Interview Alexis Lepoutre, directeur de Navi Line

«Cette crise va modifier radicalement notre manière de penser le bateau»

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  • Publié le : 16/02/2009 - 10:50

Rationalisation. Tous les intérieurs des RM sont réalisés en commande numérique et pré-assemblés par Navi Line avant d'être installés dans les bateaux. Photo © D.R. Vous avez sans doute déjà fait le point sur une table à cartes ou pris l'apéritif dans un carré sortant de chez Navi Line. Cette société nantaise, qui équipe plus de 20 chantiers de toutes tailles, est le leader français en matière de menuiserie industrielle dédiée au nautisme. Frappée par la crise des chantiers, elle a été placée en période d'observation en décembre dernier. Alexis Lepoutre, son directeur, nous explique sa stratégie et ses perspectives pour 2009.

Alexis Lepoutre, directeur de Navi Line Pour Alexis Lepoutre, patron de Navi Line, spécialisée en menuiserie industrielle, cette crise va avoir de profondes conséquences sur la plaisance. Photo © D.R. Voiles et Voiliers : Depuis septembre, la chute de l'activité dans le nautisme a été brutale. Comment s'est-elle traduite pour vous, en tant que sous-traitant ?

Alexis Lepoutre : Le film est assez simple. Il se décompose en trois parties. La première est une baisse du marché relative dans les mois de septembre-octobre. On avait fait un plan à -25 et un plan à -40 %. Le plan à -40, on n'y croyait pas trop quand même. En septembre-octobre, l'activité s'est maintenue mais, en novembre, la prise de commandes s'est arrêtée brutalement. Les chantiers ont commencé à moins se raconter d'histoires et nous ont dit : "Non seulement c'est une baisse d'activité mais, dans certains cas, on va rapatrier la sous-traitance. En gros, nous, on ne veut pas licencier, donc on va commencer à occuper nos gars en faisant des bouts de bois". Beaucoup de chantiers avaient un pied dedans, un pied dehors. On répondait à un besoin de rationalisation de leur production, mais ils détenaient encore les savoir-faire. Ça n'a pas été simple à gérer car, selon les cas, ils n'ont pas tout rapatrié et en plus de la perte d'activité, ça nous a demandé de gros efforts de réorganisation.


VV : Comment vous êtes-vous adaptés ?

AP : Dans le cadre de notre plan à -25, on avait déjà pris la décision de se séparer de l'intérim et des CDD. On était passé de 120-130 à 90 salariés, uniquement en CDI, avec quelques mesures de chômage technique. Mais, en novembre, la situation s'est tendue et on a eu deux gros impayés de sociétés en redressement. Le 10 décembre, on ne pouvait plus faire face. Moi, je vends des heures de travail, rien que des heures de travail. A partir du moment où je n'ai pas de boulot, je suis coincé.

VV : Vous avez demandé des aides, à la FIN par exemple ?

AP : Les aides, c'est bien, mais les circuits sont très longs et puis, vous savez, on ne prête jamais aux gens en mauvaise santé...


VV : Et en termes de chiffre d'affaires, comment la crise se traduit-elle pour vous ?

AP : L'an dernier, on a clôturé le 31 août 2008 avec 10 millions d'euros de chiffre d'affaires. Si en 2009, on finit à 4,5 millions, ça sera bien...


VV : Vous continuez à croire à un redémarrage de la filière au printemps ?

AP : Non, je crois qu'il faut être réaliste, le marché ne va pas redémarrer comme ça. Il n'y a pas de grande annonce dans les mois à venir qui permette au marché de redémarrer. On est dans une crise de confiance. Je ne vois aucun cadre aujourd'hui s'engager sur un crédit-bail de 7 ans pour renouveler son bateau. Les primo-accédants, ils ont la location ; ceux qui ont un bateau d'occasion, ils vont attendre.
Je ne crois pas que le bateau redémarrera avant les Salons de septembre. Aujourd'hui, il faut durer car, lorsque ça redémarrera, notre stratégie de sous-traitant sera en phase avec le marché. Avant que les chantiers recommencent à se mettre du personnel sur le dos, ils regarderont de près la sous-traitance. Il faudra être là quand le marché va rebondir.


VV : Navi Line peut-elle redémarrer ?

AP : On a entériné un plan de licenciement de 45 personnes. On reste 45 ce qui est en adéquation avec le niveau d'activité actuel, et on peut rebondir. On a gardé les forces vives en terme de bureau d'étude, de commercial, on a sauvegardé un maximum de savoir-faire pour redémarrer. On a toujours eu une politique de centrage sur le nautisme pour se créer un nom, un réflexe. Cet objectif-là est atteint. On peut se permettre aujourd'hui de faire une diversification (ferroviaire, agencement...) sans compromettre notre position. Je ne vais pas cracher dans la soupe, mais les chantiers ont inondé le marché. Ça fait longtemps que je suis dans la plaisance. J'ai vu la moyenne de détention des bateaux passer de sept à trois ans. Aujourd'hui, un bateau de trois ans est considéré comme un vieux bateau. Dans le monde de la location, c'est pareil. Est-ce qu'aujourd'hui, on ne va pas revenir à une situation où les gens vont recommencer à conserver leur bateau plus longtemps ? Je crois que oui. Cette crise va modifier radicalement notre manière de penser le bateau.

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