Actualité à la Hune

Cœur de chantier (29)

Ice Yachts, le luxe à l’italienne

Petit chantier transalpin, mais orfèvre c’est certain. Ice Yacht représente le luxe à l’italienne avec des solutions techniques différentes, produisant jusque-là en petite série et sur mesure d’élégants monocoques de performance et qui se lance désormais sur le marché du catamaran, son premier – un 61 en cours de construction – devant être livré au printemps.
  • Publié le : 01/03/2017 - 15:30

Ice 62"Elégance et performance", tel est le credo du chantier transalpin, comme le démontre ce 62, plan Felci. Photo @ Ice Yachts

Trouver Ice Yachts n’est pas chose aisée. Une triste zone industrielle de la vallée du Pô, située sur la petite commune de Salvirola, entre Milan et Crémone ; un petit panneau aux couleurs de l’entreprise sur le mur principal d’un anonyme bâtiment beige, surplombant un auvent sur lequel on peut encore lire la raison sociale précédente : C.N. Yachts 2000. Et c’est tout, sans luxe, sans ostentation avec une niche en plastique près de la porte d’entrée pour un puissant berger allemand plus impressionnant que méchant manifestement. Voilà cinq ans que le pétulant Marco Malgara a repris l’activité de cette maison jusque-là spécialisée dans la construction de grands voiliers, entre 40 et 80 pieds, signés principalement Valicelli ou Felci.

MalagraMarco Malgara a repris voilà cinq ans le chantier dont il a assuré le redressement.Photo @ Philippe JoubinA cette époque, l’entreprise sombrait sans grand espoir : plus une commande alors depuis un an et demi, six employés dans l’attente, confinés au service après-vente et un avenir dans le sillage. Culotté, Malgara décide d’aller plus profond dans le sillon labouré par C.N. Yachts, fort d’une devise : «qualité de la construction et perfection dans les détails».

«Si on devait comparer avec l’automobile, explique le patron, passionné de quatre roues au point d’avoir disputé six Dakar, Ice se positionne comme Aston Martin. Puissance évidente sans extravagance dans la vitesse façon Ferrari, mais des voitures de haute performance, faites quasiment sur mesure et d’une qualité irréprochable.» Question ligne c’est indéniable : l’élégance est omniprésente avec ces ponts immenses et presque flush dotés de plans où rien ne dépasse, ni manœuvres, ni électronique, ni panneaux ; ces carènes tirées au cordeau. Sur le plan de la qualité de construction, il en va de même avec ces bateaux solides, rigides, aux finitions impeccables et au luxe présent mais sans ostentation.

ChantierVue générale du chantier italien. A gauche le Ice Cat 61 ; à droite la coque d'un Ice 52. Devant celui-ci le moule de pont de la série des 52.Photo @ Philippe Joubin
En revanche, lorsque l’on pénètre dans le petit bâtiment, on est loin, très loin de l’univers aseptisé et cliniquement propre de l’usine britannique de Gaydon d’où sortent les splendeurs chères à James Bond. Le chantier Ice est poussiéreux, bruyant, vaste capharnaüm où s’agitent des employés hautement qualifiés. Tout tient en un hall : à gauche en entrant la menuiserie, à droite la coque terminée d’un 52 – le 6e – dans laquelle sont actuellement posées les cloisons intérieures. A sa droite le moule du pont du même 52 en attente de la construction du septième. De l’autre côté d’un gros îlot central qui domine le chantier, le Ice Cat 61, premier catamaran de la marque est en cours de finition. Entre ses coques, deux spécialistes du carbone réalisent des cloisons en infusion. Derrière les deux demi-moules du 52 toujours, le best-seller actuel, en préparation avant la confection de la huitième coque.

infusion Ice Cat 61Confection en infusion carbone de la pièce de liaison entre les deux coques du Ice Cat 61.Photo @ Luigi Cirillo/Ice Yachts

«Nous réalisons tout nous-mêmes, explique le patron, et depuis octobre dernier tous nos bateaux sans exception sont intégralement en carbone, monolithique en certains endroits stratégiques, en sandwich ailleurs, réalisés en infusion. Une coque de 52 nous prend environ 45 jours pour être construite. C’est vrai qu’il n’est pas aisé de trouver la main-d’œuvre qualifiée pour cela et c’est pourquoi nos employés viennent de quasiment toute l’Italie. Mais le carbone est avant tout un choix technique avec ses qualités propres de solidité, de rigidité et de légèreté, même si c’est aussi un argument marketing. Nous avons la chance de construire des bateaux de performance signés de grands architectes, à commencer par Umberto Felci. Profitons-en pour leur donner le meilleur en termes de qualité
Il n’en a pas toujours été ainsi. Le premier voilier construit par Ice, un 44’, était en verre/Kevlar classique. Mais le carbone a été introduit dès le deuxième dans la gamme pour devenir désormais la signature maison. «Nous avons donc commencé par le 44 en 2012, reprend Malgara. Nous en avons produit cinq. Puis ce fut le 62 en 2013, le 53 en 2014, le 52 en 2015. Il y a aussi le petit dayboat de régate le 33. En 2016, nous avons lancé le projet du Ice Cat 61 et nous avons ajouté la version RS du 52. Et pour 2017, nous avons déjà en projet un nouveau 60 pieds, mais aussi un Ice Cat 67 – la construction du premier débutera en mai pour un propriétaire slovène – et nous allons lancer un 72 pieds commandé par un amateur mexicain qui hésita entre Solaris, Nautor-Swan et nous !»  En affirmant cela, la fierté de Malgara n’est pas feinte…

Ice 52L'Ice 52, construit sur plan Umberto Felci et lancé en 2015, est le best-seller du chantier italien. La construction du huitième exemplaire débutera bientôt. Et une version sport, dite RS, est désormais au catalogue.Photo @ B. Kolthof/EYOTY
Bien évidemment, comme ses concurrents sur ce secteur du haut de gamme, Ice Yachts propose des emménagements à façon. Chaque propriétaire décide de la configuration, à l’image du premier multicoque en construction doté de trois cabines seulement (celle du skipper mise à part) dont une dans la coque tribord entièrement réservée au propriétaire.

Mais au total, Ice n’a pour l’instant lancé que 25 bateaux en cinq ans, les deux derniers étant un 52 et un 52 RS mis à l’eau la semaine dernière dans le port de Varazze près de Gênes.

Au total, en 2016, Ice a produit six voiliers, l’objectif du patron étant de monter à dix par an, pas plus. «Au-delà, nous risquerions de baisser en termes de qualité.» Il n’en reste pas moins que les projets sont nombreux, on l’a vu, et que la maison italienne investit.
«Nous allons installer la production des catamarans dans un autre bâtiment, près de Crémone, qui se trouve à 600 mètres du Pô de manière à y mettre les bateaux à l’eau. Ils seront ensuite convoyés jusqu’au port de Ravenne où ils seront mâtés et accastillés.»

Ice Cat 61 en constructionLe premier catamaran de Ice Yachts est construit à Salvirola. Prochainement, le chantier investira un nouveau site de production dédié aux multicoques non loin du Pô.Photo @ Philippe Joubin

Le secteur du catamaran – où Ice remet au goût du jour avec son 61 pieds une version luxe et en carbone du Mattia 56 allongé – semble déterminant pour Malgara. «Nous y allons à la demande de nos clients, affirme-t-il. Mais il faut se rendre compte que dans notre secteur d’activité, cela représente 40 % du marché désormais. Notre ambition est d’y faire du haut de gamme de performance comme pour nos monocoques. Je ne vois qu’Outremer qui se trouve sur ce créneau mais nous offrons un luxe supplémentaire. De plus, vu le développement du marché du cata à moteur, nous sommes en mesure d’offrir une alternative technique différente : le deuxième Ice Cat 61 sera équipé de 2 moteurs de 110 CV qui, grâce à sa légèreté, lui permettront d’atteindre 20 nœuds au moteur tout en conservant de grandes performances à la voile.»

Ice Cat 61Vue 3D du futur Ice Cat 61, construit sur plan Enrico Contreas et Luigi Cirillo. Le premier sera lancé en mai prochain.Photo @ Ice Yachts

Le premier (équipé de deux moteurs hybrides Diesel/électrique) s’adresse à un client belge ; le deuxième à venir partira aussi à l’exportation. Malgara : «Nous réalisons 80 % de notre business hors Italie. Notre premier marché est l’Allemagne devant la Suède. Et nous nous développons au-delà de l’Europe. Un de nos 52 part à Hong Kong ; nous avons des bateaux au Mexique. La France est un marché qui s'annonce porteur pour nos bateaux. Il n’y existe pas d’offre similaire à la notre. Quatre de nos bateaux s’y trouvent et le dernier 52 a été livré à un propriétaire français.»  
Reste l’argument qui fâche ou qui classe, c’est selon. Un Ice 52 (15,80 mètres) coûte environ 620 000 euros lorsqu’un Dufour 512 (autre plan Felci de 14,75 mètres), un peu plus petit il est vrai, est à partir de 329 000 euros et un Jeanneau 54 (15,75 mètres), par exemple, se commercialise 420 000. Et plus l’on monte en gamme, plus les tarifs s’enflamment. C’est le prix du sur-mesure à l’italienne, au chic certain et d’un esthétisme très pur.