Actus

RESTAURATEUR EMBLEMATIQUE DE LA VOILE TRADITIONNELLE

Le Chantier du Guip 25 ans à Brest !

Le port de commerce de Brest souffle les bougies d’un double anniversaire : les 25 ans de la Recouvrance et de l’arrivée du Chantier du Guip dans ses eaux.
  • Publié le : 17/07/2017 - 22:30

Le Minahouet II à Pont-AvenLe cotre-pilote Minahouet II fait partie de la longue liste des voiliers traditionnels restaurés au Chantier du Guip.Photo @ Claude Peron/Chantier du GuipEn 1992, le petit chantier naval traditionnel créé en 1976 sur l’Ile-aux-Moines s’apprêtait à construire la Recouvrance, célèbre goélette brestoise et véritable emblème du patrimoine maritime national. Après le succès des Fêtes maritimes de Douarnenez, le Chasse-Marée lançait le concours « Bateaux des côtes de France » en 1990. Un appel appuyé par les pouvoirs publics qui fait exploser les chantiers : les villes se lancent dans la construction massive d’unités du patrimoine maritime pour parader aux prochaines fêtes, en juillet 1992 à Brest.

Construction emblématique, la Recouvrance est la reconstitution d’une goélette aviso, bateau militaire du XIXe siècle : « Nous avons été retenus pour notre capacité à comprendre les bateaux traditionnels et à nous adapter à leur histoire, nous avons toujours été très en avance dans la recherche historique », explique Yann Mauffret, responsable du chantier. Il débarque avec son équipe sur le quai du Commandant Malbert à l’automne 1991, en même temps que les premiers morceaux de bois pour construire la Recouvrance.

Une coque en mer d’Iroise
Charpentiers, constructeurs et architectes navals s’installent sur le terrain d’une ancienne orangerie. Les visiteurs sont invités à pousser la porte du nouveau bâtiment et découvrent, petit à petit, ce qui deviendra la Recouvrance. « La mise à l’eau de la coque de la Recouvrance, au cœur des fêtes, était un moment formidable : ce 14 juillet 1992 a marqué un tournant en dévoilant un véritable engouement associatif et populaire autour de notre patrimoine maritime » se remémorent de concert Yann et Louis Mauffret.
Pour autant, le chantier n’est pas fini : si la coque est mise à l’eau, reste la mâture, réalisée en 92-93. « La Recouvrance a navigué pour la première fois à la voile pour rejoindre Douarnenez à l’occasion de l’inauguration du Port Musée... Mais notre équipage a dormi à même le bois : l’intérieur n’était pas aménagé ! ». L’année 94, c’est chose faite : désormais propriété de la Ville de Brest, elle devient l’ambassadrice de la culture maritime brestoise, l’emblème de la renaissance de cet attachement au patrimoine maritime national. Et le chantier ne désemplit pas: il reste même le lieu de rassemblement des équipages à chaque fête maritime de Brest.

Un chantier bien dans sa ville
Depuis l’avènement de la Recouvrance, les marées ont passé sous les ponts de Brest, mais le Chantier du Guip n’a jamais abandonné ses attaches sur le Quai Malbert. Mieux, il y a jeté l’ancre et est devenu un acteur incontournable du port de Brest.
« Nous avons vite vu que nous ne pourrions pas faire perdurer l’emploi de nos équipes brestoises en revenant sur l’île-aux-Moines. D’où notre décision de rester sur le quai Malbert. Nous sommes à l’endroit idéal : les moyens techniques du port nous permettent de répondre à la demande de nos clients », explique Yann Mauffret.
Après l’aventure de la Recouvrance, les clients affluent, d’abord venus de la Bretagne, puis, progressivement, de toute l’Europe. Les bateaux de travail ouvrent des perspectives dès l’installation à Brest : Notre Dame de Rumengol, fière gabare bretonne, est mise à l’eau pour les Fêtes maritimes internationales de Brest 1996 après un an de restauration. « Petit à petit, nous avons étoffé notre clientèle en glissant vers les bateaux de plaisance, sur de grandes unités ». Parmi elles, Vanity V, dernier 12 m JI dessiné et construit par William Fife, dont le chantier effectue la restauration globale jusqu’en 2000.

Arrêt technique de la goélete la Belle PouleLa Belle Poule, sistership de l'Etoile, autre voilier-école de la Marine nationale, a fait l'objet d'un important entretien par étapes au Chantier du Guip.Photo @ Jean-Yves Bequignon/Chantier du GuipLes fleurons de la Marine nationale
Preuve encore de son ancrage économique et portuaire dans le paysage portuaire brestois, depuis 2008, l’Étoile, la Belle Poule, Le Mutin et La Grande Hermine, bateaux-écoles traditionnels de la Marine Nationale, sont passés au crible des équipes du chantier, qui assurent leur maintien en conditions opérationnelles. « C’est un travail techniquement complexe : chaque bateau passe entre nos mains pour des travaux de fond lourds et très cadrés ».

Le Chantier du Guip acteur de son port
Que ce soit dans la revendication d’un nouvel élévateur sur le port de Brest, un souhait partagé par l’ensemble des adhérents à l’Union Maritime Brestoise et de sa région, ou pour le retour d’une figure emblématique du port, Le Lamaneur de Paul Bloas, le chantier du Guip s’est pleinement inscrit dans la vie portuaire brestoise. Les associations qui confient leur projet au Chantier sont invitées à mettre la main à la pâte une fois par semaine au chantier. « Nous leur ouvrons nos portes avec plaisir, en respectant les normes de sécurité : il est toujours souhaitable que les personnes qui prennent ensuite la barre soient présentes pour connaître le bateau ». Et, si Yann et Louis Mauffret restent humbles, ils sont devenus, avec leur équipe, de vraies figures locales.

Un savoir-faire traditionnel couplé aux exigences du XXIe siècle
Chantier traditionnel résolument ancré dans son temps, le Chantier du Guip a été le premier à croire à l’avenir des bateaux comme vecteurs de culture. Il continue aujourd’hui de former de nouveaux charpentiers et ébénistes, ouvre sa porte aux associations et ne cesse d’accroître son activité, répondant à des demandes de toute l’Europe et au-delà.

Les équipes du Chantier du Guip
Charpente navale, ébénisterie, techniques embarquées, maîtrise d'œuvre : ils sont une trentaine de femmes et d’hommes passionnés, en comptant les apprentis qui se forment sur le terrain au contact de Yann et Tegwen Mauffret. « Nous cherchons nos recrues dans les lycées professionnels, dans les écoles qui proposent des filières d’artisanat traditionnel : trouver des profils de formation artisanale reste une vraie problématique et un enjeu pour le chantier, il est donc complètement normal de continuer leur formation dans nos ateliers ».

Nouvelle nef, nouvelles unités : le Chantier du Guip demain
L’agrandissement du Chantier avec une nouvelle nef va permettre d’accueillir des unités plus grandes dès cet été. « Cet investissement est vital pour la poursuite de nos activités : actuellement nous sommes déjà à l’étroit en travaillant sur une unité de 18 mètres et une autre de 23 mètres. Nous allons disposer d’une nef de 400 m2 supplémentaires, ce qui nous permettra d’accueillir un Fife argentin de 30 mètres de long dès le mois de juillet : avec nos locaux actuels, nous n’aurions pas pu accepter un tel projet ».

Aujourd’hui, le chantier du Guip, c’est :
> 25 ans à Brest,
> 2,2 M€ de CA,
> une trentaine de charpentiers de marine et d’ébénistes dont trois apprentis,
> plus de 300 unités restaurées,
> un agrandissement de 400 m2 supplémentaires

Quelques unités emblématiques du chantier du Guip
« Petit ou grand, chaque bateau a son histoire. On mobilise notre cœur, notre sens de l’esthétique, on lève les plans, on fait des recherches historiques sur photos, sur documents quand il y en a... On est attachés à chaque bateau qui passe entre nos mains », martèlent Louis et Yann Mauffret. Parmi leurs coups de cœur, le Patron François Morin, ancien canot de sauvetage d’Ouessant. Ou encore Vanity V, qui reste à leurs yeux « l’aboutissement de la perfection de la plaisance ». Coup de cœur encore pour La Neptune, qui fait partie de la belle famille des grandes barques du Léman, mise à l’eau en 2006 après sa restauration globale, ou encore Marie-Fernand, cotre pilote du Havre classé monument historique, remis à l’eau de manière traditionnelle lors des fêtes maritimes de 2008.