Actualité à la Hune

Bénéteau / Berret-Racoupeau

Les quatre défis de l’Océanis 58

Repérable par sa grande jupe ouverte et son arceau soutenant l'écoute de grand-voile, l'Océanis 58 a été conçu à l'attention de ceux qui vivent longtemps à bord ou pratiquent la grande croisière. Retour sur quatre aspects essentiels de la conception de ce plan Berret-Racoupeau, qui préfigure une nouvelle ère chez Océanis.

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  • Publié le : 14/10/2009 - 00:50

L’Océanis 58 sous code 0Le voilier-amiral de Bénéteau a des allures de yacht - mais une approche très fonctionnelle des problèmes posés par la vie à bord. (Cliquez sur cette photo, comme sur les suivantes, pour l"agrandir).Photo @ P.B Pierre-Marie Bourguinat

Bruno Belmont, responsable des Océanis chez Bénéteau Bruno Belmont est entre autres responsable des Océanis chez Bénéteau. Photo © Pierre-Marie Bourguinat L'Océanis 58, amiral de la gamme, a été l'une des vedettes du Festival de la plaisance de Cannes. Cet élégant dessin d'Olivier Racoupeau illustre la volonté de Bénéteau d'occuper ce marché naissant pour de très grandes unités, emboîtant le pas à des chantiers comme Hanse qui n'ont pas hésité, depuis plusieurs années déjà, à décliner vers le haut (jusqu'à 63 pieds) une gamme démarrant à 9 mètres seulement.

Traités en (petites) séries - Bénéteau estime le potentiel à 40 unités par an - la force de ces bateaux est d'être proposés à un prix <raisonnable> : 490 000 euros pour l'Océanis 58 en standard, ce qui signifie environ 600 000 prêt à naviguer. Une somme, certes, mais à comparer dans ces tailles aux bateaux à l'unité ou <semi-custom> - le Bordeaux 60 par exemple, construit lui aussi par le groupe Bénéteau (chantier CNB), frôle le million d'euros pour une taille quasiment équivalente.

Du haut de ses 17,75 mètres, l'Océanis 58 est donc un bateau dans l'air du temps ! Mais, force est de reconnaître qu'il ne singe en rien ses concurrents directs et fait preuve d'une vraie personnalité. Le bateau qui a le plus inspiré dans ses choix Bruno Belmont, responsable des Océanis chez Bénéteau, est l'Azzuro 53, luxueux bateau de grande croisière en aluminium du chantier Alliage. <C'est de là qu'est partie l'idée de l'immense jupe, avec les deux cabines arrières dont les hublots donnent sur le sillage>.

Un intérieur pour vivre à bord Vivre à bord ? Sous cet angle, on l'imagine sans problème ! D'autant que l'Océanis 58 ne promet pas que du volume et de la lumière. Photo © Pierre-Marie Bourguinat
1. CONCEPTION GENERALE
Un arceau, pourquoi faire ?

C'est justement l'immense jupe (1,37 mètre de profondeur x 2,40 mètres de largeur) qui explique l'arceau de grand-voile. Un grand bond qui mérite un petit détour par la table à dessin...

A la grande jupe s'ajoute un cockpit accueillant, qui se compose de la barre à roue, d'un espace de manoeuvre sur l'avant des colonnes de barre avec les winches de grand-voile et de génois, puis d'un cockpit passager avec grande table et coussins. Voilà déjà 6 mètres de long occupés par cette grande zone.

C'est beaucoup. Du coup, on grappille des centimètres un peu partout - surtout sur le poste de manoeuvre, d'ailleurs, trop étriqué à l'usage. Et nous voilà au pied du mur, ou plutôt, de la descente ! Qui dit descente, dit capot de descente, et dit rail d'écoute de grand-voile placé juste devant. Et lui, on ne le bouge pas comme ça. Sauf à avancer exagérément l'écoute sur la bôme (il y a des limites) ou à déplacer le mât (ce dont les chantiers ne se privent pas parfois, mais ce n'est pas le cas ici).

Donc, si on respecte les lois de la mécanique et les règles générales de l'équilibre du bateau, le débat se résume ainsi : grande jupe + cockpit généreux = descente style <échelle de meunier>. Ou bien descente classique (orientée à 60° max) et mât à sa place... mais il faut alors rogner sur le grand cockpit.

Un grand cockpit… merci l’arceau ! L'arceau dégage parfaitement l'écoute de grand-voile qui revient à l'arrière sur des postes de manoeuvre où l'espace est compté. Le cockpit, en revanche, est géant ! Photo © Pierre-Marie Bourguinat Excusez ce long détour, mais c'est bien ce qui poussé Bruno Belmont à prévoir un arceau pour l'écoute de grand-voile. Libéré de la contrainte de l'implantation de l'écoute de grand-voile, il a pu <empiler les cotes> à sa guise et positionner la cloison de descente où bon lui semblait. Et, pour enfoncer le clou, l'Océanis 58 s'est offert le luxe d'une descente angulée à 45° - quasiment un escalier, avec rampes inox s'il vous plaît ! A l'usage, quand on passe son temps à monter et descendre, l'ensemble est vraiment convaincant. Sur les prochaines unités, la première marche sera un peu remontée pour limiter l'enjambement du surbau réglementaire.

Sur un plan mécanique, l'arceau réalisé en composite sur moule femelle fermé (les tissus sont plaqués par la pression d'une vessie), doit résister à une traction de 1,7 tonne par poulie, donc près de 3,5 tonnes en son milieu. Son échantillonnage prévoit que sa flèche maximale soit inférieure à 10 millimètres, <plus pour éviter que le gel-coat ne s'étoile dans le temps que pour des questions de résistance pure>, explique Bruno Belmont.

Sur un plan pratique, l'arceau, bien intégré à la ligne, est un plus incontestable pour saisir la capote et la prolonger du Bimini. L'idéal serait d'y ménager des marches pour y monter facilement afin de ranger la voile sur la bôme.


2. ELECTRICITÉ-ÉNERGIE
Un grand pas vers l'autonomie

En projet, un deuxième arceau Le deuxième arceau arrière prévu par le chantier est dédié aux énergies douces qui devraient permettre d'accéder à l'autonomie électrique au mouillage. Photo © Pierre-Marie Bourguinat Bruno Belmont aime à dire que l'Océanis 58 a été conçu pour réellement vivre à bord. <Dans le Groupe, le bateau de voyage et toute sa symbolique n'ont pas toujours bonne presse. Je me bagarre depuis des années contre ça. Qui dit voyage dit autonomie, une notion intéressante aussi bien sur un tour du monde de plusieurs années que pour un tour de Corse l'été !>

Un frigo économique Le travail sur l'isolation et les compresseurs du réfrigérateur permet d'annoncer 23 % d'économie d'énergie ! Photo © Pierre-Marie Bourguinat Les concepteurs ont d'abord cherché à limiter la consommation.
Premier poste, l'éclairage. En plus des feux de mât, tous les points lumineux intérieurs sont à LEDs. <A éclairage égal - ce qui nécessite d'utiliser des bouquets de diodes -, tu consommes cinq fois moins, explique Belmont, et pas vingt fois moins comme on le lit parfois>. Les LEDs utilisées sont d'une nouvelle génération qui évite un éclairage trop clinique, comme les anciens modèles que l'on trouve encore sur le petit spot de table à cartes par exemple.

Deuxième poste, le froid. L'isolation du réfrigérateur a été augmentée de 35 à 50 millimètres d'épaisseur de mousse, ce qui réduit le volume de 130 litres à 110. Ajouté aux nouveaux condenseurs, Bénéteau annonce 23 % de consommation en moins !

En l'absence de clim', vendue uniquement avec le groupe électrogène, les 560 ampères de batteries en 24 volts (un petit circuit 12 V est conservé pour la hi-fi et les instruments) ne nécessitent qu'environ trois heures de charge par jour, le moteur étant équipé d'un gros alternateur 70 A (en 24 V).

Pour parvenir à l'autonomie électrique au mouillage, Bénéteau achève de budgéter l'option d'un second arceau positionné sur l'arrière, qui ferait bossoir et sur lequel viendraient s'intégrer deux éoliennes et deux panneaux orientables. <Le but est de fournir un système complet, explique Bruno Belmont, pour que les propriétaires ou le réseau ne soient pas tentés de revenir dessus>.


3. JUPE ARRIÈRE
Indispensable annexe !

Annexe : un rangement provisoireEntre deux mouillages pas trop éloignés l"un de l"autre, on peut remonter l"annexe au winch dans la jupe. Pour des navigations plus longues, on la disposera en travers - ou on la rangera dégonflée dans l"un des grands coffres de la jupe !Photo @ P.B Pierre-Marie Bourguinat

Une place pour chaque chose – y compris le hors-bord Une place ad hoc est prévue pour stocker le moteur, mais jusqu'à 9,9 chevaux seulement - ce qui n'est pas énorme pour un semi-rigide. Photo © Pierre-Marie Bourguinat La mode est aux garages à annexe, comme par exemple sur le Jeanneau 57, cousin de l'Océanis au sein du Groupe. Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple et conserver l'agrément d'une jupe pour l'accès immédiat à la mer ?

Equipée de deux grands coffres qui permettent de stocker l'annexe dégonflée (un gonfleur-dégonfleur électrique est fourni !), les dimensions de cette jupe autorisent de conserver une annexe de 2,80 mètres pour de longues traites.

Entre deux mouillages, on peut remonter tout l'avant de l'annexe dans l'axe du bateau jusqu'au cockpit, seul l'arrière des boudins traînant encore dans l'eau. La chaise moteur, fixée au tableau, permet de soutenir un hors-bord 9,9 chevaux, ce qui paraîtra un peu faible à certains.

Plutôt que d'installer des rouleaux entre lesquels certains modèles d'annexe pourraient venir se coincer, Bénéteau a préféré la simplicité d'un système de rail inox qui guide l'avant. Le renvoi du bout vers le winch de cockpit se fait par le pied de table, sur lequel un anneau est prévu pour venir fixer une poulie.


4. MOUILLAGE ET CABINE ÉQUIPAGE
L'esprit des yachts ou le réalisme de la grande croisière ?

Une vraie cabine équipage Sous cet angle, à l'échelle près, la cabine équipage offre un volume tout à fait convenable, y compris pour des enfants ou des invités de dernière minute. Photo © Pierre-Marie Bourguinat Comme sur l'Océanis 54, le 58 est équipé d'une cabine équipage en avant de la cloison étanche. <C'est autant pour un équipage éventuel que pour les enfants des propriétaires qui peuvent faire leur vie dans cet espace>, explique Belmont.

Une fois réglée la question de l'échelle de descente trop verticale, l'espace - avec ses deux bannettes, son WC et son lavabo d'appoint - pourra en effet jouer ce double rôle.

Pour un bateau de propriétaire dont le programme serait la grande croisière, je reste sceptique en revanche sur le système de guindeau, traité comme sur les yachts : le puits à chaîne n'est accessible que par l'intérieur de la cabine, dans le pic avant, mais pas depuis le pont, complètement fermé.

En cas de bourrage dans le puits - certes, il y a de la hauteur, mais il y a aussi des endroits où on aime mouiller beaucoup de chaîne -, il faut pousser le capot étanche qui sépare la cabine avant du puits. Obstruée par la chaîne, l'ouverture risque de donner du fil à retordre dans des moments où l'on aime pouvoir intervenir vite.

Ce serait déjà mieux si l'ouverture du capot se faisait vers l'arrière. <Si l'on veut rendre le pic avant vraiment étanche, c'est la seule solution, rétorque Bruno Belmont. C'est autant pour la sécurité en cas de collision que pour prévenir le risque de bouchage des anguillets, ce qui entraînerait le remplissage petit à petit de tout ce volume, puis l'envahissement de la cabine équipage>.

Un puits à chaîne moins convaincant Toujours dans la cabine avant, mais dans l'autre sens, on aperçoit le puits à chaîne... dont l'ouverture du capot vers l'avant ne facilitera pas les manipulations ! Photo © Pierre-Marie Bourguinat Peut-être, mais une bonne baille à mouillage où on voit sa chaîne se déverser en même temps qu'on actionne le guindeau, on n'a encore jamais fait mieux en grande croisière où l'on passe son temps de mouillage en mouillage...

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