Actualité à la Hune

Cœur de chantier (30) : Gepeto

Gautier Nollet : «Traçabilité et contrôles qualité !»

Comme quoi une formation d’ingénieur généraliste peut mener à la construction navale et surtout à l’élaboration de composites hi-tech ! Gautier Nollet en est l’un des exemples dans ce milieu très diversifié qui couvre la remise à flot de voiliers patrimoniaux à la réalisation d’éléments de très haute technologie : le chantier Gepeto à Lorient s’est ainsi spécialisé sur l’innovation technique et la fabrication de pièces sophistiquées… Rencontre.
  • Publié le : 09/03/2017 - 15:30

Gautier NolletGautier Nollet a cumulé les expériences après son diplôme d’ingénieur Arts & Métiers : au sein du cabinet Artech, puis avec Jérémie Beyou et Groupama avant de reprendre les rênes du chantier Gepeto en 2011.Photo @ Dominic Bourgeois
Voilesetvoiliers.com : Comment un ingénieur du Nord de la France devient patron d’un chantier breton spécialisé dans la haute technologie ?
Gautier Nollet
: J’ai grandi à Marcq-en-Barœul, Roubaix et Valenciennes et j’ai fait mes études là-bas. J’ai acquis mon diplôme d’ingénieur généraliste dans le Nord et je me suis ensuite orienté vers la voile parce que je passais régulièrement mes vacances scolaires en baie de Morlaix : j’ai appris à naviguer à Carantec en Optimist, puis en Caravelle et en dériveur et en croisière. J’aimai bien !

Voilesetvoiliers.com : Ingénieur généraliste, cela signifie quoi exactement ?
G. N.
: On n’apprend rien sur tout, mais on touche à tout ! Un ingénieur généraliste n’est pas un spécialiste mais il comprend les fondamentaux de tous les sujets technologiques : électricité, hydraulique, électronique, mécanique… et surtout il apprend à gérer les ressources humaines et financières, et les problématiques techniques. Nous sommes formés pour être au carrefour des spécialités. Un peu comme un project-manager, un coordinateur avec un objectif bien cerné : il faut donc toucher à tous les domaines techniques sans se spécialiser.

IMOCA FurtifC’est avec le cabinet Artech que Gautier Nollet s’est initié à la construction navale en composite il y a quinze ans déjà.Photo @ DRVoilesetvoiliers.com : Aux Arts & Métiers Catholiques de Lille…
G. N.
: L’ICAM était à côté de ma maison et j’avais deux frères qui avaient fait le même institut, une école reconnue par les Arts et Métiers et initiée à l’origine par des jésuites il y a plus de 130 ans ! Mais cela n’avait de catholique que le nom : la formation est très polyvalente et reconnue par l’État. J’en sors diplômé en 2001 et je pars sur un projet en Normandie…

Voilesetvoiliers.com : À Caen, avec Artech !
G. N.
: Avec trois jeunes diplômés de l’école d’architecture navale de Southampton. Pour la construction d’un 60 pieds IMOCA. Avec Soizic Dubois, Élie Canivenc et Jean-Baptiste Dejeanty. Ils cherchaient des bénévoles pour réaliser leur bateau à bouchains en forme développables. Je les rejoins à la sortie de l’école pour l’été comme stratifieur et finalement. Je suis resté cinq ans à Caen ! Quand je suis arrivé, il n’y avait que le mannequin de coque… Et je suis rapidement devenu salarié, puis associé et responsable de la production : on a donc fini le Furtif qui a fait la Route du Rhum 2002 mais avec vraiment très peu de moyens… Mais ce fut une très bonne expérience où j’ai acquis la formation du composite.

Voilesetvoiliers.com : Le bateau était original…
G. N.
: Il était en composite mais avec des formes développables qui permettaient de réaliser de grandes pièces sur un marbre. Il a ensuite participé à la Transat Jacques Vabre 2005 avec Jean-Baptiste Dejeanty et Alexandre Toulorge. Mais en parallèle, le chantier réalisait aussi des pièces pour les Mini-Transat : on a fait des mâts carbone, on a construit un Mini, on a fait de petites pièces pour les enrouleurs Karver…

IMOCA Delta DoreGautier Nollet a longtemps travaillé aux côtés de Jérémie Beyou, d’abord comme responsable composite pour Delta Dore, puis comme patron de Gepeto pour préparer Maître CoQ.Photo @ Jean-Marie Liot/DPPI

Voilesetvoiliers.com : Mais en 2006, tu passes à autre chose…
G. N.
: Artech avait entre temps conçu et construit un IMOCA au Brésil pour Dejeanty (Galileo) et la Route du Rhum 2006, et à l’issue du chantier, l’équipe a cherché à monter une production au Brésil pour construire un voilier IRC, Prétexte. Il n’y avait plus que de la réparation et de l’entretien en Normandie et ce qui m’intéressait avant tout, c’était la construction…

Voilesetvoiliers.com : Et en 2007, tu arrives à Lorient !
G. N.
: J’ai travaillé pour Jérémie Beyou sur son projet Delta Dore pour le Vendée Globe 2008. Un plan Farr qui avait été construit chez JMV à Cherbourg. Le bateau revenait de la Route du Rhum 2006 : j’étais ainsi technicien composite, puis un an plus tard, responsable technique du bateau. Malheureusement, ce fut un IMOCA qui n’a pas fini de grandes courses forts de bons résultats… Et le projet s’est arrêté six mois après le Vendée Globe car Jérémie a dû abandonner au Brésil pour cause de problème de mât.

Voilesetvoiliers.com : Mais tu avais rencontré Éric Beylot…
G. N.
: Qui était alors patron du chantier Gepeto qu’il avait créé. J’ai commencé comme sous-traitant en indépendant. J’ai travaillé pour Kito de Pavant sur l’IMOCA Groupe Bel, pour Jérémie Beyou pour son Figaro et Delta Dore avant qu’il ne soit vendu à Louis Burton, et le chantier Gepeto.

Aile de Groupama CPour le Class C Groupama, le chantier Gepeto a réalisé l’aile rigide et la série de foils qui a permis à Franck Cammas et Louis Viat de s’imposer au Championnat du monde en 2013 et 2015.Photo @ Yvan Zedda/Groupama

Voilesetvoiliers.com : Fin 2010-début 2011, tu reviens t’installer à Lorient pour donner un coup de main à Éric Beylot.
G. N.
: Il travaillait beaucoup pour Groupama et Franck Cammas voulait qu’il suive toute la Volvo Ocean Race. Et finalement, en juillet 2011, j’ai repris le chantier Gepeto sur la base sous-marine de Lorient ! Désormais, Éric est devenu expert composite indépendant. Pour ma part, je suis devenu patron d’un chantier de 1 500 m2 avec une étuve de 20m par 3m, un autoclave de 4 mètres de long…

Lift40Louis Duc a confié à Gautier Nollet et ses hommes le soin de construire son nouveau prototype sur plans Lombard, le Lift 40.Photo @ Dominic Bourgeois Voilesetvoiliers.com : Et l’activité du chantier est centrée sur la réalisation de pièces composites…
G. N.
: Nous ne sommes pas un chantier naval, mais un atelier composite donc nous ne construisons pas au sens strict de bateau : nous avons déjà réalisé des coques pontées structurées mais nous ne livrons pas de bateau accastillé et prêt à naviguer. C’est le cas pour les voiliers que nous avons faits tout comme pour le nouveau Lift40, un Class40’ sur plans Lombard pour Louis Duc. Nous pouvons ainsi fabriquer uniquement les moules ou avec les pièces qui vont dedans. Nous faisons aussi des réparations et des modifications sur des bateaux existants. Ainsi nous pouvons réaliser de toutes petites pièces composites (comme pour le Gitana Team) jusqu’à une barre d’écoute pour le nouveau trimaran Banque Populaire

Voilesetvoiliers.com : Justement, depuis 2011, avec quelles équipes le chantier Gepeto a collaboré ?
G. N.
: Beaucoup avec les projets Groupama sur la Petite Coupe de l’America avec l’aile rigide et six ou sept foils différents, avec des IMOCA pour préparer le Vendée Globe 2012 et celui-ci avec des puits de foils… Mais nous avons aussi fabriqué les nouvelles parties avant des flotteurs de Sodebo Ultim' lorsque Thomas Coville l’a fait modifier après son rachat à Olivier de Kersauson… Que nous avons aussi réparé (ainsi que la coque centrale) après son abordage lors de la dernière Route du Rhum 2014. Tout comme le Multi50 Maître Jacques (ex-Crêpes Whaou 2) lorsqu’il a cassé ses flotteurs sur la Transat Jacques Vabre.

Sodebo UltimGepeto avait déjà réalisé les outillages et l’avant des flotteurs de Sodebo Ultim avant la Route du Rhum : il a reconstruit le bateau après son abordage ainsi qu’une dérive permettant à Thomas Coville d’exploser le record autour du monde en solitaire.Photo @ Jean-Marie Liot/DPPI/Sodebo

Voilesetvoiliers.com : Et vous avez aussi fabriqué des coques pontées !
G. N.
: Le Mini-Transat de Simon Koster conçu par Mer Forte de Michel Desjoyeaux. Puis un day-boat de 36 pieds en carbone en sous-traitance pour Multiplast. Et cette année, on construit la coque pontée structurée du premier Lift40 pour Louis Duc et à suivre des flotteurs pour le nouveau Multi50 Celia Village. Mais toute l’année dernière, nous avons pas mal travaillé sur les IMOCA avant le Vendée Globe en sous-traitance pour CDK (Safran, Banque Populaire) et Multiplast (Edmond de Rothschild, StMichel-Virbac) ainsi que directement avec les teams sur une douzaine de bateaux dont Quéguiner (safrans, ballasts, quille, tableau arrière…).

Voilesetvoiliers.com : Et le chantier comprend combien d’employés ? 
G. N.
: Actuellement, il y a sept personnes en CDI et deux en CDD. Mais l’an passé, nous sommes montés à douze personnes parce qu’il y a pas mal d’ateliers à l’extérieur. Et moi, je m’occupe aussi du bureau d’études, du suivi de production et de l’administratif…

Voilesetvoiliers.com : Et qu’est-ce qui a évolué le plus ces dernières années dans la réalisation composite ?
G. N.
: On voit bien que tout en restant artisanal, le travail est de moins en moins du bricolage ! Désormais, une pièce est suivie, qualifiée, validée avec des contrôles ultra-sons. Tout ce qui est fabriqué est identifié et tracé, du rouleau de tissu au nid d’abeilles et aux courbes de cuisson… Les teams sont de plus en plus exigeants et les bateaux de plus en plus légers : il y a eu un véritable bond en avant parce que c’est de moins en moins empirique car on a de plus en plus de retour d’expérience sur les pièces.

Mini-Transat Simon KosterLe cabinet Mer Forte de Michel Desjoyeaux avait confié la construction de la coque pontée de son premier Mini Transat à Gautier Nollet et son équipe en 2014, mais la jauge ne permettait pas encore les foils vers l’extérieur…Photo @ Nicolas Pehe/DPPI

) ?>