75- même pas mal!
Posté le 26/01/2010 | Hozro
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25 mai 2008 8h01 37° 00′ 58.00″ N 32° 50′ 15.00″ W 2.2nds/265° Southwest Lajes das Flores vent: 3.4/026° 1026Hpa
Position foetale dans mon trou à rat. Il fait chaud et humide. Je me sens bien. Je ne sais pas si je dors ou non.
Stéphane appelle. C’est l’heure.
Je crois bien que je dormais.
Dehors, il fait nuit noire. Le bateau glisse à 3 ou 4 noeuds dans la bonne direction. Il ne fait pas froid.
Mine de rien, on est en train de réussir notre coup!
Je suis là, debout devant la descente, heureux. Une main agrippée au winch du rouf, j’accompagne avec volupté les ondulations du bateau. Ma frontale éclaire à quelques mètres. C’est suffisant pour distinguer le balcon avant. Je tourne la tête vers la poupe. C’est encore plus court par là! Vaillant petit bateau bouffeur d’océans.
Soudain, la coque en plastique émet un son de corps creux, un peu comme le couvercle d’un saladier Tupperware. La tête de mât pique vers l’avant, puis le bateau gîte mollement à 45° sur tribord. Je me retiens au winch. On a percuté quelque chose!
Et cette chose bouge en dessous de nous. Elle fait des remous, des bruits d’eau. Hozro se redresse. Un bout du monstre luit dans le faisceau de ma lampe, s’oriente parallèlement à nous, lâche un mugissement effrayant puis sonde vers les abysses.
Ce n’est pas un calamar géant. C’est une baleine.
- Est-ce qu’elle a eu mal?
- Peut-être allons nous couler, mais ce n’est pas de notre faute.
- Allons nous être secourus par les américains? Si oui, on peut considérer que la traversée est réussie.
- Kersauson a-t-il déjà engueulé une baleine?
La tête ahurie de Stéphane apparaît dans l’embrasure de la porte de descente. Le reste de son corps est encore pudiquement dans le sac de couchage qu’il retient d’une main sous le menton.
“Mais qu’est-ce qui s’passe???
- nous avons percuté une baleine. File voir s’il y a une voie d’eau!”
Il n’y a pas de voie d’eau. Nous avons toujours un mât et deux safrans.
Le bateau glisse à 3 ou 4 noeuds dans la bonne direction. Même pas eu peur.


Nous sommes au milieu de l’Atlantique Nord.
On n'avance pas.
Comment imaginer un océan de calme? Hozro est posé sur l’eau dormante. Pas un souffle, pas une vague, rien … Quelques oiseaux fatigués accompagnent notre immobilité. Le regard se perd au travers de kilomètres d’eau limpide. Plonger, cesser de respirer, se laisser glisser dans l’abîme.







Nous passons entre les digues de Praia da Vitoria sur un filet de gaz. Elles sont en grand chantier. Les instructions nautiques annoncent qu’elles ont été détruites récemment par une tempête. Ça a du souffler un sacré coup pour bouger de tels blocs de rocher! Je constate qu’ici aussi, le BTP doit faire choux gras des fonds européens. Je ne suis pas dépaysé: à gauche, le port de commerce, là l’usine de production d’électricité qui envoie dans l’atmosphère une colonne de fumée noire, et sans doute quelque part un endroit honteux où on “traite” les déchets d’importation.