Note :
Oublions tout ce qui divise, agace. Et gardons le plus beau, ces deux incroyables multicoques, gardons les plus belles images, coques fines, gréements démesurés, puissance et légèreté, géométries osées, gardons les sillages légers, les flotteurs aériens - regardons enfin Alinghi 5 affronter USA-17 !
Photo © Gilles Martin-Raget (BMW-Oracle Racing)
Renouant avec la tradition des grandes heures de la plaisance de la Belle Époque, où les revues nautiques publiaient les plans des derniers voiliers innovants, le site de Voiles & Voiliers reprend le flambeau. Après le gigantisme et Rambler 100, ce sont les plans du TeamWork Evolution 747 (d'abord baptisé "Magnum") de l'architecte David Raison qui sont publiés et expliqués !
En remportant la Transgascogne en ce début d'été, David Raison a validé la nouvelle esthétique de son TeamWork Magnum 747, au moins pour le monde de la course.
Photo © François Chevalier
Le secret d'un voilier est tout relatif...
En effet, si un architecte naval est capable de dessiner une coque qu'il imagine dans sa tête, il lui est tout aussi aisé de redessiner la carène qu'il a devant les yeux, quelle que soit sa forme. Cette opération est d'autant plus facilitée que les voiliers répondent à un règlement précis et rentrent dans le cadre d'une jauge... Mais le plaisir n'en est pas diminué, bien au contraire ! Reconstituer ce secret fait même partie de la règle du jeu !
De ce point de vue, les surprenantes formes du Mini 6,50 imaginé par David Raison en 2009, le TeamWork Evolution 747 - surnommé <Magnum> -, ont largement de quoi motiver une étude, tandis que les réelles qualités du concept pousse à se poser un certain nombre de questions.
D'abord, comment se fait-il qu'un voilier avec une flottaison courte aille plus vite que les autres ? Et comment se comporte-t-il dans la mer formée ?
Ensuite, pourquoi personne n'y a pensé plus tôt et quel avenir a cette idée, sur les 40, 60 et 70' ? Notre voilier de croisière finira-t-il par ressembler à ce mastodonte ?
Le laboratoire des Minis
Un petit retour en arrière fixera mieux les idées. La Mini est née en 1977, initiée par le Britannique Bob Salmon, en réaction au gigantisme de la Transat en solitaire Anglaise de 1976 et le trois mâts Club Méditerranée d'Alain Colas - 72 mètres hors tout.
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Le TeamWork Evolution 747 à la loupe |
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Longueur |
6,50 m |
L'idée est donc lancée. Aux architectes maintenant de trouver comment réduire un voilier (le plus grand possible) à 6,50 m, tout en augmentant sa raideur pour porter le maximum de voilure.
Dix ans auparavant, Éric Tabarly avait donné la leçon aux Américains en faisant construire Pen Duick V pour une Transpacifique en solitaire... Pour la Mini 1979, le californien Norton Smith contacte donc l'architecte Tom Wylie pour qu'il conçoive American Express, un bateau exploitant les règles de la Mini. Avec sa longueur à la flottaison maximale, ses ballasts liquides latéraux, sa quille à bulbe et sa construction légère en bois moulé, le voilier spi en tête est capable de courir plus de 200 milles en 24 heures. On est très loin des 4,45 noeuds de moyenne de Daniel Gilard deux ans avant !

Voilà en exclusivité, redessiné par François Chevalier, le plan de forme du TeamWork Evolution 747, le mini 6,50 dessiné par David Raison... Dont l'étrave à l'esthétique de "sabot" a de quoi faire rêver, sinon parler !
(Image non cliquable.)
Cette même année, certains concurrents coupent leur Surprise (7,65 m hors tout et 6,60 m à la flottaison) à la limite autorisée. Puis les proto s'élargissent, le roof est supprimé... Et la Mini devient une course comme les autres, avec un classement pour les voiliers de série et un pour les protos.
Un ultime règlement limite finalement la largeur à 3 m, le tirant d'eau à 2 m et le tirant d'air à 12 m. Les points d'inflexions sont interdits d'un livet à l'autre et un minimum de couple de redressement est obligatoire. Quelques jeunes architectes comme Sébastien Magnen ou Pierre Roland émergent devant les ténors, Finot-Conq, Berret ou Lombard. Les carènes sont de plus en plus légères et le bouchain dit <évolutif> se généralise afin d'exploiter au mieux la largeur autorisée en tronquant le tout à 3m... Mais si elles se font de plus en plus sophistiquées, aucune révolution n'apparaît... De fait, les voiliers extrêmes ne peuvent naître que d'une libération de la jauge.
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Un Scow à la loupe |
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Longueur |
11,50 m |
Le problème suivant a été de créer une longueur de la flottaison à la gîte supérieure à la longueur du voilier ; or le gain est relativement minime. En allégeant les voiliers tout en en augmentant la surface de voilure et en augmentant la raideur, grâce à la quille basculante, le Mini part au planning... De ce fait, le problème de la longueur de flottaison devient annexe.
Le A Scow est le plus grand de la série - 11,58 m - il est capable de tirer un skieur nautique.
Photo © François Chevalier
David Raison intervient ici en posant les chose à plat : comment augmenter la raideur sans mettre le voilier en danger - ce qui est d'ailleurs limité dans la règle de la Mini ? L'idée d'un Scow à haut franc bords germe alors.
En 1895, le Seawanhaka Yacht Club situé sur Long Island lance une Coupe où seule la longueur de flottaison est comptée, soit 15 pieds (4,57 m).
Dès l'année suivante, les prototypes les plus extravagants sont construits pour la Coupe, et deux ans plus tard, naît le type Scow, depuis répandu largement sur les Grands Lacs.
Le plan de forme des premiers Scow ont quelques similitudes avec les lignes du TeamWork 747 de David Raison.
Photo © François Chevalier
Le Scow est un grand rectangle (de 5 à 12,50 m) ponté à fond plat, équipés de deux dérives et de deux safrans, fait pour naviguer sur la tranche où il utilise toute sa longueur. Lorsque le vent descend des monts qui entourent les lacs, les voiliers s'envolent - dans tous les sens du terme - et ceux qui ont le vent en poupe partent dans un planing irrésistible - des pointes à 33 noeuds. Cependant, malgré plusieurs démonstrations de sa supériorité en Europe dans les années 1950, ce type de voilier est bizarrement resté local...
À plat, les lignes de formes du Magnum sont celle d'une planche à voile. À la gîte, l'angle de la flottaison avec l'axe du voilier est plus de deux fois moins important que sur un Mini traditionnel.
Photo © François Chevalier
Jusqu'à ce que David Raison s'empare de ses lignes. Ainsi, au lieu de basculer sur l'étrave, la flottaison à la gîte du Magnum se décale latéralement, produisant un couple de rappel beaucoup plus efficace. La quille reste dans l'axe de la flottaison quel que soit l'angle de gîte.
Reste à modérer cette étrave de cachalot, afin de limiter les coups de butoirs dans les vagues. En la remontant légèrement, le voilier se soulève rapidement et glisse sur l'obstacle plutôt que de foncer dedans.
Le TeamWork Evolution 747 est mis à l'eau le 29 avril 2010. Après une succession quelques petits problèmes techniques sur le bateau, la preuve par neuf de l'efficacité de cette carène est enfin faite : David Raison remporte la Transgascogne, créant en même temps une nouvelle esthétique à laquelle il faudra s'habituer... Car la victoire impose sa loi !
Néanmoins, si Raison a trouvé une faille où il s'est glissé, d'autres architectes sont sur une voie parallèle, notamment Bruce Farr sur le nouveau Volvo 70 Abu Dabhi et Juan Juan Kouyoumdjian sur le 60' Cheminée Poujoulat, mais ceci est une autre histoire... dont nous reparlerons bientôt !
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Retrouvez l'essai du Magnum <Un pavé dans la mare>, réalisé par Pierre-Marie Bourguinat, dans le n°478 de Voiles et Voiliers (décembre 2010).
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02/08/2011 - 10:36
David a fait entendre raison !
Deuxième de la seconde étape de la Transgascogne entre Ribadeo (Espagne) et Port Bourgenay derrière Thomas Normand (Financière de l'Echiquier), mais vainqueur de la première manche voici quelques jours, David Raison a donc au final enlevé l’épreuve sur son drôle de proto TeamWork Evolution.
28/07/2011 - 00:01
Raison l’a emporté !
Le Mini 6,50 de David Raison vous a déjà été montré sur ce site et dans notre magazine – les speed-tests de son curieux proto étaient affolants. Et c’est avec deux heures d’avance sur Sébastien Rogues et Nicolas Boidevezi que David (TeamWork Evolution) a remporté la 1ère étape de la Transgascogne.
20/07/2011 - 00:01
Rambler 100 : anatomie d’un monstre
Le rêve de tout architecte naval ? Que vous lui donniez carte blanche pour réaliser le vôtre - par exemple battre vos petits copains avec un voilier fou dessiné hors de toute contrainte ! Tiens, un maxi par exemple, 100 pieds, 30 mètres de long. Ainsi est né Rambler 100, monstre de puissance signé Juan Kouyoumdjian. Un monocoque déjà flashé à 47 noeuds. Voici ses plans de formes - en exclusivité !
18/11/2010 - 20:00
David Raison, Magnum : l’arme absolue
Magnum : un mini 6,50 révolutionnaire conçu par l’ingénieur et architecte naval David Raison. Inspirée des scows américains, la carène de cet esquimau glacé géant est plate avec une étrave ronde... Qu’en est-il des performances ? Nous avons réalisé un speed-test avec le concours de Nicolas Boidevezi, qui barre pour l’occasion Défi GDE, un proto classique. Les résultats sont surprenants…