nos 3 vitesses cibles
> Au près, par 10 nœuds de vent, avec GV de 10,30m2 : 6,8 nœuds
> Au près, par 12 nœuds de vent, avec GV de 10,30m2 : 6 nœuds
> Au portant, par 10 nœuds de vent, avec GV de 10,30m2 et gennaker de 15 m2 : 11 nœuds
Architectes : Phil Morrison, Luca Devoti, Roman Teply
Constructeur et importateur : Devoti Sailing (Pologne et République Tchèque), www.devotisailing.com
Conditions de l’essai
2 jours au Lac de Garde (Italie).
Vent de Sud-Ouest subissant les effets de site, 8 à 12 nœuds, eau plate.
Points forts
> Performances et sensations.
> Facilité de la prise en main.
> Qualité de la finition.
Points faibles
> Prix.
> Confidentialité de la série.
 
...........
En complément de cet essai,
retrouvez :
- l'essai complet en vidéo ici (accès réservés à nos abonnés).
Egalement, dans le numéro 464 d'octobre de Voiles et Voiliers, lisez l'article «Le jour où Luca créa le D-One» de Manon Borsi pour notre dossier «A marin d'expérience, voilier d'exception».









M.B.

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