Note :
Passionné et visionnaire, Luca Bassani est persuadé que l'avenir des Wally passe par encore plus de simplification dans l'utilisation des grands voiliers en équipage réduit.
Photo © Gilles Martin-Raget
Depuis près de 20 ans, Wally n'a eu de cesse de bousculer les idées reçues et de refondre l'image du croiseur rapide. Intimement liées, élégance, vitesse et simplicité sont au coeur des bateaux du chantier italien.
Un triptyque qui prend un nouvel élan aujourd'hui avec le projet d'équiper les prochaines unités de voiles épaisses, dans le sillage de BMW-Oracle... En découvrant Wally Wow, vous risquez de dire waouh ! Mais c'est dans un français impeccable que Luca Bassani, créateur des Wally, nous a expliqué sa démarche.
v&v.com : C'est la victoire de BMW-Oracle et de son aile dans la dernière Coupe de l'America qui vous a donné l'idée d'équiper les Wally de voiles épaisses ?
Luca Bassani : Ça a été le déclic. Mais ça fait dix ans qu'on travaille sur le projet. Nous avons d'abord équipé un plan Frers de 9 mètres d'une voile épaisse. On a eu d'emblée de bons résultats, mais il y avait tellement à faire par ailleurs sur le développement des Wally qu'on a laissé ça de côté. Entre temps, nous avons été contacté par Ilan Gonen de la société Omer Wing Sails qui a lui aussi développé l'idée, de façon un peu plus complexe, en équipant un Elan 37. J'ai essayé le bateau et j'ai été convaincu, mais je pensais à l'époque que c'était encore trop innovant... Et puis, au bout d'une demi-heure dans la première régate de l'America's Cup, j'ai appelé Ilan et je lui ai dit : <J'espère que tu regardes la télé. C'est le moment !>
Imaginé sur le Wally 130, la voile épaisse baptisée Wow pourrait équiper rapidement un Wally Nano pour finaliser les aspects techniques. Un 100 pieds est aussi à l'étude pour un client.
Photo © D.R.
v&v.com : Pouvez-vous décrire le principe de WOW (pour Wally Omer Wing Sail) en quelques mots ? Ça doit être assez complexe ?
L.B. : Non, c'est très simple justement. Vous avez un mât en carbone autoporté qui traverse le pont. Deux drisses commandent la petite vergue sur laquelle sont tenues les deux parois de la voile épaisse qui entoure le mât. Il y a ensuite deux réglages : celle de l'épaisseur du profil qui est commandé par un vérin hydraulique dans la bôme et un hale-bas pour contrôler le vrillage.
v&v.com : Quels avantages peut-on attendre du système sur un bateau de croisière rapide ?
L.B. : Ils sont au nombre de trois. La performance en vitesse - que j'estime de 10 à 12% supérieure à celle d'un bateau de régate classique - et surtout en cap. En réduisant l'épaisseur de la voile et en jouant sur l'incidence, on gagne dix degrés à conditions égales. Ensuite, il y a l'aspect structurel. On supprime la compression du mât, il n'y a que sa force latérale à contrôler au niveau du pont. Un mât classique, si on y réfléchit bien, c'est une aberration sur le plan mécanique : on tire d'un côté ce qu'on pousse de l'autre ! Wow, c'est moins de structure sur le bateau, moins de voiles et donc moins de coût. Et puis le troisième aspect qui est peut-être le plus important, c'est la simplicité d'utilisation. Il faut voir la voile épaisse se comporter à l'empannage. C'est d'une douceur extraordinaire, ça marche comme un safran compensé.
v&v.com : <Un Wally>, c'est devenu synonyme de <navigation presse-bouton>. Les plans de pont sont déjà d'une simplicité désarmante. Y a-t-il vraiment besoin d'aller encore plus loin ?
L.B. : Attention, Wally, c'est simple pour l'utilisateur, mais très complexe à mettre en oeuvre ! Traditionnellement, on cache les systèmes. Là, avec Wow, on les élimine. Il reste une écoute de grand-voile, un réglage d'épaisseur et un hale-bas. On peut éventuellement rajouter un Code zéro, mais ce n'est que pour la régate, car la voile épaisse est bien assez performante telle quelle, même au portant. Et puis quand le vent monte on peut aussi ariser en laissant filer la drisse et reprenant la bosse comme on le ferait sur une voile classique.
Moins de traînée donc plus de tirant d'air, 10% de vitesse et 10° de cap en plus. Surtout, beaucoup plus de facilité d'utilisation.
Photo © D.R.
v&v.com : Pourquoi avoir choisi d'augmenter le tirant d'air sur les images de simulation ? Comment allez-vous gérer le vrillage de la voile ?
L.B. : Les essais en soufflerie montrent qu'une voile épaisse génère beaucoup moins de traînée qu'une voile plate. Cette moindre résistance à l'avancement suppose moins de gîte et on peut donc augmenter la puissance. Pour le vrillage, contrairement à l'aile de BMW-Oracle qui était rigide et nécessitait de forcer la cambrure, la voile épaisse twiste naturellement. Il suffit donc d'un hale-bas pour réguler et retenir l'ouverture dans les hauts.
v&v.com : Avec quel fabricant de mât collaborez-vous sur le projet et quel est le coût d'un tel système par rapport à une configuration traditionnelle ?
L.B. : Sur l'Elan 37, Ilan avait déjà travaillé avec All Spars. On va donc continuer avec ce partenaire. L'ambition est de réaliser un gréement sans surcoût par rapport à un mât carbone classique. La simplification de la structure, des périphériques et de l'accastillage doit compenser le surcoût des études et de la réalisation. J'espère même dans le futur qu'on saura faire des bateaux moins chers grâce à ce système.
v&v.com : Est-ce que la période de crise que vient de traverser le nautisme est propice à imposer une telle innovation ?
L.B. : Innover, depuis que je fais des Wally, c'est ce que je passe mon temps à demander à mes équipes et à mes clients. Je sais que l'humanité est très conservatrice. Ce que je peux simplement vous dire, c'est que si demain je me faisais un bateau de croisière pour moi, je choisirais le gréement Wow !
v&v.com : Justement, comment se porte Wally aujourd'hui, par rapport à la reprise de l'activité qui semble se dessiner ?
L.B. : Nous avons eu la chance d'avoir en 2008 un carnet de commandes important. On a pu ainsi passer 2009 qui a vraiment été catastrophique. Aujourd'hui, nous avons en construction un voilier de 51 mètres sur plans Bill Tripp et une dizaine de bateaux à moteur. Nous sommes sur quatre gros projets de voiliers qui pourraient se concrétiser très rapidement, dont un 100 pieds avec gréement Wow justement.
v&v.com : Il ne manque pas d'inventeurs qui ont cherché sur ces questions de voiles épaisses, certains en France d'ailleurs comme Alain Chapoutot ou Sylvain Berthommé. Y a-t-il des brevets contraignants pour installer Wow sur un Wally demain ?
L.B. : Nous avons fait une recherche et, à part Ilan Gonen avec qui nous nous sommes associés (Wally Omer Wing) et qui nous donne l'exclusivité, nous n'avons pas trouvé de brevet bloquant l'utilisation d'une voile épaisse à bord d'un voilier. Maintenant, il n'est pas impossible que des gens sortent du bois lorsque le premier bateau sortira. Mais chaque chose en son temps !
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Vos commentaires
bonjour comment se fait la réduction de voilure ? merci JF
Très bonne question que nous avons d'ailleurs posé à Luca Bassani. Sur le principe, la manoeuvre ne change pas vraiment par rapport à un gréement classique à la réserve près qu'il y a deux drisses pour guider le bord d'attaque et le bord de fuite de la voile. Une fois choquée, la bosse de ris est reprise puis l' écoute et le hale bas re-réglés pour mettre en route. Encore à l'état de projet, il est bien évident que Wow n'a pas dévoilé tous les pièges qui attendent les concepteurs dans sa réalisation. La prise de ris peut en être un puisqu'il faut faire coulisser un double pli autour d'un mât ce qui est nécessairement plus complexe que pour une voile plate. Néanmoins sur ce type de gréement, l'absence de haubans et donc la possibilité de laisser la voile en drapeau, même au vent arrière, pour effectuer la manoeuvre est un aspect très prometteur pour la facilité d'exécution. P.M.B.