Vainqueur de la Barcelona World Race et deux fois de la Transat Jacques Vabre, Jean-Pierre Dick a toujours apprécié la croisière en famille ou entre amis. Déçu par les voiliers de grande production, il a décidé de concevoir son voilier idéal. Un bateau de 54 pieds qui allie les performances des voiliers de course moderne au confort d'une vraie unité de croisière, le tout agrémenté d'un intérieur au design très original et fonctionnel.
Note :
La saison est partie ! Qu'on soit pro ou amateur, on navigue en ce mois de juin ...
Photo © Gilles Martin-Raget
Le tout nouveau voilier de croisière révolutionnaire,
imaginé par et pour Jean-Pierre Dick, est présenté en détail sur huit pages dans notre dernier numéro,
Voiles et Voiliers n°472, juin 2010.
voilesetvoiliers.com : Tu viens de mettre à l'eau ton nouveau 60 pieds, Virbac-Paprec 3 (voir notre <Photo à la hune> ici). As-tu trouvé le temps pour naviguer sur le JP54 depuis son lancement fin mars ?
Jean-Pierre Dick : Oui, j'ai pu naviguer à bord pendant les week-ends. C'est extrêmement agréable d'être dans un bel objet, qui plus est très rapide. Il marie le plaisir de la croisière et celui de faire de la voile. Pour ma part, je trouve que le pari est réussi. Il me comble de bonheur. C'est vraiment le bateau dont je rêvais. J'espère que les gens pourront découvrir ce nouveau bateau et l'apprécier aussi.
v&v.com : Quel est le bilan de ces premières navigations ?
J.P.D. : Le bilan est que le concept fonctionne parfaitement. L'idée du bateau est d'apporter la technologie de la course sans les aspects professionnels de l'entretien, et de l'associer à un vrai confort d'une vie à bord pour une croisière entre amis. Il y a vraiment le côté plaisir de naviguer, d'aller très vite sur l'eau, et puis il y a l'aspect convivial de la croisière : mouiller rapidement, être sous un taud de soleil, mettre l'annexe à l'eau très rapidement. Tout cela est réuni et je trouve que cela fait un cocktail extraordinaire. Je suis très fier de ce bateau. Dans une crique, il est beau à voir. Son design est agréable. Et sur l'eau, je retrouve les sensations d'un 60 pieds de course. L'autre jour, par 8 noeuds de vent, on approchait les 10 noeuds de vitesse à 75° du vent. Et au reaching, par 20 noeuds de vent, le bateau est très raide et accélère dans les surventes. On a atteint comme ça 18 noeuds sans souci... C'est vraiment un bateau avec des performances hors du commun !
Véritablement conçu pour la croisière très rapide, le JP54 révèle ses nombreuses qualités au mouillage dans une baie de Waiheke, en Nouvelle-Zélande.
Photo © Loïc Le Bras
v&v.com : Tu dis que c'est un mariage entre les performances de la course et les plaisirs de la croisière. Est-ce donc un voilier de course-croisière ? Quel est son programme exact ?
J.P.D. : Non, on a tous souhaité en faire un véritable bateau de croisière, où le plaisir est d'aller vite d'une crique à une autre. C'est difficile de courir deux objectifs à la fois. Nous avons donc uniquement axé notre travail sur la croisière. Il y a plein de petites astuces, comme l'ancre qui se nettoie automatiquement en se relevant, qui montrent la priorité mise au confort en croisière. Maintenant, évidemment, il pourrait participer à des courses, mais ce n'est pas son objectif.
v&v.com : Raconte-nous la genèse de ce bateau ?
J.P.D. : L'histoire de ce bateau est le fruit d'une double frustration. La première vient d'une croisière en Corse en 2008 sur un voilier de 12 mètres d'un grand chantier français. Par 20-25 noeuds, le bateau ne permettait pas de naviguer en toute sécurité. On était obligé de réduire considérablement la toile pour éviter de se vautrer, de partir en roulis. Et le restant de la croisière, avec peu de vent, on était au moteur. Je n'ai pas pris de plaisir sur ce bateau alors que la voile est ma passion. La deuxième frustration provient de la course où l'on ne s'arrête jamais. Partir des Sables-d'Olonne et revenir aux Sables après un tour du monde, c'est tout de même assez frustrant ! J'aime le voyage, prendre du bon temps, s'arrêter dans une crique, ce qui n'est pas possible sur nos 60 pieds de course. Le JP54 est donc né de cette double frustration. Au bout de trois tours du monde, j'ai imaginé ce bateau, fait quelques dessins et établi un cahier des charges. On a vu pas mal d'architectes, et Guillaume Verdier a bien répondu à nos interrogations.
v&v.com : Pendant cette fameuse croisière en Corse, le déclencheur a été l'histoire de l'annexe...
J.P.D. : Oui, on venait d'arriver dans un mouillage. On se dit qu'on va descendre à terre, donc on gonfle l'annexe. Au bout d'un quart d'heure, après l'avoir gonflé sur la plage avant, l'avoir mise à l'eau, arrive le moment fatidique où il faut descendre le moteur à bord. Là, debout en équilibre instable dans l'annexe, je tombe à l'eau avec le moteur dans les bras. Et me voilà parti dans les fonds ! J'ai dû faire des efforts colossaux pour le remonter à la surface. J'ai failli boire la tasse. Cet événement-là m'a vexé et fait réfléchir. Souvent dans la vie, on prend des décisions sur des coups de tête. Ce jour-là, je me suis dit < y en a marre de cette ergonomie foireuse, j'ai envie de faire mon propre bateau et de créer mon propre concept >. C'est comme ça qu'est né ce 54 pieds de croisière.
v&v.com : Dans le même esprit, c'est en crevant un pneu que tu avais décidé de faire le Vendée Globe !
J.P.D. : oui, c'est vrai. Je venais de gagner le Tour de France à la Voile en 2001 et je ne m'y retrouvais plus dans ma vie de tous les jours, d'aller au bureau. J'avais envie de vivre ma passion de la mer. Voir les images de Michel Desjoyeaux remporter le Vendée Globe et de l'entendre dire que c'est à la portée de tout le monde de faire le Vendée m'ont fait penser : < pourquoi pas moi ? > Et un jour, en allant au boulot chez Virbac, je tape une plate-bande et j'explose mon pneu. Et pareil qu'en Corse, j'ai eu un moment d'énervement. Une fois calmé, je me suis dit < ok, c'est bon, je vais faire le Vendée Globe. Je monte mon dossier, le montre à mes sponsors et j'essaye de les emmener dans cette aventure. > Cela n'a pas été simple. J'ai mis trois ans à monter le projet, mais plus rien ne pouvait m'arrêter une fois que j'avais pris cette décision. On a qu'une vie... Aujourd'hui, presque dix ans plus tard, je suis très content d'y être allé. Je vis ma passion pleinement et c'est extraordinaire.
Jean-Pierre Dick et Luc Bartissol, le responsable de la construction du bateau, savourent la première croisière du JP54 en Nouvelle-Zélande.
Photo © Loïc Le Bras
v&v.com : Revenons au JP54, cela a dû être un sacré challenge technologique ?
J.P.D. : Effectivement. L'ambition de faire un bateau léger mais confortable, avec une table à cartes et une cuisine pivotant, et une quille pendulaire, sans le moindre vaigrage, pour un déplacement de seulement 9 tonnes, c'est un challenge extrêmement délicat à relever. Tant au niveau architectural que design, cela pose énormément de problèmes techniques. Avec toute l'équipe, et surtout Luc Bartissol, on a relevé ce challenge. On a investi dans cette idée, et on y est allé à fond. On a été séduit par les dessins et les esquisses de la designer Stéphanie Marin, mais c'était forcément difficile à fabriquer. C'est très novateur. Les coussins qui forment le salon, le meuble de cuisine inspiré de Gaudí (architecte entre autres de la Casa Milá à Barcelone, ndlr) qui pivote avec ses 600 kg de batteries et autres, cela demande non seulement une finesse dans le dessin et l'ergonomie, mais aussi dans la réalisation. Il a fallu construire un nombre de moules incalculables. Mais le résultat est exceptionnel !
v&v.com : Traduire des concepts de design en réalité industrielle, c'était ça le plus compliqué ?
J.P.D. : Oui. Construire un voilier carbone, avec quille pivotante, grand-voile à corne et tout, on sait faire. Mais l'intérieur d'un 60 pieds de course est vide. Pour nous, l'aménagement, c'était nouveau. On est arrivé avec beaucoup de fraîcheur. On a mis énormément de moyens entre l'idée de Stéphanie, son design, et la réalité pratique avec des matériaux composites, dans un souci constant de légèreté. En Nouvelle-Zélande, deux ingénieurs se sont penchés en permanence avec Luc (Bartissol, ndlr) sur toutes ces problématiques. Quatre personnes ont travaillé à temps plein en conception pour rendre effectivement ce design une réalité. Il y a eu ainsi 23 versions de coussins différents. On a buté pendant deux mois avant de trouver une solution sur un problème de divan avec le carrousel. Cela nous a pris beaucoup d'énergies et du temps. On a essayé toutes les solutions possibles...
v&v.com : Quel est l'objectif de ce bateau ?
J.P.D. : C'est de faire partager cette passion de la croisière et cette conception de la voile. L'objectif est de produire une petite série, je dirais jusqu'à vingt unités. Et de passer ce virus à des propriétaires, des familles, qui ont envie de connaître le bonheur de naviguer à 20 noeuds et de s'arrêter dans une crique pour passer du bon temps en famille ou entre amis sur un voilier beau et confortable. Les vacances en croisière, ce sont les plus belles vacances possibles quand on aime la voile. C'est ma passion et mon credo de vie...
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Et, en bonus, voici la vidéo du retournement - imposé par la jauge - du nouveau 60 pieds IMOCA de <JP>, Virbac-Paprec 3, lancé avant-hier à Auckland, Nouvelle-Zélande :
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31/03/2010 - 20:30
Vendée Globe : une vie de moine sur mesures pour Jean-Pierre Dick
A peine remis de son abandon lors du Vendée Globe 2008-2009 sur casse de l’un des safrans de Virbac Paprec 2, Jean-Pierre Dick a commencé la conception de son successeur. Construit en Nouvelle-Zélande au chantier Cookson Boats sur plan Verdier-VPLP, ce 60 pieds nouvelle génération devrait être l’un des plus modernes de la flotte IMOCA. Tout en conservant ses secrets, « Jipé » montre à Loïc Le Bras le chantier où se termine la construction sur mesure de sa nouvelle monture…
28/01/2010 - 07:43
Quand Jean-Pierre Dick se lance dans la croisière !
Il est actuellement en construction aux antipodes en Nouvelle-Zélande, vient d'être ponté et se nomme JP 54. JP comme Jean-Pierre Dick, son concepteur. Le navigateur niçois rêvait d'un voilier de croisière à la fois rapide et confortable, avec une approche novatrice en matière d'emménagements. Au vu du cahier des charges et des premières images, se concocte un splendide jouet.
08/03/2009 - 16:35
«JP» Dick repart pour un troisième tour du monde… mais sur un plan Verdier/VPLP !
Ce n'est pas le nouveau QG parisien de l'écurie de course Paprec-Virbac, mais une galerie d'art moderne branchée du quartier de Beaubourg. C'est là que Jean-Pierre Dick et Luc Talbourdet ont présenté vendredi matin leur nouveau projet. Alors qu'il reste encore trois concurrents du Vendée Globe en mer, le team Paprec-Virbac ne traîne pas et met le cap sur 2012. Explications et indiscrétions.