Actualité à la Hune

Cœur de chantier (34) : Albas

Thierry Lamoure : «M’inscrire dans la plus pure tradition de nos chantiers»

Avec un nom pareil, on pouvait se douter que l’on aurait à faire à un passionné. Et Thierry Lamoure l’est bien, des bateaux comme de la mer. En janvier dernier, il a lancé son petit chantier de voiliers de bassin à Montrouge et propose actuellement deux modèles. Une entreprise qu’il gère seul mais qui vise déjà l’international. Un rêve d’enfant adapté aux ambitions d’un adulte puisque ses bateaux aux formes modernes et équipés de spis révolutionnent le petit monde du jouet flottant. Rencontre au bassin du jardin des Tuileries, où nous avons fait naviguer des Albas sous l’œil émerveillé des passants.
  • Publié le : 17/02/2018 - 15:30

Thierry Lamoure et ses AlbasThierry Lamoure, au bord du bassin du jardin des Tuileries, montre avec fierté ses deux modèles : l'Albas 35 et l'Albas 65, conçus et fabriqués par lui. Photo @ Laurène Coroller

Voilesetvoiliers.com : Votre rapport avec la voile a débuté il y a longtemps. Racontez-nous...
Thierry Lamoure : Avant même de tenir debout, n’importe quel bout de bois se transformait en bateau sous mes yeux. Petit, je naviguais avec des voiliers de bassin. J’ai compris comment fonctionnait le vent grâce à ces jouets. En grandissant, j’ai quitté les parcs, fait des stages de voile à l’UCPA, lu Le cours des Glénans et acheté de vrais bateaux de plaisance.

Voilesetvoiliers.com : Vous naviguez encore aujourd’hui ?
Thierry Lamoure :  Oui, j’ai un bateau pour mon âge (sourire). Un Hunter 33 qui se trouve à La Rochelle. De Pâques à octobre – novembre les bonnes années –, je sors en bateau avec la famille et les copains. 

Voilesetvoiliers.com : Avant de vous lancer dans la construction d’Albas, quel métier exerciez-vous ?
Thierry Lamoure :  Dans les usines, il y a des machines. Des machines qui tombent en panne et que je réparais. Sauf que je n’ai aucune qualité technique. J’étais chef d’entreprise d’une société de maintenance industrielle. J’y ai fait toute ma culture technique auprès des spécialistes avec qui je travaillais. 

Voilesetvoiliers.com : A 60 ans, comment vous est venue l’idée de vous lancer dans une activité comme celle-ci ?
Thierry Lamoure : La création m’intéresse. J’ai toujours eu cette idée d’adapter les progrès de l’architecture navale sur des voiliers de bassin. J’ai commencé par une goélette absolument splendide avec une coque en acajou d’un millimètre d’épaisseur. Je ne vous dis pas comment j’ai galéré pour avoir une coque en forme. Elle partait au moindre souffle. En septembre 2017, fraîchement retraité, j’ai commencé à réfléchir sérieusement à un prototype. J’ai essayé différents lests, différents mâts, différents safrans… La coque était plutôt aboutie dès le début. Ce qui en reste, ce sont les Albas 35 et 65. Aujourd’hui, je veux offrir un véritable jouet aux enfants. Leur faire découvrir – avec de l’eau, du vent et un bout de bois intelligemment découpé – qui sont Newton et Archimède et comment se servir de ces lois naturelles en plein air, sans écran, sans électronique, même si je songe à sortir prochainement un voilier radiocommandé.

Voilesetvoiliers.com : Les Albas ont la particularité d’être plutôt innovants pour des voiliers de bassin…
Thierry Lamoure : J’ai essayé d’intégrer tout ce que l’architecture navale moderne nous avait apporté  sauf les foils. Déplacement léger, maître bau élargi se prolongeant jusqu’au tableau arrière, double safran, du volume à l’avant, quille profonde… Ça en fait des bateaux vivants et rapides. On a bien sûr la possibilité de régler les voiles et pour aller jusqu’au bout du jeu. Les bateaux peuvent être équipés d’un spi qui se monte et se démonte très rapidement (le tangon s’insère dans un œillet et le spi se fixe en tête de mât par un crochet, ndlr). Ils sont taillés comme des spis asymétriques. Bien sûr, ils ne permettent pas de virer de bord mais le jeu n’en est que décuplé.

Taquet Albas 65Pour régler le spi, il suffit simplement d'enrouler l'écoute autour du taquet. Les petites mains n'auront aucune difficulté.Photo @ Laurène Coroller

Voilesetvoiliers.com : Vous êtes seul à concevoir et à fabriquer vos bateaux ?
Thierry Lamoure : C’est une activité artisanale. Je suis seul à concevoir, à fabriquer et à commercialiser sur Internet les voiliers. Il me faut deux jours et demi pour fabriquer l’Albas 35 et trois jours à trois jours et demi pour le 65. Assembler les blocs de bois, les tailler à la scie, les poncer quelques heures et les peindre pour qu’ils deviennent de jolis bateaux. Enfin, je taille les voiles puis les couds. C’est effectivement beaucoup de temps pour un jouet. Jusqu’à présent, j’ai sorti une dizaine d’unités depuis décembre mais très peu ont navigué. Les chères têtes blondes attendent un peu de soleil pour jouer autour des bassins. Mais les parents sont en pleine révision de mon cours de navigation (rires). La majorité de mes clients n’a pas de connaissance nautique. Ils ont trouvé le jouet joli, sans doute éducatif. Mais ils ont compris qu’ils devaient apprendre les rudiments de la voile pour que leurs enfants puissent jouer en toute sécurité. La sécurité est très importante. C’est pour cela que j’ai pensé à la pomme de mât (petit renflement en tête de mât) pour mettre à l’eau le bateau sans avoir à se pencher.

Voilesetvoiliers.com : Quels matériaux utilisez-vous ?
Thierry Lamoure : Pour la coque, j’utilise du balsa. Un bois léger et robuste. Pour le mât et le tangon de spi, j’utilise du hêtre. Les cadènes, les tendeurs et la barre de flèche sont en fil de fer galvanisé mais j’ai trouvé quelqu’un qui pourra me fournir du Dynema à bas prix. Les voiles, quant à elles, sont en toile de spi. Plusieurs coloris sont disponibles.

Voilesetvoiliers.com : Lorsque l’on pense voiliers de bassin, on pense siècle dernier, carte postale en noir et blanc. Ces bateaux ont-ils encore une clientèle aujourd’hui ?
Thierry Lamoure : Pendant des siècles, les voiliers de bassin ont été les seuls jouets mobiles. Ils sont encore présents aujourd’hui dans l’imaginaire collectif. Je pense qu’il y a de véritables amoureux de ces bateaux qui, jusqu’à présent, n’avaient que des antiquités à se mettre sous la main, avec un gros travail de remise en état sur leur bateau. C’est d’ailleurs aussi pour eux que je propose aussi des Albas en kit. Les coques sont ébauchées et il y a un petit travail de ponçage et de finitions. Par contre, les voiles sont déjà taillées et cousues.

Albas 35L'Albas 35 sur les trousses des canards du bassin.Photo @ Laurène Coroller

Voilesetvoiliers.com : L’autre fabricant en France, Tirot (entreprise installée en Bretagne), est considéré comme le leader sur le marché. Pensez-vous qu’il y a de la place pour deux chantiers ?
Thierry Lamoure : J’essaie de m’inscrire dans la plus pure tradition de nos chantiers nautiques qui ont révolutionné le marché de la plaisance par les technologies qu’ils ont apportées. Tirot fabrique ses voiliers depuis plusieurs générations. Ils ont des capacités de production artisanale bien plus importantes que les miennes puisque ça se chiffre en milliers. Moi, si j’arrive à la centaine à l’année, je serai au maximum de mes capacités. Si le marché accepte quelques milliers de bateaux classiques, il va bien accepter une centaine de bateaux modernes qui, par leur vitesse et leur esthétique, vont ravir petits et grands. Mais je soupçonne que certains parents les utilisent à titre de décoration. Et je m’élève contre ce détournement des jouets des enfants ! C’est inadmissible ! Par contre, nous sommes encore minoritaires par rapport au marché mondial. Les Anglais sont très friands de ces bateaux et je compte bien viser une clientèle plus internationale.

Voilesetvoiliers.com : Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans cette nouvelle aventure ?
Thierry Lamoure : Ce n’est pas tout de réduire la taille des bateaux. Les lois d’hydrodynamie ne sont pas les mêmes à petite échelle. Ce côté ingénierie me plaît. Derrière mon projet, il y a une grosse partie éducative. Si je peux faire découvrir la voile aux enfants grâce aux Albas, ce sera une réussite.

Voilesetvoiliers.com : Les p’tits bateaux ont-ils des jambes ?
Thierry Lamoure : Maman me disait qu’ils ont des jambes et pour les parents qui désirent découvrir les joies de la voile, j’ai écrit un petit cours tenant sur deux pages sur mon site et qui donne les bases pour régaler les bambins. Et en peu de temps, ce sont eux qui expliqueront comment faire marcher son bateau.

VIDEO. Essai des voiliers Albas sur le bassin des Tuileries.

Voiliers Albas

Prix standard : 80 euros pour l’Albas 35 et 145 euros pour l’Abas 65

Vente par correspondance uniquement.

Pour plus d'informations et passer commande, rendez-vous sur le site : https://www.voiliers-albas.com/