Actualité à la Hune

Crise et feuilleton financier

Bavaria (re)vendu, mais toujours debout

Le premier constructeur de bateaux de plaisance allemand vient d'être racheté pour la deuxième fois en deux ans. Il y a dans l'affaire un (gros) perdant et peut-être deux gagnants. Petits rappels du feuilleton financier Bavaria sur fond de crise.

  • Publié le : 02/10/2009 - 08:02

Une carène Farr pour accélérer les ventes ? Signé Bruce Farr, comme son grand frère de 55 pieds, le Bavaria 32 Cruiser a pour ambition de relancer le chantier allemand. Photo © Jean-Louis Guéry La nouvelle a été confirmée hier par International Boat Industry. Le fonds d'investissement Bain Capital, propriétaire à 100 % de Bavaria, vient de vendre - pour la somme de 300 millions d'euros - le chantier allemand... dont il avait fait l'acquisition voici seulement deux ans pour la coquette somme de 1,3 milliard ! L'heureux gagnant est un duo de fonds spécialisés en <distressed debt>, Oaktree Capital Management et Anchorage Advisors.

Petit retour en arrière... En 2007, le marché de la plaisance est à son apogée. Bavaria n'a pas fait que surfer sur la croissance des années 2000, mais en a été l'un des principaux acteurs. En termes de production, c'est alors le deuxième constructeur de bateaux de plaisance (derrière le Groupe Bénéteau) avec plus de 3 500 unités produites par an. Surtout, le chantier Bavarois a été le plus loin dans l'industrialisation de la construction de bateaux. Standardisation des produits, recours intense à la robotisation, montage sur quatre chaînes où c'est le bateau qui avance pas à pas devant des ouvriers postés... Un effort de rationalisation inédit qui a permis au constructeur allemand de mener une politique de prix extrêmement agressive. De quoi prendre des parts de marché et en créer de nouvelles.

Pris de court dans un premier temps, les chantiers français, le groupe Bénéteau en tête, emboîtent le pas à partir de 2003 pour parvenir à des niveaux de prix de nouveau concurrents à partir de 2006.

Rattrapé sur les prix, Bavaria tâtonne alors sur sa politique de produits. Cherchant à élargir son offre au-delà du pépère croiseur destiné à la location, le chantier bavarois lance, toujours en collaboration avec les architectes J&J, une gamme de course-croisière, les <Match>, et une autre de Deck Saloon, baptisée <Vision>. Moins percutants que ses croiseurs standard, ces produits ont du mal à s'imposer alors que, dans le même temps, les chantiers français font progresser leurs produits de manière significative.

Au moment de l'achat, voici deux ans, beaucoup d'observateurs du milieu sont surpris du prix faramineux auquel Bain Capital emporte le marché. Une offre française aurait d'ailleurs été réalisée à l'époque pour seulement 650 millions d'euros, la moitié de la somme finalement obtenue.

En achetant Bavaria, Bain Capital apporte en fonds propres 400 millions d'euros, les 900 millions restant étant financés par des emprunts contractés auprès de deux banques. La crise passant par là, Bavaria, déjà en perte de vitesse, se retrouve rapidement placé face à de grosses difficultés financières, devant rembourser quelque 70 millions d'euros d'intérêt par an.

Comme souvent dans ce genre de situation, plutôt que de risquer de voir l'entreprise cesser son activité, les banques ont donc préféré revendre les dettes à bas prix en échange du capital de l'entreprise.

Sur un plan industriel, Bavaria va donc continuer à produire des bateaux de plaisance. Chez Yachting Sélection, l'importateur français de la marque, on se félicitait plutôt hier de la nouvelle. <En achetant à très bas prix, les nouveaux actionnaires vont pouvoir recapitaliser la société. Surtout, ils bénéficient en arrivant de l'effort réalisé pendant deux ans en terme de produits>, nous a affirmé Xavier Fiche, faisant allusion au Bavaria 55 Cruiser présenté à Cannes et au 32 que nous avons découvert au Grand Pavois de La Rochelle. Ces deux plans dessinés par Bruce Farr - qui apporte du lustre à une marque qui en manquait quelque peu - sont aujourd'hui l'avenir de Bavaria et devraient être suivis dès 2010 par un 45 pieds.

Yachting Sélection exposera plusieurs modèles de la gamme, dont le nouveau Bavaria 32 au prochain Nautic, le Salon de Paris, qui ouvrira ses portes le 5 décembre prochain.

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