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créé le 22-12-2008

Récits, chroniques, réactions et passions à propos de la navigation à voile

Alerte rouge de Météo France. Ce n'était pas pour rien.

Le samedi après-midi la situation à Gruissan était vraiment "épousoufflante" avec des vents de force 10 à 12 et des raffales mesurées jusqu'à 95 noeuds. Et quel bruit !


Bien sûr il y a eu des dégâts et certains appontements et catways n'ont pas résisté, malgré les interventions du personnel de la capitainerie et des pompiers.

En fin d'après-midi, cela s'est un peu calmé et le dimanche matin il faisait beau.

Et pendant ce temps là, que s'était-il passé à Port Leucate, où hiverne Dartag, au sec ? Pour le savoir il fallait y aller, car les liaisons téléphoniques étaient coupées. Ce n'est que le mercredi 28 que j'ai pu m'y rendre, alors que la tramontane était revenue, mais seulement de force 6 à 7.

Mon inquiétude restait modérée à mesure que je parcourais l'autoroute, constatant bien quelques arbres abattus ou déracinés, et quelques toitures endommagées, mais rien du champ de bataille auquel je m'attendais.

En approchant, la vue de quelques mâts penchés n'était pas rassurante, mais arrivé sur place je constatai que Dartag m'attendait sagement sur son ber comme si rien ne s'était passé. Rien n'avais bougé à bord, et les différents appendices et aériens étaient à leur place, intacts. Ouf !

Ce n'était pas aussi doux pour une vingtaine de voiliers dématés, couchés ou même éventrés par leur chute de leur ber tordu ou cassé, dans les différents chantiers du port, sans savoir pourquoi certains sont épargnés (la grande majorité) et pas d'autres. Des équipes de grutiers et de sauveteurs s'affairaient pour les tirer de leur fâcheuse posture. Spectacle triste, mais finalement pas tragique, car il ne s'agit que de dégâts matériels somme toute assez faciles à réparer. Mais je compatis quand même avec les propriétaires ou exploitants concernés qui vont devoir remplir beaucoup de papiers, batailler avec les assureurs pour être indemnisés justement, et peut-être avec les professionnels pour que leur bateau soit prêt avant le début de la saison, dans quelques mois.
 

Retour à la maison

 

Finalement nous avons atterri aux Embiez avec un temps pluvieux annoncé pour le lendemain. Nous n’avons pas été déçus, avec presque huit heures d’averses orageuses diluviennes et des coups de tonnerre impressionnants. La transmission du son, par la mer aussi, nous donnait l’impression d’être transformés en caisse de résonnance. En fin d’après-midi, nous avons pu ouvrir le panneau de la descente et sortir la tête, avant de risquer un débarquement pour une petite promenade sous la grisaille dans cette île tellement coquette, mais désertée par ses habitants en cette arrière saison tristounette.
 
La fin du parcours nous fit encore passer par Les îles du Frioul puis le cap Couronne avant d’arriver à Frontignan. Une belle escorte de dauphins, comme on en voit de plus en plus, nous a encore fait ouvrir tout grand les yeux devant ces merveilles de la nature.
 
Nous dégusterons encore à bord un déjeuner gastronomique centré sur une ratatouille aux petits légumes de Pamparigouste accompagnée de brisures de saumon sauvage et arrosé de
Champagne, avant le désarmement.
 
Vivement la saison 2009, avec un nouveau dessalinisateur opérationnel et une escapade en Méditerranée Est, cette fois.
 

 

La météo menaçante pour la semaine suivante, nous incita à regagner Ajaccio, pour le cas où nous devrions attendre avant de retraverser vers le continent. Nous y sommes restés une semaine, avec un fort régime d’Ouest, profitant de cette escale pleine de ressources et d’amis dont les légumes du jardin sont un enchantement. Le micro-ordinateur du bord ayant lâché prise à Figari (série noire ?), nous avons même pu le remplacer dans d’excellentes conditions avec tout le temps nécessaire pour réinstaller les logiciels et fichiers.
 
Encore une belle traversée à la voile (seulement 3h de moteur, dont 2 pour s’éloigner de l’île) pour rejoindre directement le continent. Nous projetions plutôt une escale à Porquerolles, mais un avion de surveillance maritime, nous a interceptés à 15 milles au sud du Levant pour nous rappeler, ainsi qu’à quelques autres navires, l’AVURNAV activant la zone pour des activités militaires dangereuses.
Devant de tels « bruits de bottes » au demeurant très courtois, nous n’avions plus qu’à obtempérer, avant d’avoir droit à la vedette qui nous aurait arraisonnés et peut-être verbalisés, éventuellement saisis et remorqués pour croupir dans je ne sais quel port nauséabond, en attendant que notre situation soit examinée par une autorité insensible au graissage de patte mais peut-être soucieuse d’obtenir une rançon (non, je rigole, nous sommes dans un grand pays démocratique qui est un vrai état de droit, heureusement, et notre Marine Nationale est la meilleure garantie du respect de ces traditions sur les mers).
 
 

 

Le passage des bouches de Bonifacio par force 6 d’Est fut un régal, partagé avec quelques rares voiliers en cette fin septembre. L’alternance de quelques averses avec le soleil nous a donné de jolis arcs-en-ciel sur fond de falaises blanches avant d’arriver à Figari.
 
Ce petit port abri bénéficie d’une ambiance familiale sans doute en raison de la gentillesse et de la disponibilité du maître de port.
 
En prenant notre poste à quai, une vibration suspecte au moment de passer en marche arrière, me conduisit à une plongée d’inspection le lendemain matin. Hélas, elle me permit de constater la perte de l’un des galets de butée de marche arrière sur l’hélice Kiwiprop. Le fournisseur, appelé immédiatement au téléphone, me rassura en affirmant que la propulsion en marche avant pouvait fonctionner normalement quand même, mais qu’il m’envoyait, à la capitainerie, en urgence, trois pièces de rechange au cas où ?. Il me rappela deux heures plus tard pour me confirmer l’envoi, précisant que la livraison était prévue le lendemain samedi entre 10h et 13h. Chapeau pour cette rapidité et cette efficacité.
 
Ce contretemps nous donnait l’occasion de visiter le village le plus proche et d’y faire quelques courses. Il porte de joli nom de Pianottoli-Caldarello et se trouve à trois kilomètres, avec une dénivelée de 150 mètres. Bonne occasion de sortir le vélo pliant de son sac et de bénéficier des superbes panoramas depuis la route.
 
La capitainerie étant fermée le week-end, je m’y installai dès 9h30 en attendant le livreur, n’abandonnant qu’à 13h30, bredouille. En fait il était passé avant mon arrivée, et avait déposé l’enveloppe dans la boite aux lettres. En passant dans l’après-midi par hasard, le maître du port que j’avais prévenu, la trouva et me l’apporta immédiatement. Quelle chance ! Je n’avais plus qu’à remonter la butée neuve à la Loctite, ce qui je fis au cours d’une troisième plongée dans de l’eau encore à 22°, donc sans combinaison et sans bouteille. Presque une partie de plaisir.
 
La mise en route du moteur et l’appareillage le lendemain matin donneront bien quelques sueurs froides mais sans objet : le tout fonctionnait parfaitement. Ouf !
 

Traversée Thyrénienne

 

A force de musarder et de déguster tout ce que nous découvrons ou redécouvrons, la saison s’avance, les jours raccourcissent, donc les nuits deviennent plus longues et plus fraîches. Il nous faut donc envisager de rentrer dès qu’une bonne probabilité de faire la traversée retour à la voile, se présentera. La météo italienne, dans laquelle nous commençons à avoir vraiment confiance, nous y aidera.
 
Deux jours plus tard, nous retrouvons la Sardaigne après 230 milles et seulement 2h30 de moteur. La première nuit fut noire, sans lune et sous une couverture nuageuse épaisse, donc sans étoile, mais avec une bonne brise portante, évoluant comme l’avait prévu la météo. Le radar, et ses alarmes, fut mis à contribution de manière quasi permanente en raison de l’abondance des grands navires dans cette mer Tyrrhénienne très fréquentée par les croisiéristes et les porte-conteneurs sans doute en route ou en provenance du canal de Suez. L’arrivée dans les canaux de la Maddalena, à la voile, au début de la deuxième nuit noire a demandé un peu de concentration, sachant que les récifs, sèches et obstacles divers y sont nombreux. Nous faillîmes même emplafonner une grosse bouée verte dont la lumière était éteinte. Nous l’attendions, mais l’avons vue au dernier moment. Heureusement que les cartes Navionics sont à jour !
 

 

Une dernière et délicieuse escale nous attendait à Procida, reste de deux cratères inondés. Cette petite île fermant la baie de Naples par le nord est une merveille d’authenticité. La ville, très active et disposant de tous les commerces, est parcourue par des norias de jeunes et moins jeunes sur des scooters. Ils foncent dans les petites rues entre le port au nord, l’église en haut et la plage au sud, où deux brise-lames en enrochements protègent un mouillage utilisé par les pêcheurs et plaisanciers locaux. La citadelle majestueuse, construite sur le promontoire Est, domine le cap Misène d’où Pline le Jeune assista à l’éruption du Vésuve dans laquelle périt son oncle Pline l’Ancien. La mise en service, en 2007, d’un nouveau port de plaisance moderne privé, dans le périmètre du port traditionnel, aura peut-être, à terme, une influence sur la fréquentation touristique de ce petit paradis, mais ce n’est même pas certain. Tant mieux.
 
L'image qui figure en bandeau de ce blog est un assemblage de photos prises depuis la citadelle, permettant de voir le versant sud de la ville de Procida.

 

Après avoir vu tout cela, nous pensions, nous aussi, que nous pouvions mourir. Certes, mais le plus tard possible. Alors nous avons repris la mer pour finir la boucle dans la baie de Naples. Des pétarades très fournies de jour comme de nuit nous ont intrigués. Cette région d’Italie abrite de nombreuses usines de pâtes mais aussi de feux d’artifices qui doivent avoir beaucoup d’invités et leur offrent probablement des démonstrations quasi permanentes, même le dimanche. Au début cela surprend, puis on s’habitue à ces pratiques locales.
 
L’actualité de ces derniers mois concernant cette ville, parlait beaucoup des ordures ménagères laissées à l’abandon suite à la défaillance (mafieuse ?) de la collecte. Manifestement la question a été partiellement réglée en jetant tout (ou une bonne partie) à la mer. En effet, la navigation dans ces eaux consiste (un peu) à éviter les plus gros paquets de détritus, branchages, plastiques, et autres déchets flottants divers, parfois de belle taille. Le reste a dû couler ou être consommé par les oiseaux charognards ou poissons nécrophages. En contrepartie, la pêche est excellente et, malgré nos appétits gargantuesques et nos énormes cales frigorifiques (sic!), nous avons été débordés. Il nous a fallu remplir des bocaux de conserves de bonites cuites au court-bouillon, découpées en filets et stockées dans l’huile d’olive et le jus de citron.
 
Le mouillage à Nisida est excellent et particulièrement sûr, en raison de la présence dans cet îlot du commandement des forces navales de l’OTAN en Méditerranée, ce que nous ignorions. Les rondes de vedettes de carabiniers et la présence de navires de guerre de nombreuses nationalités différentes au mouillage, sont des indices qui ne trompent pas. Les pirates n’ont qu’à bien se tenir. Mais il n’y a aucune restriction à la navigation. Bravo.
 

Pélerinage à Pompéï

 

     
Nous avons donc profité d’une journée entière pour visiter Pompéi après avoir retenu un taxi pour nous y conduire et nous rechercher. Nos impressions de ce pèlerinage se résument en quelques adjectifs : dramatique, grandiose, émouvant, magnifique, impressionnant.
        -          Dramatique comme ces ruines décharnées, qui font penser par moment à Oradour-sur- Glane, et à toutes ces personnes disparues en quelques minutes
        -          Grandiose par l’ampleur du travail de fouilles déjà fait et ce qui reste à faire
        -          Emouvant en pensant aux activités et aux préoccupations quotidiennes de tous ces artisans, marchands, marins, esclaves, patriciens,… si proches des nôtres.
        -          Magnifique pour ces œuvres d’art encore visibles, ces jardins, thermes, théâtres, fresques, sculptures, mosaïques, tellement présentes et évocatrices
        -          Impressionnant avec ce Volcan, si proche, si calme en apparence, et si dangereux potentiellement, qui peut exploser dans un jour, un an, ou mille ans, mais qui explosera forcément encore !

 

L’omniprésence du Vésuve dans cette baie admirable ne pouvait que nous inciter à nous plonger dans l’atmosphère de sa terrible explosion de 79 après JC qui engloutit Pompéi dans les cendres pour presque 18 siècles. Le temps qui s’était dégradé, avec menace de pluie et de vent d’Est fort, nous incita à rejoindre dans ce but, le port de Torre Annunziata. Celui-ci n’est vraiment pas accueillant et la ville est lugubre. Après avoir tourné vainement pendant presque une heure pour chercher un poste à quai, nous avons fini par nous installer à côté d’un grand vapeur des années 30 probablement en cours de transformation en yacht.
 
Pour cet emplacement « clandestin » sans aucun service, mais « surveillé » par les équipes qui travaillaient sur celui-ci, nous n’avons rien payé et la seule mauvaise surprise que nous ayons eue est d’être réveillé en pleine nuit par un coup de vent d’Est qui nous approchait dangereusement du quai, heureusement sans dommage.
 
 

 

 
En approchant de la baie de Naples, nous nous attendions à avoir de moins en moins de vent.
Hélas ce fut le cas, et, sur les vingt cinq milles du trajet vers Ischia, où nous n’avons passé qu’une nuit, au pied du majestueux Castello des rois d’Aragon, seuls les sept derniers l’ont été dans le silence. C’est une façon de parler, car de fortes explosions résonnent toutes les dix minutes et l’on voit des champignons de fumée blanche jaillir peu avant de la montagne : des tirs de mine, des exercices militaires, des essais d’un fabricant d’explosif local ? Mystère.
 
La risée Volvo fut aussi nécessaire pour notre arrivée à Capri, mais, cette fois, ce sont les premiers milles du parcours qui avaient bénéficié d’un zéphyr suffisant.
 
Cette île est célèbre depuis l’antiquité pour son luxe, son calme et sa volupté. Cette troisième visite, dix ans après la précédente, n’a fait que confirmer que cette réputation n’est pas usurpée. Le mouillage nord, juste à l’ouest du port, était à peu près calme, bien que le plan d’eau soit parcouru en permanence par les navettes en tous genres qui la desservent, mais aussi par les embarcations assurant le transport des milliers de passagers des navires de croisière qui y font escale.
 
Par chance notre visite a bénéficié d’un temps calme, d’un ciel immaculé et d’une visibilité presque infinie sur la totalité de la baie de Naples, y compris l’impressionnant Vésuve. Le petit funiculaire nous a permis d’économiser nos forces pour profiter des points de vue les plus remarquables, mais aussi des rues commerçantes où sont présentes toutes les marques du luxe mondial, des traverses permettant à peine de croiser un Piaggio et des allées tranquilles passant entre les villas de rêve ou extravagantes, les plantations de citrons, tomates, agrumes ou les vignes. La luxuriance des plantes et fleurs nous rappellent que l’eau est disponible en quantité à Capri et c’est sans doute aussi la raison pour laquelle les grands de ce monde, depuis 2000 ans (le premier a probablement été l’empereur romain Tibère) l’apprécient.
 
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