Note :
L'AJ42 Match fait partie des sept projets de monotypes retenus par le World Match Racing Tour. Ne lui reste plus désormais qu'à être sélectionné par une ou plusieurs villes-hôtes...
Photo © D.R.
Adrien Jousset. Un nom pas encore très connu, mais ça pourrait vite changer... Le projet de ce jeune architecte français a en effet été retenu par les organisateurs du circuit mondial de match-race, qui avaient lancé cet automne un concours pour les futurs monocoques des nouvelles étapes du WMRT. (Voir ici notre article.) Il nous présente son AJ42 Match - 13,20 m de long -, conçu pour être incisif et médiatique... Quelques atouts pour la révolution d'un genre ?
La valeur n'attend pas le nombre des années, dit-on. L'adage sied parfaitement à Adrien Jousset qui, à 27 ans, dispose déjà d'une belle expérience.
Photo © D.R.
Adrien Jousset n'a que 27 ans mais déjà une solide expérience d'architecte naval qui lui a valu de faire une entrée remarquée dans l'univers du match-race. Le 31 mai dernier à Londres, les organisateurs du World Match Racing Tour ont en effet annoncé que son projet de bateau - l'AJ42 Match - faisait partie des sept monotypes mis à disposition des villes-hôtes qui vont intégrer le circuit d'ici 2013.
Un bon tremplin pour ce jeune architecte qui apporte un regard neuf (et pas inintéressant !) sur un circuit mondial du match-race qu'il veut rendre plus excitant.
v&v.com : Quelles étaient les grandes lignes de ce fameux cahier des charges proposé par le WMRT, pour ces nouveaux supports ?
A.J : Le WMRT nous a demandé de développer un bateau uniquement dédié au match-race, d'une longueur de 38 à 48 pieds et pour un équipage variant de six à neuf personnes, avec des places attribuées spécifiquement aux médias - deux, si possible. Les collisions étant fréquentes et brutales, il fallait aussi que le bateau soit solide et les réparations simples. Le tirant d'eau ne devait pas excéder 1,70 m pour pouvoir naviguer dans des eaux peu profondes. Enfin, les monotypes devaient être faciles et rapides à mettre en place. Mis à part la longueur et le tirant d'eau qui étaient chiffrés, le cahier des charges restait relativement ouvert.
L'AJ42 Match en bref Longueur hors tout Architectes 13,20 m Adrien Jousset
v&v.com : Comment avez-vous répondu à ces enjeux ?
Longueur coque
Largeur coque
Déplacement
Tirant d'eau
Poids lest
Total voilure
Grand-voile
Génois
Spi 1
Spi 2
11,20 m
2,75 m
3 100 kg
1,70 m
1 800 kg
81 m2
46.5 m2
34.5 m2
120 m2
140 m2
Neal Pawson
A.J : L'AJ42 Match a été développé autour de six objectifs principaux. Le premier : proposer un bateau performant dans des conditions très légères. Etant donné le calendrier du WMRT, les organisateurs ne peuvent pas vraiment se permettre d'annuler des manches. Il faut donc être capable de régater dans des vents très faibles. Deuxième objectif : concevoir un bateau facilement transportable qui rentre dans un container de 40 pieds. Cela pourra notamment permettre à deux villes proches d'acheter ensemble une flotte d'AJ42 Match et d'ainsi faire des économies. Le troisième objectif, l'un des plus importants : tout faire pour optimiser la couverture médiatique. Du fait du tirant d'eau des monocoques, il n'est pas possible de régater tout près du quai, comme cela se fait en Extreme 40 par exemple. Nous proposons donc des solutions pour retransmettre au mieux la régate et couvrir l'ensemble des actions à bord. Dans l'AJ42 Match, deux places seront attribuées aux cameramen et aux photographes - une à l'arrière et l'autre au milieu - et des caméras supplémentaires seront placées sur le bateau. Toujours dans le but de favoriser la médiatisation, nous avons travaillé sur l'aspect esthétique du bateau, qui affiche un look moderne. Pour rendre les choses plus impressionnantes, nous avons aussi ajouté un moulin à café et une grande barre à roue qui permettra au public d'identifier clairement le rôle de chacun à bord. Bref, nous avons essayé de rendre le bateau excitant à regarder ! Cela ne peut être que bénéfique pour le WMRT et pour la voile en général. Quatrième objectif : assurer une prise en main rapide. Les équipages ont très peu de temps pour s'habituer au bateau, l'arrangement de pont de l'AJ42 Match est donc très simple. Le cinquième objectif était de construire un bateau solide et facile à réparer. La proue et la poupe pourront être remplacées rapidement en cas de chocs. Tous les matériaux utilisés seront solides et standards. Pas de fibres exotiques, donc. Le mât sera en aluminium - et non en carbone - et les voiles en dacron. Sixième et dernier enjeu : assurer une monotypie stricte. Tout a été pensé pour que les moules soient parfaitement identiques et qu'il n'y ait aucune différence de poids d'un bateau à l'autre.
Choix exclusif du monocoque, calendrier étoffé, augmentation des primes allouées aux coureurs : le World Match Racing est en pleine évolution. C'est dans ce contexte que s'inscrit l'arrivée des nouveaux monotypes.
Photo © Ian Roman (Subzero Images / WMRT / Saint-Moritz)
v&v.com : La limitation des coûts ne faisait pas partie des objectifs prioritaires ?
A.J : Ce n'était pas un aspect essentiel du cahier des charges, même si cela est toujours apprécié ! Le fait d'utiliser des matériaux standards a en tout cas permis de réduire le prix du bateau.
v&v.com : Combien coûtera un AJ42 Match ?
A.J : Je ne peux pas communiquer le prix pour l'instant. Il n'y a néanmoins aucune raison pour que son prix soit supérieur à celui d'un bateau de taille similaire.
v&v.com : Quelles sont les particularités de l'AJ42 Match par rapport aux autres projets retenus ?
A.J : L'importance accordée à la couverture médiatique, principalement. Autrement, j'ai vu que certains architectes proposent plusieurs modèles pour s'adapter à des plans d'eau différents. De notre côté, nous avons préféré développer un seul et unique bateau, quitte à changer la quille ou le gréement en fonction des conditions rencontrées dans la ville qui sélectionnera notre bateau. Cette solution est plus économique.
A bord de l'AJ42 Match, deux places seront réservées aux journalistes, cameramen et photographes - l'une au milieu et l'autre à l'arrière. L'objectif : traduire au mieux ce qu'il se passe à bord.
Photo © D.R.
v&v.com : A quel type de plan d'eau l'AJ42 Match sera-t-il le mieux adapté ?
A.J : Le bateau a été étudié pour bien se comporter avec un tirant d'eau de 1,70 m. Mais s'il pouvait faire deux mètres, le bateau n'en serait que plus performant ! Nous avons beaucoup travaillé sur la forme de la coque pour réduire la résistance et ainsi pouvoir bien naviguer dans des vents de 12 à 14 noeuds. Ce seront les conditions idéales pour l'AJ42 Match tel que je le présente. Mais là aussi nous pourrons adapter le design à d'autres conditions s'il le faut.
v&v.com : Le fait de régater sur de nouveaux supports va-t-il rendre le circuit plus attrayant ?
A.J : Mon bateau a pour objectif de rendre le WMRT plus excitant ! Le sera-t-il pour autant ? Cela ne dépend pas uniquement des designers. Mais si l'événement suit notre philosophie, cela devrait fonctionner.
Adrien Jousset en bref > 2003 > 2006 > 2010
v&v.com : Quelle est votre propre expérience en régate ?
Attiré par l'architecture et passionné par la voile, Adrien Jousset décide de concilier ces deux centres d'intérêts et part étudier l'architecture navale à la Southampton Solent University.
Diplômé, il travaille pour Tony Castro, puis pour BMT Nigel Gee, toujours à Southampton. En parallèle, il participe à des compétitions d'architecture navale et de Yacht Design et termine notamment finaliste du Next Sly Contest et du Young Designer Superyacht Awards. De retour en France, il se lance en indépendant et offre des services de sous-traitance d'architecture navale - modélisation 3D, imagerie de synthèse, ingénierie navale.
Aux Etats-Unis, il travaille pour Ted Hood en tant que project manager. Conscient que les compétitions de Yacht Design peuvent l'aider à se faire un nom, il répond à l'appel d'offre lancé par les organisateurs du WMRT.
A.J : J'ai découvert la voile très jeune, car ma famille avait une maison à la Trinité. Mais c'est à Southampton que j'ai commencé à régater deux à trois fois par semaine, ce qui m'a permis d'atteindre un niveau semi-professionnel. Je continue à courir le plus souvent possible sur différents supports en course, course-croisière et dériveur, sur des parcours côtiers et offshore.
v&v.com : A votre avis, le choix des organisateurs du World Match Racing Tour de courir exclusivement en monocoques est-il le bon ?
A.J : Ce choix donne en tout cas au WMRT une forme d'exclusivité. Et même si les monocoques sont moins rapides que les multis, les régates seront passionnantes à regarder si les choses sont bien faites, c'est-à-dire si nous arrivons à bien traduire la rapidité des manoeuvres à bord, le professionnalisme des équipages... La rapidité d'un bateau dépend en effet beaucoup de la perception qu'on en a. De plus, les monocoques sont plus fins tactiquement et les régates sont généralement intéressantes. Ce qui n'est pas toujours le cas en multicoques. Lors de la dernière America's Cup, les bateaux étaient très spectaculaires, mais la régate beaucoup moins.
Le World Match Racing Tour nous offre déjà de jolis clichés (ici grâce au J80, le monotype utilisé sur l'étape marseillaise). Adrien Jousset espère que l'AJ42 Match les rendra encore plus spectaculaires...
Photo © Gilles Martin-Raget (WMRT / Marseille)
v&v.com : Le circuit mondial de match-race a justement pris le contre-pied de l'America's Cup. Pensez-vous qu'il pourrait concurrencer cette épreuve mythique, dont il a longtemps été l'antichambre ?
A.J : L'America's Cup est le plus vieux trophée sportif au monde, ce qui rend forcément l'événement unique. Mais je ne pense pas que ces épreuves soient concurrentes. Elles sont différentes et complémentaires. Le WMRT est basé sur une monotypie stricte et seules les performances de l'équipage entrent en compte. Sur l'America's Cup, les performances du bateau, et donc des architectes, sont en revanche primordiales. Et les budgets ne sont pas les mêmes...
v&v.com : Quels sont vos projets en dehors du WMRT ?
A.J : J'ai développé un projet de bateau de croisière rapide de 50 pieds dédié tout particulièrement au charter et un GP 26 OD (One Design) que j'aimerais faire passer à l'étape supérieur. J'ai d'autres idées en tête et je suis ouvert à beaucoup de choses dans la voile, et notamment en régate.
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En complément
Le site d'Adrien Jousset (en anglais), ici.
Plus d'infos sur l'AJ42 Match et les autres projets retenus (en anglais), ici.
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(indispensable pour poster un commentaire, faire un achat dans la boutique, déposer une annonce...)
20/11/2010 - 00:13
Guerre des gangs ? A voir.
L’équilibre du match-race mondial est-il en train de se briser ? La question nous taraude depuis que la Coupe de l’America a annoncé qu’elle se courrait maintenant en multicoque et que le WMRT – son antichambre historique – a répondu qu’il se disputerait en monocoque, avant de publier toute une série de décisions visant à rendre le circuit mondial de match-race plus attrayant… Et si une concurrence sportive se dessinait entre ces deux événements ? A cette question que nous nous sommes posée, les organisateurs du WMRT, Peter Gilmour et Jim O’Toole, ont répondu (par écrit).
26/10/2010 - 06:26
Circuit mondial de match-race contre Coupe de l'America
Alors qu'une grande partie des équipes dédiées à la Coupe de l'America restent dubitatives - voire abandonnent la partie -, face au nouveau défi qui leur est lancé (disputer la prochaine sur des catas ailés), l'organisateur du WMRT prend son contre-pied, annonçant que le circuit mondial de match-race 2011 se disputera exclusivement en monocoques, que le nombre des étapes sera augmenté, ainsi que les primes aux vainqueurs... Ah. Ça sent un peu le grabuge, non ?