Actualité à la Hune

INDUSTRIE NAUTIQUE

Et si cette fois c’était la reprise !

La traditionnelle conférence de presse de rentrée de la Fédération des Industries Nautiques (FIN) à bord d’une luxueuse barge amarrée sur la Seine, est généralement un savant exercice de style, où il faut à la fois donner les tendances économiques, ne pas s’épancher sur les chiffres qui fâchent, faire mine d’être positif, et enfin assurer la promo des salons d’automne de Cannes (8 au 13 septembre) et La Rochelle (16 au 21 septembre) qui vont s’ouvrir dans quelques jours. Nous étions nous aussi à cette rentrée.
  • Publié le : 04/09/2015 - 13:42

Et si cette fois c’était la reprise !Le président de la Fédération des Industries Nautiques, résolument optimiste pour l’année 2016 quant à la reprise de l’industrie nautique.Photo @ FINIl se nomme Yves Lyon-Caen, est à la tête de la FIN depuis un peu plus d’un an, et préside également le Conseil de surveillance du groupe Bénéteau, premier constructeur mondial de voiliers. L’ancien élève de l’ENA (promotion Léon-Blum) est clairement ce qu’on appelle un cadre brillant et un fin politicien. Comme son prédécesseur Jean-François Fountaine, désormais maire de La Rochelle, il est particulièrement à l’aise dans l’exercice consistant à faire le point sur l’industrie du bateau après l’été, et devant des journalistes de la presse nautique et économique encore bronzés. Et après plusieurs années, où cette « conf de presse » devait être un cauchemar pour les membres du bureau de la FIN, l’ambiance est, on va dire, un peu plus sereine ce jeudi 3 septembre.

En plus, on nous épargne un flot de chiffres sortis d'on ne sait où une heure et demi durant, et une fois n’est pas coutume, le discours est clair enlevé et synthétique. Yves Lyon-Caen n’a donc pas de chiffres à communiquer, « que » des tendances, et le dit ! En préambule, il se félicite à juste titre d’avoir « éloigné la menace de la taxe de mouillage ». Ce combat de plusieurs mois a réveillé beaucoup de « solidarité et de liens entre les plaisanciers, les associations, les professionnels du nautisme et les fédérations, explique t-il, avant d’ajouter lucide que l’enjeu prioritaire pour 2016 sera de trouver des solutions quant à la sur-fréquentation de notre littoral. » Le couperet sur la taxe du mouillage n’étant pas passé loin, la FIN a décidé de se doter d’un interlocuteur rompu à l’importance des réseaux en politique, Fabien Métayer, ancien conseiller et chef de cabinet dans plusieurs ministères et qui dirigeait il y a peu la réserve marine de La Réunion. Dans son rôle de délégué général, ce jeune homme réservé et influent sera en lien étroit avec les pouvoirs publics sur le plan régional et national.

Les signes optimistes d’une reprise

Tout ça est très bien. Mais pour ce qui est du business dans le nautisme, où en sommes-nous ? Yves Lyon-Caen brosse la situation en trois points. Primo, après quatre ans de baisse successive (- 30 % !), il y a une stabilisation voire une légère croissance des ventes de bateaux neufs… entre 0 et 2 %. Secundo, après quatre ans de stabilité sur le marché de l’occasion (le volume de transactions), le rebond est estimé à + 5 %. Enfin, le marché européen, en berne depuis 2008, reprend du poil de la bête. Avec 3 à 5 % de croissance, et ce grâce notamment au Royaume-Uni, à la Scandinavie et, plus surprenant, à l’Espagne et l’Italie. Et la France dans tout ça ? « Elle est en retard sur la reprise, mais elle a moins été impactée au début de la crise », répond du tac au tac le président. Lyon-Caen ne s’en cache pas : « Il y a 65 000 transactions en occasion chaque année pour 8 à 9 000 en neuf… et donc on sait que nous sommes loin du compte ! » Au moins, ça a le mérite d’être clair.

La pratique en hausse

C’est au tour de Bruno Voisard, trésorier de la FIN, de passer son oral de rentrée. Pas facile de succéder à un tel orateur ! Mais le boss de Nautitech qui a cédé sa marque à Bavaria s’en sort bien… et tout ne va pas si mal ! « Le niveau de pratique est en progression de 5 à 10 % depuis l’an dernier, grâce à un printemps avec de nombreux jours fériés et une bonne météo estivale », se réjouit Voisard, qui note aussi une fréquentation des écoles de voile (voile légère) en hausse de 5 à 10 % après des années mollassonnes. La tendance observée sur les plages et dans les ports confirme que le public opte désormais pour de courtes sorties, une balade nautique, des navigations en day-charter à la journée, et n’hésite plus à diversifier les activités… tandis que le Stand-up Paddle (Sup) poursuit son offensive du Nord au Sud. Mais il ne faut pas se le cacher, l’époque bénie où des accrocs de voile mettaient toutes leurs économies dans le bateau, y passaient week-ends et vacances, n’hésitant pas à monter en gamme, semble révolue.

Et si cette fois c’était la reprise !La FIN annonce que les écoles de voile sont en progression de 5 à 10 % cette année. Photo @ D. Ravon

 

Les ships résistent au web

Et si cette fois c’était la reprise !L’une des tendances actuelles est la forte demande d’accompagnement de marins professionnels à bord de grandes unités de croisière. Photo @ D. Ravon

Colette Certoux a tiré la question sur les commerces et les services. « Dans un contexte concurrentiel exacerbé avec Internet, la tendance positive du printemps quant aux services, réseaux de distribution, shipchandlers, etc s’est confirmée cet été », explique la vice-présidente de la FIN, qui observe aussi « une très légère augmentation du panier moyen et de la fréquentation des magasins ». Pas mal mais peut mieux faire ! Quant à la location, la saison est identique à 2014 où elle était l’un des rares secteurs à tirer son épingle du jeu. On note une demande de plus en plus forte de services et d’accompagnement (coaching), la bonne santé de la location de particulier à particulier, et enfin une légère progression de la location des grosses unités dans les Antilles françaises.

Vous allez me dire que ce n’est pas encore la panacée ! N’empêche il y avait bien longtemps que l’on
n’avait pas senti chez les dirigeants de la Fédération des Industries Nautiques un tel regain d’optimisme mesuré, mais pas de triomphalisme ni de langue de bois dont nous avions fini par nous lasser ! Mais il faudra attendre les chiffres et les résultats des Salons d’automne, dont on sait qu’ils sont bien souvent le meilleur révélateur de la situation réelle.

Et si cette fois c’était la reprise !Plus d’une centaine de nouveautés sont attendues au Grand Pavois de La Rochelle, mais les voiliers ne constituent plus que 30 % des bateaux exposés !Photo @ D. Ravon

Le nautisme en France en quelques chiffres

5 109 entreprises

39 699 salariés

4,26 milliards de chiffre d’affaire

44 580 bateaux produits dont 72,4 % vendus à l’export

370 ports de plaisance

38 ports à sec et 11 248 places

252 500 places de port à flot

1000 écoles de voile

(Source FIN 2013-2014)