Actualité à la Hune

CŒUR DE CHANTIER (33) : BÉNÉTEAU RACING DIVISION

Bernard Bachelier : «Le Figaro Bénéteau 3 se rapproche d’un IMOCA»

A 55 ans, Bernard Bachelier sera la cheville ouvrière du chantier Bénéteau Racing Division, qui vient de s’installer à Cheviré, en banlieue de Nantes. Premier objectif sur ce site, la production des Figaro Bénéteau 3, dont la livraison des cinquante premiers exemplaires devrait avoir lieu en janvier 2019. Rencontre avec un passionné de construction navale.
  • Publié le : 16/10/2017 - 15:30

Bernard BachelierA 55 ans, Bernard Bachelier, après un long parcours dans la construction de bateaux de course et de plaisance, est depuis novembre 2016 le chef de production du Figaro Bénéteau 3, dont les cinquante premiers exemplaires seront livrés en même temps en janvier 2019.Photo @ Bénéteau
Voilesetvoiliers.com : Quel est votre parcours dans la construction navale ?
Bernard Bachelier :
J’ai eu la chance de commencer dans le milieu à l’époque où Multiplast était à Nantes. Un concours de circonstances. Je connaissais un certain Patrick Cissé qui fabriquait des Requin dans son petit chantier de Carquefou, en banlieue nantaise. J’y allais pendant mes vacances pour me faire un petit billet. Mes études de comptable ne me passionnant pas, avec mon petit bagage dans le plastique, j’ai rapidement rejoint le chantier. Il y avait entre autres dans l’équipe Thierry Éluère ou Jean Le Cam et Roland Jourdain, qui bossaient là pour avoir leur place d’équipier à bord du premier Jet Service. C’était en 1982, j’ai 20 ans. On a donc fait Jet Service, puis Jet Service II, Rosières, Royale. C’est à cette époque-là que j’ai rencontré Jean-François de Prémorel. Il venait de construire Gérard Lambert dans son chantier de Sarzeau. Ayant eu le contrat pour Fleury Michon VII, il m’a demandé de le rejoindre aux Herbiers, chez Jeanneau, où nous avons construit le catamaran. J’ai même eu la chance de faire l’assistance du bateau de Philippe Poupon pour la Route de la Découverte 84 (course entre Benalmádena en Espagne et Saint-Domingue, ndlr). Juste avant le départ, une pièce s’est cassée sur la bôme et nous avons rapidement réparé. Finalement, Philou gagne. A son retour, je deviens permanent dans son équipe en tant que responsable composite pendant cinq ou six ans.

PontageLa construction du prototype a été réalisée par une petite équipe de quatre personnes en quatre mois.Photo @ Dominique Billaud
Voilesetvoiliers.com : Vous êtes salarié à chaque fois ?
B.B. :
Après la construction de Fleury Michon VII, Jeanneau a construit le premier Lagoon. Comme ils étaient à l’étroit aux Herbiers, ils ont construit au début des années 90 le bâtiment dans lequel nous sommes actuellement, à Cheviré, et qui s’appelait Jeanneau Techniques Avancées. Je m’étais installé à mon compte et j’effectuais des prestations. J’étais missionné pour m’occuper des bateaux de course. C’était l’époque des RMO, Pierre 1er… et des boat-niggers. Je suis parti ensuite à La Ciotat pour travailler sur les Grand Mistral de Pierre Fehlmann. Ces bateaux étaient prévus pour une course autour du monde qui n’a jamais eu lieu. En 1997, après avoir failli partir travailler au Brésil, je suis rentré chez Bénéteau pour suivre la construction des Lagoon à Cheviré. Les 47 et 57. Quand le 470 a été lancé, le groupe a décidé de monter son unité de production à Bordeaux. Sur Nantes, nous avons alors commencé la gamme Prestige 36. 480 bateaux plus tard, le site a été fermé. C’était en 2009, en pleine crise économique. Comme des ateliers se libéraient aux Herbiers, faute de commandes, tout a été rapatrié là-bas pour construire les Prestige 60. J’y suis resté un an. Comme les allers-retours depuis Nantes me pesaient, j’ai démissionné. Je suis alors parti pendant deux années sur le concept de voile-avion avec Patrice Magnard.

InfusionLes premiers travaux sur le chantier de Cheviré ont été consacrés à la construction de la salle blanche, où l’infusion des coques des futurs Figaro Bénéteau 3 sera réalisée avec minutie.Photo @ Dominique Billaud
Voilesetvoiliers.com : Et c’est à nouveau le retour dans le groupe Bénéteau…
B.B. :
Je suis rappelé en 2013 par Éric Ingouf et Bruno Belmont de chez Bénéteau qui me proposent de travailler sur la mini-série des First 30 Race. Je pars après sur l’unité de production de Challans pour le lancement du Sun Fast 3600, puis sur le projet de voile-aile du groupe. Pendant deux ans, je me suis occupé de toutes les parties composites et mise en place sur le bateau ainsi que des essais. D’abord avec Guy Beaup, l’inventeur, puis avec David Follenfant. En novembre 2016, il m’a été demandé d’intégrer l’équipe pour lancer le Figaro Bénéteau 3 sur le site de Cheviré en tant que chef de production.

Voilesetvoiliers.com : Vous avez participé à la construction du proto du Figaro 3 ?
B.B. :
Nous avons construit ce bateau de A à Z de mars à fin juillet 2017 avec une petite équipe de quatre personnes. En fait, il est simple à construire. Un travail intéressant dont nous sommes fiers. Les retours avec l’architecte, Vincent Lauriot-Prévost, sont maintenant quasiment bouclés au niveau de la structure par rapport au proto. Nous affinons les choses avec le bureau d’études de la société Mer Forte de Michel Desjoyeaux. Principalement en ce qui concerne les différents points d’accastillage, mais cela reste de petites modifications suite aux essais effectués par les figaristes Yoann Richomme, très impliqué dans la Classe ou encore Adrien Hardy, depuis le mois d’août. Ces essais sont organisés par Éric Ingouf. Comme chef de production, je mets tout en place pour lancer la série. Nous sommes partis d’une feuille blanche. Le local de plus de 2 100 m2 était vide. Il fallait imaginer comment installer notre chaîne et produire dans la mesure où la construction était prévue à 80 % en infusion. Nous avons donc bâti une grande salle blanche, isolée en double peau avec pompe à vide et déshumidificateur pour mettre nos moules. Après, il a fallu créer tout le système de chaîne pour commencer les cadences. Le but est de sortir un bateau tous les cinq jours pour arriver à une cinquantaine à la fin 2018. Avec quatre postes dédiés : cloisonnement, pose mécanique, pontage et quillage. Le premier pont, par exemple, devrait être lancé la troisième semaine d’octobre.

FoilLes foils en forme de chistera sont réalisés par Multiplast. Une collaboration appréciée par Éric Ingouf : «La collaboration avec l'équipe de Multiplast a été efficace et constructive. Que ce soit au niveau des délais, de la qualité de la finition ou des respects des profils, le cahier des charges a été parfaitement respecté. Nous avons pu également réaliser des tests à rupture, toujours spectaculaires, et valider la résistance conforme à nos calculs. En fait, je n'ai que du positif à retenir de cette expérience.»Photo @ Ronan Gladu
Voilesetvoiliers.com : Le chantier va travailler avec des sous-traitants ?
B.B. :
Oui. Les foils, c’est Multiplast, le mât, Sparcraft, et les safrans sont produits chez un sous-traitant basé en Pologne qui travaille beaucoup pour le groupe Bénéteau. Les quilles provenant de la fonderie Lemer de Carquefou, en banlieue nantaise. Tout le reste est fabriqué en interne. Au plus fort de la production, il y aura une petite équipe de moins de vingt personnes que je souhaite polyvalente. Le poste le plus important étant le drapage infusion. Mais il y aura un mécano-électro, un accastilleur et deux ou trois menuisiers.

Voilesetvoiliers.com : Le Figaro Bénéteau 3 sera aussi costaud que ses prédécesseurs ?
B.B. :
Les premiers essais nous l’on prouvé pour l’instant. Il n’y a pas un seul morceau de structure qui a bougé. Le bateau est très raide. Nous sommes sur un voilier radicalement différent. Nous nous rapprochons plus d’un IMOCA que d’un Figaro Bénéteau traditionnel, qui faisait plus bateau de Monsieur Tout-le-Monde. C’est vraiment un engin de course.

EssaiLes essais du prototype organisés par Éric Ingouf (ici à la barre) depuis août dernier ont été très appréciés par les figaristes. Ils attendent tous impatiemment la livraison de leur engin, qui sera attribué après tirage au sort en décembre 2018.Photo @ Bénéteau
Voilesetvoiliers.com : Et les premières livraisons ?
B.B. :
C’est un accord avec la Classe. Notre production va être stockée ici ou sur un autre site du groupe. Il y aura alors un tirage au sort pour des livraisons début 2019. Cela évitera tout débat. Les Figaro Bénéteau 3 seront alors prêts pour célébrer les 50 ans de la Solitaire du Figaro. Mais cela représentera qu’un premier jet, car nous espérons qu’il y aura de la demande par la suite.

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