Actualité à la Hune

Industrie nautique et salons d’automne

La crise, acte III (article mis à jour)

Le Festival International de la Plaisance de Cannes (qui vient de se terminer) et le Grand Pavois de La Rochelle (qui ouvre aujourd'hui mercredi jusqu'à lundi) marquent l’ouverture de la saison 2012-2013 pour l’industrie nautique – la plus périlleuse depuis 2008. Après une première moitié 2011 correcte, le marché a connu un véritable arrêt buffet en fin d’hiver. Avec à la clé plusieurs dépôts de bilan symboliques et de nombreuses questions sur l’avenir de la filière. (Mise à jour de l'article publié jeudi dernier sur notre site).
  • Publié le : 19/09/2012 - 00:01

Des salons sous haute tensionLes Salons d’automne – Amsterdam, Cannes, Southamton,La Rochelle, puis Barcelone et Gênes – marquent le lancement de la saison. Le plus gros des prises de commandes se font de septembre à février. Premier verdict, donc, au Nautic de Paris, en décembre, pour la saison 2013.Photo @ Voiles et Voiliers Victime d’une conjoncture difficile qui s’ajoute à plusieurs années de vaches maigres, la plaisance tire sérieusement la langue. «Où sont passés les acheteurs ?» se demandent les chantiers. Petits et grands constatent que, depuis mars environ, fin de la période des salons, le téléphone a cessé de sonner. La faute aux élections, la faute à l’Euro, la faute à… la crise tout court, qui n’épargne personne et certainement pas le secteur nautique. Secteur dont les réactions, caractéristiques d’un marché du luxe et des loisirs, amplifient les fluctuations économiques générales, à la hausse comme à la baisse.

Petit rappel des faits depuis cinq ans :

- Acte 1, septembre 2008, Lehman Brothers.
Le marché de la plaisance s’arrête net. A la fin de l’exercice 2008-2009, le marché mondial a été divisé en deux (en France, la production passe de 1,3 milliard à 700 millions d’euros). Ayant bénéficié d’une décade de croissance remarquable, beaucoup d’entreprises vivent sur leurs réserves et s’adaptent. Peu de cessations d’activité. Les réductions de personnels sont proportionnellement beaucoup plus faibles que la baisse de la production.

- Acte 2, 2009-2010, stabilisation.
Constructeurs et revendeurs écoulent leurs stocks quitte à les brader, et sortent des nouveautés à marche forcée. Le marché de l’occasion décroche. La géographie des ventes évolue énormément. Les Etats-Unis disparaissent de la carte, de même que l’Angleterre et l’Espagne dans une Europe qui résiste pas si mal. De nouvelles géographies (Balkans, Brésil, Australie…) permettent de renouer avec une timide croissance en 2010, pour une filière qui exporte près de 70 % de sa production.

- Acte 3, 2010-2012, faux espoirs.
La saison 2010-2011 retrouve clairement la voie de la croissance. Le marché de l’occasion semble purgé. En France, la production progresse de 10,7% en valeur (toutes unités confondues ; + 6,4% pour les seuls voiliers). Si les chantiers de niche s’en tirent particulièrement bien, les grandes marques connaissent un phénomène de concentration (Bavaria acquiert Dufour et Del Pardo, Dehler et Moody rejoignent le groupe Hanse…).

L’A27, contre vents et maréesL’A27, sorte de «super week-ender» et dernier de la série des «A» lancés cette année par Archambault, reste au catalogue et sera présent au Grand Pavois de La Rochelle.Photo @ Marie Dufay Badaboum fin 2011 et, surtout, en 2012. Les chiffres communiqués par la Fédération des Industries Nautiques sont mauvais : le marché mondial serait à nouveau en recul de 20%, ce qui le placerait à un niveau encore plus bas qu’en 2009. Plus grave, l’Europe est touchée plus lourdement que le reste du monde (-25 à -30% selon la FIN).

Dans ce climat dépressif, la France fait de la résistance mais n’est pas épargnée pour autant : de septembre 2011 à juin 2012, les ventes de bateaux neufs en nombre d’unités ont baissé de 9,6% (-12,3 % pour les voiliers), avec une accélération de la baisse sur la fin de période. L’activité Bateaux du Groupe Bénéteau (premier constructeur mondial, côté en Bourse et qui publie donc ses résultats) l’atteste assez bien : de -11% au premier trimestre, la baisse passe à -14% sur le troisième. Des chiffres en valeur sauvés par les grandes unités et le moteur – ce que l’on appelait jusqu’il y a peu le cœur du marché de la voile (les 9-12 mètres) étant particulièrement touché.


Petit résumé synthétique de la production depuis cinq ans :
                          2007       2012
Monde               100          40
Etats-Unis         100          30
Europe              100          40
France               100          70
(Lecture : si, en Europe, le niveau de production était de 100 en 2007, il est aujourd’hui de 40)

Privilège repartC’est sous la marque Privilège Marine que le constructeur des catamarans du même nom et des Feeling reprend son activité. La production redéménage de Lorient aux Sables-d’Olonne.Photo @ Phototèque AlliauraDans ces conditions où le chômage partiel est massivement utilisé, le printemps apporte son lot de mauvaises nouvelles, d’autant plus symboliques qu’elles touchent des sociétés – Plastimo (Groupe Navimo, voir encadré), Archambault, Sparcraft, Privilège, Elvström, Guy Couach – qui ont accompagné le développement de la plaisance depuis les années 70 et disposent d’un savoir-faire évident.

«La plaisance est un marché fragile, explique Jean-François Fountaine. On investit beaucoup, on exporte, mais nous ne sommes pas aidés. On reste des PME avec des niveaux d’exigence proches des grands et sans les moyens». Et le président de la FIN de marteler à l’intention du nouveau gouvernement : «Dans ce contexte, attention de conserver un marché intérieur fort et ne pas le fragiliser encore par de nouvelles taxes, comme en Italie (*). D’autant que la concurrence des pays émergents qui ont déjà investi dans les industries de masse va s’intensifier sur les loisirs».

Le spectaculaire rachat en début d’année du Groupe Ferretti (marques Ferretti, Riva, Bertram… soit huit chantiers navals et 2000 emplois !) par les Chinois de Shig-Weichai n’est pas pour le contredire.

(*) En Italie, le gouvernement de Mario Monti a fait passer une loi ce printemps qui taxe le séjour dans les ports de toute embarcation de plus de 10 mètres. Taxe progressive en fonction de la longueur, elle n’a certainement pas encouragé la plaisance italienne. De là à dire que tous ses maux proviennent de là…


Navimo perdureL’activité du groupe d’équipementiers va donc perdurer, mais avec moins de salariés…Photo @ Navimo

………..
Navimo-Plastimo finalement repris par VDM (Groupe Alliance Marine)

Mis en redressement judiciaire en mai dernier, tous les salariés de Navimo-Plastimo étaient suspendus à la décision du Tribunal de commerce de Lorient qui devait décider de leur avenir.

Cette mise en redressement judiciaire était le résultat d'une réorganisation en profondeur de ce groupe (marques Plastimo, Goïot, Lofrans, Max Power pour les plus grosses, mais aussi XM Yachting, Nuova Rade, AdvanSea, AB Power et Dauriac Nautic Sécurité). Jusqu'à aujourd'hui, Navimo employait environ 200 salariés en France et autant à l'étranger dans ses filiales, mais aussi dans ses deux usines d'injection plastique en Italie et sa fabrication de radeaux en Roumanie.

Décision le 14 septembre : c'est VDM-Groupe Alliance Marine

Après plusieurs reports au cours de l'été, le Tribunal de Lorient s'est prononcé vendredi 14 septembre sur l'une des cinq offres de reprise encore en lice.

Parmi celles-ci, l'offre du Groupe Alliance Marine (VDM, Accastillage Diffusion, Reya, Seimi, Vetus…), annonçait maintenir 59 emplois à Lorient. Et se montrait intéressante, le PDG d'Alliance Marine, Jean-Paul Roche, ayant une bonne connaissance du milieu et pouvant relancer rapidement la société.

Le tribunal de Commerce de Lorient a sans doute été convaincu par ces arguments : il a finalement retenu l'offre de VDM (Groupe Alliance Marine), basée à Toulon, pour les activités principalement liées au site de Lorient, le plus important du groupe. 59 postes sur 140 devraient donc être conservés. Le site de Mandelieu (Alpes-Maritimes), qui emploie une vingtaine de personnes, ne sera en revanche pas repris par VDM.

Goïot repris par deux cadres et Kent Marine

Des offres de reprise concernant Navimo, aucune ne concernait la société Goïot. Pour cette structure, deux cadres, Erwan Aumon et Robert Do Dinh proposaient la reprise en s'appuyant sur le groupe Kent Marine pour le financement. Pas de licenciement, reprise de l'activité sur le site de Saint-Herblain et conservation de la marque : vu sa pertinence, il y avait  fort à parier que le Tribunal la valide. Les repreneurs étaient même impatients de la décision afin de relancer la production avant les Salons, et regrettaient les reports intervenus au cours de l'été pour le reste du groupe.  

Quoi qu'il en soit, les juges du Tribunal de Commerce ont effectivement choisi l'offre de Kent Marine, pilotée par ces deux cadres locaux, pour le site de Saint-Herblain (Loire-Atlantique), où les 37 emplois seront maintenus.

Autant dire deux bonnes nouvelles dans cette conjoncture plus que difficile.  /  F.X.R.


...........
Le Grand Pavois en bref

Port des Minimes à La Rochelle
Du mercredi 19 au lundi 24 septembre, de 10h à 19h
850 exposants de 38 pays sur 100 000 mètres carrés d'exposition
Plus 750 bateaux exposés, dont 300 à flot
Villages et espaces thématiques, essais en mer, nouveautés en avant-première mondiale...
Pays Invité d'honneur : le Brésil
100 000 visiteurs attendus
Internet : www.grand-pavois.com