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créé le 02-03-2009

Ce qui est écrit dans ce blog n'est jamais arrivé. Heureusement, car c'eut été déraisonnable pour un quinquagénaire chargé de famille. Voir aussi  http://grandcolombier.blog.lemonde.fr/skippeur-virtuel/ qui propose une photo presque chaque jour.

61- la nuit en bas

Nous avons depuis longtemps trouvé nos marques. Pas de chichi dans les horaires de quarts: nous divisons la nuit en deux. Le système a l'air de convenir à chacun et c'est tant mieux. Comme nous ne prenons jamais la barre, grâce au pilote automatique, la mission quasi exclusive de l'homme de quart est de surveiller les alentours, au cas où un autre objet flottant croiserait notre route. Accessoirement, il se prépare à réagir aux caprices du temps et prendre les mesures conservatoires qui s'imposent.

 

Une fois accomplies les corvées du ménage, dont la vaisselle du soir, Stéphane descend l'escalier (à une marche) et se prépare en secret à affronter les rigueurs de la nuit. Chacun a ses petits trucs pour affronter l'humidité tant redoutée. Il fait chauffer une petite boisson, bourre ses poches de friandises et enfile son costume de lumière. Le soleil se couche, le ciel flamboie. J'ajuste les réglages, démêle les nouilles, donne quelques consignes. Quand tout est en ordre et que Stéphane a répondu d'un hochement de tête à l'éternelle question "Ça va aller?", je disparais dans la descente en ajoutant un furtif "Préviens-moi si la météo se dégrade!" alors qu' honnêtement je pense plutôt "Débrouille-toi tout seul et laisse moi dormir!"

 

Un dernier coup d'œil au dehors me confirme qu'il n'a pas l'air de trop souffrir de sa condition de chien battu. Lampe au front, capuche jusqu'aux yeux, bottes de sept milles nautiques aux pieds, il s'installe stoïquement sur un coussin méthodiquement disposé sous ses fesses. Un dernier sourire (Stéphane est extrêmement sociable), et son regard se perd au loin, là où il n'y aura bientôt plus rien à voir. Il préfère la première partie de nuit, car suit la délivrance de la relève. Je préfère la seconde, car le lever de soleil efface toutes les misères.

 

La mise au lit est rapide et motivante. Les vêtements sont vite enlevés. Je note dans le livre de bord les derniers paramètres de la navigation, la pression atmosphérique, jette éventuellement un coup d'œil aux ultimes prévisions météo. En dernier, je pointe au crayon notre position sur la carte en papier, puis sur celle de l'ordinateur et enfin enregistre la distance parcourue annoncée par le GPS.

 

Surtout, ne pas oublier le petit pipi qui évitera de devoir s'arracher à la douce chaleur et se résoudre à la torture d'une corvée de pot de chambre dans le noir.

 

J'ai un principe de base: mon sac de couchage doit rester sec. Ça n'a aucun rapport avec la précédente recommandation, mais celà concerne le soin avec lequel on utilise ou range son couchage.  Un sac bien sec constitue l'ultime rempart contre les agressions extérieures, l'ultime refuge où soigner un moral défaillant. Je lui accorde des précautions maniaques. Il ne sort de son sur-sac étanche que lorsque la faiblesse du vent permet de l'étendre sur la bôme. D'ailleurs, j'ai un secret: j'ai emporté un deuxième sac de couchage. Ne le dites à personne!

 

Ramper dans le trou à rat, réussir à force contorsions à toucher le bout du cocon soyeux avec les pieds, vérifier l'emplacement de la lampe frontale et s'assurer qu'on reconnait bien tous les petits bruits de la nuit. La poulie de renvoi d'écoute de spi cogne contre le rail de fargues, les axes de safrans battent dans les femelots, la bouilloire oscille sur la balencelle du réchaud... Quant à Bartòk, j'ai essayé toutes les formes de lubrifiants disponibles à bord pour le faire taire: huile de moteur, lubrifiant silicone, huile d'olive ... voir même, en douce, un liquide organique à température du corps et dont nous disposons à volonté. Rien n'y fit. Jusqu'à ce jour où, pour une raison mystérieuse, Bartok se tut.

 

Enfin, s'abandonner au rêve, délicieusement pressé par la gite dans l'angle entre la cloison et la couchette...

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