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Bilan technique après 12 000 milles

Philippe Poupon évalue Fleur Australe

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  • Publié le : 22/02/2010 - 08:32

Pour emmener sa famille dans les hautes latitudes, Philippe Poupon s'est fait construire un bateau à sa main : Fleur Australe.
Le voilier dessiné par Michel Joubert d'après le cahier des charges précis établi grâce à l'immense expérience de Poupon a été mis à l'eau en 2008.

Après un an passé à naviguer entre La Rochelle et l'Alaska - l'équivalent d'un demi tour du monde - le marin fait un bilan perspicace et très positif de son voilier.

Ce bilan est un complément accessible à tous du récit <Le grand voyage de la famille Poupon> publié dans le numéro de mars de Voiles et Voiliers, actuellement en kiosque.
Il fait également écho à la présentation du voilier qui avait été faite avant son départ, dans le numéro de mars 2009 de Voiles et Voiliers.



Philippe Poupon, cap au Nord Le navigateur Philippe Poupon a quitté La Rochelle fin 2009, pour mettre cap au Nord à bord de Fleur Australe et accompagné de sa petite famille. Photo © Géraldine Danon La coque
La coque dessinée par Michel Joubert correspond à mes souhaits.
La carène a été pincée à l'avant, pour une bonne marche au moteur dans la mer.
Sous voile, le bateau est équilibré à toutes les allures et stable au portant... Cette allure délicate est particulièrement délicate pour les voiliers à quille relevable - pour lesquels tout l'enjeu est d'optimiser le rapport taille/efficacité du safran. Au vent arrière par 25-30 noeuds de vent, le bateau trace sa route sans que le safran décroche.



Fleur Australe chatouille les glaçons Dès le départ, Fleur Australe a été conçu par Philippe Poupon et Michel Joubert pour naviguer au milieu des glaçons. Photo © Géraldine Danon La quille relevable, les safrans et les pilotes
Les pilotes réagissent d'une manière efficace. Les deux vérins ont été utilisés, mais le petit semble suffire. Le safran est bien compensé et sa taille raisonnable le rend performant. En tout cas, aucun problème avec les différents plans porteur, safran moteur et aileron en avant du safran principal.
La quille fonctionne parfaitement, vérin et cliquet. Nous l'avons beaucoup utilisée sur le banc d'Arguin, peu profond et où il n'existe pas de cartographie détaillée. Quelques échouages sur les bancs de sable nous ont par ailleurs permis de tester son utilité.
Puis, avec le propulseur et le safran, nous n'avons pas eu de mal à nous déséchouer... Pendant le passage du Nord-Ouest, c'est sur des rochers que nous nous sommes échoués à plusieurs reprises ! Et quelques fois violemment ! Et même dans ce cas extrême, la quille remonte et reste sur son cliquet !
Le vide dans le puits de dérive laissé par la quille en position basse bouillonne un peu dans certaines conditions de mer, avec houle formée, et nous ressentons les à-coups au fond du puits. Mais cela ne semble pas affecter la vitesse du bateau, car il continue de bien surfer au portant : nous tenons des vitesses de 10 noeuds, avec des pointes à 13 par 25 à 30 noeuds de vent.

Plage avant de Fleur Australe Pratique et quasi autonome, le guindeau hydraulique a permis à l'équipage d'éviter les sorties dédiées à l'ancre, sur la plage avant. Photo © Géraldine Danon Le mouillage
Le guindeau hydraulique, avec commande depuis la timonerie, est une merveille. L'installation du compteur de chaîne ne ferait que parfaire le système... Mais pour le moment, nous utilisons les penons de couleurs qui nous donnent tous les dix mètres la quantité de chaîne sortie. Pour remonter le mouillage, inutile d'aller à l'avant : la chaîne se range d'elle-même dans sa profonde baille et l'ancre trouve sa place toute seule.

Plage arrière de Fleur Australe Depuis le nid de pie, la vue sur les glaces est précieuse. De là-haut, se mesure aussi toute l'ergonomie de la plage arrière de Fleur Australe. Photo © Géraldine Danon Le pont et le cockpit
Les descentes arrière, très pratiques, sont d'une efficacité dont j'ai toujours rêvé. Les mains courantes, l'échelle de plongée, tout fonctionne parfaitement. Le tableau arrière vertical offre un accostage à l'annexe totalement sécurisé ; embarquer et débarquer sont très faciles. Lorsque le bateau est arrière à quai ou sur un ponton, c'est tout aussi pratique.
Les plages arrière pour l'annexe, avec le mât d'artimon comme mât de charge, sont très pratiques. Cette manoeuvre, souvent répétée, se fait très facilement et rapidement.
Et quel bonheur d'avoir ces belles surfaces planes pour bronzer ou faire de l'exercice, gonfler l'annexe, stocker du matériel, la baignoire pour les enfants ! C'est un vrai espace de liberté !
Dans le cockpit, nous sommes à l'abri du vent et des vagues. Les manoeuvres des écoutes, des enrouleurs, des retenues de bôme et des bastaques y sont ramenés de manière fonctionnelle. Les winchs sont de bonne taille et l'électrique qui sert aux enrouleurs et à l'emmagasineur de gennaker est vraiment bien. Le circuit d'écoute est simple et efficace. Sur le pont, des taquets sont placés où il faut, en double à l'avant et à l'arrière.

Le grand voyage de la famille Poupon En un an passé dans le Nord, la famille Poupon a navigué l'équivalent d'un demi tour du monde. Photo © Géraldine Danon Les voiles et le gréement
Aucun souci du côté des voiles qui sont équilibrées et de bonne taille. Le gennaker de récupération a été parfaitement recoupé - mais nous avons dû le ménager pour qu'il dure, car il était tout de même un peu fatigué et fragile.
L'utilisation du gennaker tangonné au portant est simple et remplace un spi aux manoeuvres plus délicates. Satisfaction totale.
Les deux mâts sont parfaits. Le principal est simple et robuste. Les deux tangons rangés à la verticale et bien fixés ne posent pas de problème en manoeuvre. Les échelons dans les haubans et le nid de pie nous ont bien rendu service, sur le banc d'Arguin, pour détecter les hauts fonds. Dans l'Arctique, il s'avère indispensable pour voir les ouvertures dans le pack. Le mât arrière en carbone remplit très bien son rôle de mât de charge et en mer, il est suffisamment raide.

Nid douillet Au coeur de l'Arctique, le carré de Fleur Australe est inévitablement le lieu névralgique du voilier. Photo © Géraldine Danon Aménagements intérieurs

Fleur Australe

Longueur
Longueur flottaison
Largeur
Tirant d'eau
Déplacement
Lest
Voilure
Fuel
Eau
Matériau

Architectes
Chantier

19,26 m
17,13 m
5,35 m
1,65-3,75 m
34 t en charge
5 t
163 m2
5 000 l
2 000 l
Aluminium épais (Strongall)

Joubert / Nivelt
Meta

Durant notre épopée arctique, il était difficile d'imaginer de faire ses quarts dehors, emmitouflé dans son ciré avec les lunettes de ski. La timonerie s'est donc révélée être la pièce principale, parce qu'elle est l'espace de vie, de veille, de barre, de navigation... La manière dont elle a été pensée est déterminante de la qualité de vie à bord. On peut y dormir, manger, travailler. On a de la place, on ne se bouscule pas. On y range cirés, vestes, chaussures et un tas de choses qui vont des jouets d'enfants aux sacs de plage. Elle offre une vue panoramique, avec double vitrage et essuie-glaces : sympa ! Lors du passage du Nord-Ouest, nous avons vraiment apprécié son confort.
La cuisine est grande et son espace est bien organisé entre cuisson et évier. Les plaques électriques et le four sont identiques à ceux de la maison - fini le gaz et les bouteilles à recharger dans les banlieues et autres zones techniques perdues des grandes villes ! Le grand évier est vraiment le bon choix. Le frigo à tiroir est aussi très bien, sauf qu'à la gîte tribord, on doit faire attention en ouvrant les tiroirs qui sont lourds... Mais on n'avait pas la possibilité de les placer autrement. C'est le seul petit défaut de cette cuisine et on va tâcher d'améliorer le système. Le reste fonctionne, les rangements sont nombreux.
Même constat pour le coin bureau, la table à manger, le bureau des enfants : rien de particulier à noter, tout fonctionne. La bannette avec toile antiroulis et cardan est un vrai confort en mer. Douche, machine à laver, ça marche. L'atelier est un petit coin où j'aime venir bricoler et où ça sent bon les herbes achetées sur le marché de Mindelo au Cap Vert. Le bateau s'est révélé agréable à vivre dans la longue navigation du passage du Nord-Ouest, alors que nous étions sept à bord trois adultes et quatre enfants, sans oublier le chien Beti !

Vue panoramique sur les glaces La timonerie et sa vue panoramique sur les glaces ont offert quelques merveilleuses heures de veille à Philippe Poupon. Photo © Géraldine Danon La cabine propriétaire
La cabine du capitaine se trouve au pied de mât et je ne regrette pas ce choix car cela présente de nombreux avantages : son isolement, son intimité, son cabinet de toilette séparé et ses rangements. Au mouillage, on ressent mieux les mouvements du bateau et l'on y entend les bruits de la chaîne, comme celui des drisses mal tendues. Seul inconvénient, on est en ligne de mire quand le bateau heurte la glace... Et ça résonne. Au près quand la mer est trop agitée, on se réfugie à l'arrière où il y a de vraies bannettes de mer. Avec le système de quart, il y a toujours une bannette de libre. Nous avons donc utilisé cette cabine 98 % du temps.

Bilan positif ? Elogieux ! Le bilan que fait Poupon de son Fleur Australe n'est pas positif... Mais élogieux ! Le skipper et l'architecte ont manifestement maîtrisé leur sujet ! Photo © Géraldine Danon Energie et chauffage
Le chauffage central avec la chaudière Kabola et le système de radiateur est très confortable, automatique comme dans les maisons. La chaudière au fuel Dickinson avec plaque de cuisson et un four est un appoint pour les grands froids.
L'isolation thermique a particulièrement été soignée. L'intérieur du bateau brut d'alu a été entièrement recouvert par du Suber Silent - une peinture acrylique avec du liège. Résultat, aucune condensation. Un vrai plus par rapport à ce que j'ai connu dans d'autres bateaux. Dans les lieux d'habitation, nous avons collé de la mousse Néoprène ou polyuréthane suivant les endroits. Partout, des doubles vitrages pour éviter la condensation et de petites ouvertures pour éviter les pertes thermiques. Les planchers aussi sont isolés - un vrai confort pour les grands froids.
Côté énergie, nous avons remplacé les convertisseurs 24/220 volts par le modèle supérieur, deux fois 5 000 Watts que nous avons séparés, afin de rester autonomes en paliant la défaillance de l'un ou de l'autre. Le groupe électrogène et l'éolienne chargent en 24 volts le parc de batteries de 1 500 AMP.
2 000 litres d'eau, c'est confortable : on peut faire le plein avant de partir. Le dessalinisateur Dessalator 90L/H a très bien marché durant tout le périple, y compris pendant le passage du Nord-Ouest où l'eau est froide. Nul besoin de faire la corvée de remplissage à chaque escale et pourtant douches, machines à laver et vaisselles se font toutes à l'eau douce.
Pour le fuel, avec un réservoir de 5 000 litres, on peut faire un plein complet ou partiel là où le prix est intéressant. Pour le passage du Nord-Ouest, nous avons fait le plein au Groenland. Puis nous avons fait un complément à Resolute, en prévision d'un hivernage.
Nous avons fait beaucoup de moteur pour naviguer entre la glace. L'été la zone est peu ventée, mais il ne faut pas traîner ! Et avec les 165cv du Nanni, aucun problème : ça marche, ça pousse, c'est la bonne puissance.


Conclusion en quelques mots

Fleur Australe est un bateau bien né. Pas de regrets dans les options, le bateau abouti et efficace dès sa mise à l'eau.

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