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Voiliers d’exception / Portrait et plans de formes (2)

TeamWork Evolution 747 : une nouvelle esthétique de course

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  • Publié le : 22/08/2011 - 05:29

Raison de plus ! Oublions tout ce qui divise, agace. Et gardons le plus beau, ces deux incroyables multicoques, gardons les plus belles images, coques fines, gréements démesurés, puissance et légèreté, géométries osées, gardons les sillages légers, les flotteurs aériens - regardons enfin Alinghi 5 affronter USA-17 ! Photo © Gilles Martin-Raget (BMW-Oracle Racing) Renouant avec la tradition des grandes heures de la plaisance de la Belle Époque, où les revues nautiques publiaient les plans des derniers voiliers innovants, le site de Voiles & Voiliers reprend le flambeau. Après le gigantisme et Rambler 100, ce sont les plans du TeamWork Evolution 747 (d'abord baptisé "Magnum") de l'architecte David Raison qui sont publiés et expliqués !


TeamWork Magnum 747 En remportant la Transgascogne en ce début d'été, David Raison a validé la nouvelle esthétique de son TeamWork Magnum 747, au moins pour le monde de la course. Photo © François Chevalier Le secret d'un voilier est tout relatif...
En effet, si un architecte naval est capable de dessiner une coque qu'il imagine dans sa tête, il lui est tout aussi aisé de redessiner la carène qu'il a devant les yeux, quelle que soit sa forme. Cette opération est d'autant plus facilitée que les voiliers répondent à un règlement précis et rentrent dans le cadre d'une jauge... Mais le plaisir n'en est pas diminué, bien au contraire ! Reconstituer ce secret fait même partie de la règle du jeu !

De ce point de vue, les surprenantes formes du Mini 6,50 imaginé par David Raison en 2009, le TeamWork Evolution 747 - surnommé <Magnum> -, ont largement de quoi motiver une étude, tandis que les réelles qualités du concept pousse à se poser un certain nombre de questions.
D'abord, comment se fait-il qu'un voilier avec une flottaison courte aille plus vite que les autres ? Et comment se comporte-t-il dans la mer formée ?
Ensuite, pourquoi personne n'y a pensé plus tôt et quel avenir a cette idée, sur les 40, 60 et 70' ? Notre voilier de croisière finira-t-il par ressembler à ce mastodonte ?


Le laboratoire des Minis
Un petit retour en arrière fixera mieux les idées. La Mini est née en 1977, initiée par le Britannique Bob Salmon, en réaction au gigantisme de la Transat en solitaire Anglaise de 1976 et le trois mâts Club Méditerranée d'Alain Colas - 72 mètres hors tout.

Le TeamWork Evolution 747 à la loupe

Longueur
Flottaison
Bau
Bau à la flottaison
Bout-dehors
Tirant d'eau
Déplacement
Voilure au près
Voilure au portant
Tirant d'air
Date de mise à l'eau
Architecte
Chantier

6,50 m
5,30 m
3 m
2,17 m
3,50 m
2 m
0,75 t
48 m2
125 m2
12 m
Avril 2010
David Raison
David Raison, Frossay

À l'époque, 23 coureurs prennent le départ de Penzance vers Antigua sur des voiliers de 6,50 mètres. Daniel Gilard l'emporte sur un Serpentaire, suivi de Jaworski sur un prototype, Spanielek, puis Halvard Mabire sur un Rêve de Mer (7,10 m) de Jean-Marie Finot, tronqué pour l'occasion. Le quatrième est Jean-Luc Van den Heede sur un Muscadet (6,40 m) et Bruno Peyron termine douzième sur un Edel 6.60 réduit.

L'idée est donc lancée. Aux architectes maintenant de trouver comment réduire un voilier (le plus grand possible) à 6,50 m, tout en augmentant sa raideur pour porter le maximum de voilure.
Dix ans auparavant, Éric Tabarly avait donné la leçon aux Américains en faisant construire Pen Duick V pour une Transpacifique en solitaire... Pour la Mini 1979, le californien Norton Smith contacte donc l'architecte Tom Wylie pour qu'il conçoive American Express, un bateau exploitant les règles de la Mini. Avec sa longueur à la flottaison maximale, ses ballasts liquides latéraux, sa quille à bulbe et sa construction légère en bois moulé, le voilier spi en tête est capable de courir plus de 200 milles en 24 heures. On est très loin des 4,45 noeuds de moyenne de Daniel Gilard deux ans avant !

Voilà en exclusivité, redessiné par François Chevalier, le plan de forme du TeamWork Evolution 747, le mini 6,50 dessiné par David Raison... Dont l'étrave à l'esthétique de "sabot" a de quoi faire rêver, sinon parler !
(Image non cliquable.)

Cette même année, certains concurrents coupent leur Surprise (7,65 m hors tout et 6,60 m à la flottaison) à la limite autorisée. Puis les proto s'élargissent, le roof est supprimé... Et la Mini devient une course comme les autres, avec un classement pour les voiliers de série et un pour les protos.

Un ultime règlement limite finalement la largeur à 3 m, le tirant d'eau à 2 m et le tirant d'air à 12 m. Les points d'inflexions sont interdits d'un livet à l'autre et un minimum de couple de redressement est obligatoire. Quelques jeunes architectes comme Sébastien Magnen ou Pierre Roland émergent devant les ténors, Finot-Conq, Berret ou Lombard. Les carènes sont de plus en plus légères et le bouchain dit <évolutif> se généralise afin d'exploiter au mieux la largeur autorisée en tronquant le tout à 3m... Mais si elles se font de plus en plus sophistiquées, aucune révolution n'apparaît... De fait, les voiliers extrêmes ne peuvent naître que d'une libération de la jauge.


Les premiers Scow Les premiers Scow apparaissent dés 1896, dès que la jauge à la longueur de flottaison entre en vigueur et que les premiers défis sont lancés entre les Clubs des Gands Lacs et les New Yorkais. Photo © François Chevalier Et un Scow ?

Un Scow à la loupe

Longueur
Bau
Déplacement
Bout-dehors
Voilure au près
Voilure au portant
Equipage
Date de création
Chantier

11,50 m
2,58 m
0,84 t
1,83 m
46,5 m2
158 m2
5 à 8
1901
Melges Performance
Sailboats

Pour comprendre la démarche de David Raison, il convient d'analyser les facteurs de vitesse des voiliers actuels. D'abord, écartons la course à la longueur de flottaison, rapidement résolue par les premiers architectes qui se sont penchés sur la Mini : les 6,50 m sont atteints dès 1979.

Le problème suivant a été de créer une longueur de la flottaison à la gîte supérieure à la longueur du voilier ; or le gain est relativement minime. En allégeant les voiliers tout en en augmentant la surface de voilure et en augmentant la raideur, grâce à la quille basculante, le Mini part au planning... De ce fait, le problème de la longueur de flottaison devient annexe.

A Scow Le A Scow est le plus grand de la série - 11,58 m - il est capable de tirer un skieur nautique. Photo © François Chevalier David Raison intervient ici en posant les chose à plat : comment augmenter la raideur sans mettre le voilier en danger - ce qui est d'ailleurs limité dans la règle de la Mini ? L'idée d'un Scow à haut franc bords germe alors.

En 1895, le Seawanhaka Yacht Club situé sur Long Island lance une Coupe où seule la longueur de flottaison est comptée, soit 15 pieds (4,57 m).
Dès l'année suivante, les prototypes les plus extravagants sont construits pour la Coupe, et deux ans plus tard, naît le type Scow, depuis répandu largement sur les Grands Lacs.

Plan de forme du Scow Le plan de forme des premiers Scow ont quelques similitudes avec les lignes du TeamWork 747 de David Raison. Photo © François Chevalier Le Scow est un grand rectangle (de 5 à 12,50 m) ponté à fond plat, équipés de deux dérives et de deux safrans, fait pour naviguer sur la tranche où il utilise toute sa longueur. Lorsque le vent descend des monts qui entourent les lacs, les voiliers s'envolent - dans tous les sens du terme - et ceux qui ont le vent en poupe partent dans un planing irrésistible - des pointes à 33 noeuds. Cependant, malgré plusieurs démonstrations de sa supériorité en Europe dans les années 1950, ce type de voilier est bizarrement resté local...

Lignes de formes comparées À plat, les lignes de formes du Magnum sont celle d'une planche à voile. À la gîte, l'angle de la flottaison avec l'axe du voilier est plus de deux fois moins important que sur un Mini traditionnel. Photo © François Chevalier Jusqu'à ce que David Raison s'empare de ses lignes. Ainsi, au lieu de basculer sur l'étrave, la flottaison à la gîte du Magnum se décale latéralement, produisant un couple de rappel beaucoup plus efficace. La quille reste dans l'axe de la flottaison quel que soit l'angle de gîte.

Reste à modérer cette étrave de cachalot, afin de limiter les coups de butoirs dans les vagues. En la remontant légèrement, le voilier se soulève rapidement et glisse sur l'obstacle plutôt que de foncer dedans.

Le TeamWork Evolution 747 est mis à l'eau le 29 avril 2010. Après une succession quelques petits problèmes techniques sur le bateau, la preuve par neuf de l'efficacité de cette carène est enfin faite : David Raison remporte la Transgascogne, créant en même temps une nouvelle esthétique à laquelle il faudra s'habituer... Car la victoire impose sa loi !

Néanmoins, si Raison a trouvé une faille où il s'est glissé, d'autres architectes sont sur une voie parallèle, notamment Bruce Farr sur le nouveau Volvo 70 Abu Dabhi et Juan Juan Kouyoumdjian sur le 60' Cheminée Poujoulat, mais ceci est une autre histoire... dont nous reparlerons bientôt !



 ...........
Retrouvez l'essai du Magnum <Un pavé dans la mare>, réalisé par Pierre-Marie Bourguinat, dans le n°478 de Voiles et Voiliers (décembre 2010).

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